Afrique de l'Ouest: L'Union fait la force

9 Décembre 2020
éditorial

La Côte d'Ivoire et le Ghana ont eu un bras de fer avec les multinationales du chocolat. Il fallait oser. En apparence, c'était David contre Goliath. L'industrie du chocolat pèse 100 milliards de dollars, une somme que génère la filière cacao.

Seulement 6 % reviennent aux producteurs. Pis, un producteur de cacao vit aujourd'hui avec 0.78 dollar (soit 390 FCFA) par jour ce qui est en dessous du seuil de pauvreté Et pour atténuer les effets de cette injustice criante et choquante, les chocolatiers ont mis en place, depuis plus d'une décennie, des programmes de certification et de durabilité, assortis de primes, destinées à améliorer les conditions de vie des producteurs et à remédier ainsi au déséquilibre au sein de la chaine de valeur.

Ces programmes, bien qu'une solution, ne couvrent que moins de 10% des producteurs du Ghana et de la Côte d'Ivoire. Ce qui est, évidemment, dérisoire. Pour ne pas dire une goutte d'eau dans la mer. Cette situation, naturellement, qui n'a que trop duré ne pouvait plus perdurer. Mais, à défaut de renverser la tendance, il faut absolument rééquilibrer le rapport de force.

C'est désormais chose faite. La Côte d'Ivoire et le Ghana ont tu leur rivalité et jalousie pour contraindre les industriels à s'asseoir et discuter afin de redonner un peu de dignité aux planteurs. Aujourd'hui, le salut des producteurs de cacao se trouve dans l'application du Différentiel de Revenu Décent (DRD) qui permet à ceux-ci, de gagner 400 dollars sur chaque tonne de cacao vendu par nos deux pays soit environ 232 FCFA le kilogramme de cacao.

Le DRD touche 100% des producteurs ivoiriens et ghanéens contrairement aux programmes de certification et de durabilité. Avec tous ses avantages, il permet de sortir les producteurs ivoiriens et ghanéens de la pauvreté et de garantir ainsi la durabilité de la filière cacao. L'unité d'action de la Côte d'Ivoire et du Ghana, à travers le Conseil du Café-Cacao et le Ghana Cocoa boad, ont contraint des chocolatiers, industriels et négociants à accepter de soutenir le DRD.

Ce qui est déjà une grande victoire pour ces deux pays. Même ceux qui faisaient encore de la réticence commencent à revoir leur position et ne sont plus opposés systématiquement au paiement du DRD. Les efforts de la Côte d'Ivoire et du Ghana, conjugués à la solidarité agissante des producteurs de ces deux pays, qui ont décidé d'unir leurs forces pour mener ce combat, ont fini donc par faire plier Goliath devant... David ! De cette victoire, l'on retient trois leçons fortes.

D'abord, l'union fait la force, comme l'enseignait Esope, artiste et écrivain grec. Ni la Côte d'Ivoire, ni le Ghana n'aurait gagné cette bataille, seul. C'est pourquoi, il faut la hauteur d'esprit des Présidents Alassane Ouattara et Nana AddoAkufo, qui ont compris la nécessité absolue d'unir leurs forces pour affronter les puissants chocolatiers, surtout ces deux Etats assurent 60% de la production mondiale de cacao. Cette action concertée porte, actuellement, ses fruits.

Et c'est tout à l'honneur de ces deux grands hommes d'Etat. Cela témoigne incontestablement de leur leadership et aussi de leur volonté commune de sortir les producteurs de la précarité. Ensuite, quand l'Afrique veut elle peut. Elle doit désormais défendre avec courage et détermination ses intérêts.

La démarche initiée par la Côte d'Ivoire et le Ghana pour le cacao doit être la même pour tous les produits agricoles et matières premières que les multinationales importent d'Afrique. Si le secteur du pétrole est si bien organisé, c'est dû à l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole).

Le café ou le cacao ne sont pas le pétrole et nos paysans sont loin d'être des pétroliers, cependant ils doivent vivre décemment du fruit de leur labeur. Enfin, à travers ce combat, Alassane Ouattara traduit dans les actes son engagement de redonner aux paysans leur dignité.

En plus de fixer le prix du kg de cacao à 1000 FCFA, un niveau jusque-là rarement égalé, l'Etat de Côte d'Ivoire prend le risque de se mettre à dos les chocolatiers mondiaux en leur imposant des taxes. « Une injustice qu'on voit et qu'on tait, on la commet soimême », disait Jean-Jacques Rousseau. Justement, le chef de l'Etat n'a voulu, avec son homologue ghanéen, en rajouter à la souffrance des producteurs ivoiriens et ghanéens. L'acte qu'ils viennent de poser fera, assurément date dans l'histoire. Car, il ouvre de nouvelles perspectives plus radieuses à l'Afrique décomplexée. « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin », conseille un adage.

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