Cameroun: Le délire social de fin d'année - Le syndicat

21 Décembre 2020

Après le délire musical de fin d'année marqué par les sonorités mondaines et triviales, place est faite, aujourd'hui, au délire social lié à l'usage du mot "Syndicat" relayé à profusion sur la toile. Il s'agit, en effet, d'un regroupement virtuel d'hommes ayant décidé, durant la période des fêtes de fin d'année, de n'offrir que la modique somme de 2000 FCFA aux femmes pour leur déplacement.

En signe de réplique, des femmes, mues par une solidarité mécanique, se révoltent et taxent les hommes d'avares, de foirés, de mesquins et de misérables. Au-delà du caractère ludique de ces tiraillements interindividuels, ce nouveau délire social tend à la banalisation de l'aliénation de la gente féminine.

Sur les réseaux sociaux, le mot "Syndicat" est devenu la distraction des hommes et des femmes qui, par messages interposés, se crêpent le chignon. Le syndicat des hommes, machistes purs et durs, a fixé le montant de la satisfaction des plaisirs lascifs offerts aux femmes à 2000 Fcfa. Fort ingénieux dans la construction des fakes techno-médiatiques, des internautes ont eu le toupet de fabriquer la grande Une d'une édition du quotidien pro gouvernemental, sur laquelle il est mentionné le titre suivant : "Montant maximum du transport des filles après un rendez-vous le Syndicat a décidé".

En surtitre, il est énoncé que "c'est à l'issue de la dernière réunion du syndicat des hommes que cette résolution a été prise fixant le montant à donner à chaque fille à 2000 au terme d'un rendez-vous".

Ulcérées par cette forme de bestialisation de la gente féminine, des amazones ont forgé un contre-syndicat. Question de jeter l'opprobre sur les hommes. Dans ce jeu virtuel oral, des femmes criblent de balles leurs partenaires masculins et les traitent de radins fauchés par la précarité pécuniaire. Bien que ces joutes ludiques et théâtrales éloignent les uns et les autres des discussions politiques, voire politiciennes clivantes, il est idoine de noter que l'histoire du syndicat fait resurgir la vieille problématique des rapports sociaux de sexe marqués par la domination masculine.

En effet, le fait de décider d'imposer la modique somme dérisoire de 2000 Fcfa à une dame à l'issue d'une visite déterminée tend à dépeindre l'image des femmes et à sécréter, de fil en aiguille, la dévalorisation, la sous-évaluation et l'aliénation de ces dernières.

Ce type de cliché remet au goût du jour le déterminant du machisme dans les dynamiques de rapports de genre. La structure de ces interactions sociales est telle que l'homme est revêtu de sa position de pouvoir, d'autorité et d'influence au sein de la hiérarchie sociale alors que les femmes restent confinées dans la sphère de la maternité et de la domesticité, où leur sont assignés les statuts et rôles de femmes mères, de femmes au foyer, de femmes épouses et de femmes éducatrices. Il s'agit là de la répartition ségrégationniste et sexiste des rôles, des fonctions, des statuts et des positions entre les hommes et les femmes. Mode de répartition, où le pouvoir de domination est assigné aux hommes et les attributs de l'affectivité, de la douceur, de la soumission, de la dépendance sont conférés aux femmes.

C'est cette dissociation des rôles sexo-spécifiques définis par les constructions sociales qui a fait de l'homme des êtres dominants et supérieurs investis de l'autorité et a confiné les femmes dans une position subalterne et inférieure. C'est pourquoi certaines d'entre elles se complaisent dans le statut d'éternelles assistées et deviennent dépendantes vis-à-vis de leurs partenaires.

C'est avec l'avènement, au début des années 90, d'un discours libéral sur l'égalité des genres, ainsi que sur le féminisme radical, socialiste, etc... que certaines d'entre elles ont décidé de quitter les cercles de la servitude domestique pour devenir des femmes autonomes, instruites, entrepreneurs, managers,etc.

Le mot "Syndicat", qui contribue, à nouveau, à entretenir ce complexe d'infériorité au féminin à travers la vassalisation de l'être femme, doit plutôt l'inciter à s'affranchir du carcan de l'oisiveté, de la facilité, de la paresse et de la subordination. Histoire de devenir autonomes. Ainsi ne devront-elles plus succomber à l'attentisme, à l'assistanat pour s'autodéterminer et s'autonomiser dans la vie socio-économique.

Aussi est-il impératif de se départir de l'idée de la perception rentière des relations interindividuelles. Toute chose consécutive au mercantilisme ou, du moins, au matérialisme. C'est, d'ailleurs, à cause du marchandage des relations charnelles que l'idée de l'amour inconditionnel d'antan a cédé la place, dans la société camerounaise contemporaine, à l'amour intéressé, où l'être femme se mue en un objet marchand pour des plaisirs concupiscents. Hélas !

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