Sénégal: Libéralisation du marché de l'arachide - L'Etat perdu entre producteurs et huiliers

16 Décembre 2020

La libéralisation du marché de l'arachide commence à porter d'énormes préjudices à l'Etat du Sénégal qui pensait qu'en ouvrant le marché aux Chinois, la filière arachidière allait renaitre. En effet, le début de la campagne de commercialisation de cette année n'augure rien de bon. Pour cause, l'Etat est aujourd'hui partagé entre le marteau des producteurs qui apprécient la présence des Chinois et l'enclume des huiliers qui souhaitent le contraire. Du coup, l'Etat est en train de tâtonner pour voir comment couper la poire en deux.

Cette année, la campagne de commercialisation de l'arachide démarre avec beaucoup de problèmes. Même si le prix au Kg de l'arachide est passé de 210 F à 250F, les producteurs en demandent plus. Pour cette raison, ils ont préféré vendre leurs graines aux exportateurs chinois qui proposent des prix allant de 350 à 400 F le Kg. Cette situation n'arrange guère les huiliers qui, quelques semaines après le démarrage de la campagne, ont commencé à alerter les autorités.

Lors d'une émission sur la Tfm le mardi passé, le directeur général de la Sonacos Modou Diagne Fada avait fait part que la Sonacos a commencé déjà à sentir la présence des Chinois sur le marché en soulignant que la société n'a collecté pour le moment que 3700 tonnes graines. Pis, il disait que ces graines ont été collectées dans la région de Louga et n'étaient pas de bonne qualité. Ce qui veut dire que les Chinois ont acheté ce qui était disponible au niveau du bassin arachidier. L'Etat a ainsi décidé de réguler encore la filière pour permettre à ces huiliers, notamment la Sonacos, de collecter le maximum de graines.

A cet effet, Il a fixé une taxe de 30 F sur le Kg de l'arachide décortiqué destiné à l'exportation. Ainsi, l'Etat a décidé de suspendre pour un temps les activités de collecte et d'exportation de l'arachide vers les marchés extérieurs. Les producteurs qui n'apprécient pas cette mesure pensent que l'Etat est en train de favoriser la Sonacos à leur détriment. «Les Chinois créent beaucoup plus d'emplois que les huiliers. Par exemple, 87% des jeunes à Touba qui travaillent dans la filière sont recrutés par les Chinois. Et c'est la même chose au niveau des autres localités comme Kaolack. Pourquoi devrait-on vendre à 250f le Kg alors que les Chinois proposent 350 à 400 francs le Kg ? La Sonacos ne nous rapporte rien du tout. Donc pourquoi devrait-on se soucier de son sort ? », s'interroge Mame Thierno Mbacké, président du mouvement pour le développement du Sénégal dans le département de Bambey.

Selon lui, ceux qui bénéficient le plus des semences de l'Etat ne sont pas des paysans comme ils le prétendent. « L'Etat n'a rien fait pour les producteurs. La majorité des paysans ont reçu 6 Kg de semences l'année dernière. Rares sont ceux qui en ont reçu 10Kg. Les 47% des semences qu'ils pensent avoir distribués ne sont pas allés directement aux ayants droit, mais c'est de l'argent que «les gros producteurs» qui sont dans les institutions ont empoché. C'est la triste réalité. On a donné plus d'une tonne d'engrais à des gens qui n'ont même pas un hectare de champ d'arachide », se plaint-il.

HABIB THIAM, PRESIDENT DU COPEGA : «L'exportation obéit à des normes et des procédures»

« Il n'y a pas de blocage des activités chinoises. L'exportation obéit à des normes et des procédures. La taxe de 30 F sur le Kg a été fixée. Donc, il va falloir que l'Etat essaye de matérialiser cette taxe avant que ça soit rétroactif ». Cette précision est du président du Collectif des producteurs et exportateurs de graines d'arachide (Copega), Habib Thiam, qui était interrogé par Sud Quotidien. « Si on continue à exporter et que les taxes ne sont pas paramétrées, et on veut revenir sur la régularisation, cela va devenir un peu compliqué. Il faut qu'on attende que la douane puisse paramétrer les 30 francs pour pouvoir recommencer les exportations », a-t-il expliqué.

Selon lui, l'arrêt de la collecte des Chinois est aussi lié en grande partie à la situation défavorable qui prévaut actuellement en Chine. « Les prix ont chuté. Les Chinois sont en stand by pour voir l'évolution de la situation. Il faut que les gens apprennent à respecter la réglementation. Parce qu'il y a des normes commerciales au Sénégal. Je pense que d'ici la semaine prochaine, l'Etat va ouvrir le marché des exportations de graines d'arachides », rassure-t-il, soulignant qu'il n'y a pas de favoritisme entre les acteurs.

Par ailleurs, il trouve que si le prix au producteur est passé de 210 F à 250 F, c'est pour protéger le producteur. « Il faut reconnaitre que jamais dans l'histoire du Sénégal, un prix officiel n'a atteint les 250 F. Maintenant, les 250 c'est pour sécuriser le producteur. Mais s'il obtient plus, on applaudit. Cependant, au niveau mondial, tous les prix sont en chute libre. Les gens doivent avoir raison gardée au lieu de suivre l'euphorie pour dire qu'on doit vendre à 300F. Si on peut vendre à 500 F, c'est bien beau pourvu que le marché puisse le supporter. Je ne pense pas que l'Etat qui a appelé les Chinois à venir sauver cette filière, gagnerait quelque chose en bloquant les exportations », soutient-il.

Plus de: Sud Quotidien

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