Congo-Brazzaville: Télécommunications - Le personnel de Congo Télécom s'inquiète du « bradage » de la fibre optique

Les travailleurs de la société publique des télécommunications, Congo Télécom, ont exigé, jeudi à Brazzaville au siège de l'entreprise, le retrait d'un contrat de concession de la fibre optique concédé par le ministère de tutelle à une société privée, redoutant ainsi un « bradage » de l'infrastructure destinée à être le piédestal de la politique de développement de l'entreprise.

« Nous attirons l'attention des institutions de la République que le contrat de concession octroyée par le ministère des Postes, des Télécommunications et de l'Economie numérique en complicité avec le ministère de l'Economie, de l'Industrie et du Portefeuille public à une société privée, dénommée Yao Corp, pour exploiter la fibre optique en lieu et place de Congo Télécom, est un désastre pour l'opérateur historique et pour le pays », ont déclaré les travailleurs réunis en assemblée générale.

Depuis deux mois, ont expliqué les syndicalistes, la société Yao Corps SA a obtenu les attributions de gérer la fibre optique aérienne construite par l'Etat sur le réseau SNE, grâce à un contrat « de dupe » signé « en toute violation des lois et règlement de la République ».

Si le personnel de Congo Télécom est monté au créneau pour dénoncer une « forfaiture » et un complot destiné à « préparer un mouroir au personnel et une atteinte à la fierté nationale », c'est au regard des conséquences que ce contrat de concession laisse présager pour l'opérateur public.

Selon des analyses présentées lors de l'assemblée générale, la vente en gros qui se fait essentiellement sur le réseau fibre optique aérien mis en concession représente au minimum 80% des ressources financières de Congo Télécom, dépouillé de « sa colonne vertébrale ». Devant le personnel et brandissant les détails de cette « bavure », le syndicaliste Gouevou Ossebi, présidant l'assemblée générale a démontré comment Congo Télécom est « dépossédé de son backbone et des rings, mettant ainsi en scène des îlots de réseaux avec des conséquences multiples ».

La mise en concession par le gouvernement du réseau de transport fibre optique exploité par Congo Télécom « anéantit tous les efforts importants consentis ces dernières années par le chef de l'Etat en faveur du relèvement de Congo Télécom, entreprise hautement stratégique dans l'écosystème du secteur du numérique et dans la diversification de l'économie », ont souligné les syndicalistes.

Ce contrat marque un arrêt des activités de Congo Télécom qui serait incapable de faire face à ses charges sociales et d'exploitation. Les syndicalistes évoquent, par ailleurs, une perte massive des milliers d'emplois direct et indirect, une rupture des communications entre les villes car, souligne-t-on, ladite concession isolerait chaque infrastructure construite dans chaque ville.

Congo Télécom sort, en effet, d'une longue hibernation, grâce aux reformes engagées par l'Etat par le projet de Couverture nationale en télécommunications, par des réformes juridiques ayant permis la nomination de Yves Castanou depuis avril à la tête de la société en plein essor.

Si l'aspect physique de l'entreprise émerveille plus d'un Congolais depuis des mois, c'est aussi vrai qu'au niveau interne des signaux dévoilent une entreprise en pleine croissance et dont le personnel, visiblement requinqué, porte haut l'étendard. Depuis quelques mois, et grâce justement à une meilleure gestion des bénéfices de cette fibre optique et au plan stratégique conçu par la nouvelle direction générale, le personnel a retrouvé le sourire des paiements réguliers des salaires, des cotisations sociales, de l'IRPP, des pensions de retraite et même des provisions pour ceux qui doivent partir à la retraite.

« Notre entreprise est la seule société publique qui verse la TVA et le centime additionnel. Plus de 400 millions FCFA ont été payés cette année pour notre retraite et plus de 800 millions ont été versés aux impôts et à la sécurité sociale », a révélé Gouevou Ossebi, redoutant une situation sociale compliquée si ce contrat de concession n'est pas retiré.

Si le personnel appelle la tutelle à privilégier l'intérêt national « dans un sursaut patriotique » et restituer à Congo Télécom la gestion de la fibre optique qu'il considère comme « un instrument de souveraineté », c'est au président de la République qu'il adresse ce plaidoyer, « implorant » sa bienveillance à favoriser le développement harmonieux de Congo Télécom.

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