Afrique: Conflit au Tigré - pour les réfugiés au Soudan, « la réponse humanitaire doit être renforcée : sans cela, on court à la catastrophe »

Une réfugiée éthiopienne du Tigré attend son transfert d' un centre d'accueil frontalier au Soudan.
communiqué de presse

Après plus de six semaines de violences dans le Tigré, en Ethiopie, plusieurs grandes villes dont Mekelle, la capitale de la région, sont désormais sous le contrôle des Forces de défense nationale éthiopiennes. Des combats continuent d'éclater entre ces derniers et le Front de libération du peuple du Tigré, notamment autour de Mekelle ainsi que dans le Sud et l'Ouest de la région. Près de 50 000 personnes ont fui vers le Soudan voisin, dont 45% sont des enfants, et plus de 1 500 réfugiés franchissent quotidiennement la frontière entre les deux pays*. Hano Yagoub, coordinateur d'urgence pour MSF, décrit la situation dans le camp soudanais d'Um Rakuba, où 15 000 personnes vivent actuellement.

« Quand je suis arrivé dans le camp d'Um Rakuba à la mi-novembre, les gens affluaient en masse : des personnes âgées, des enfants, des bébés, des femmes enceintes, mais surtout des jeunes gens âgés de 15 à 25 ans.

Ils racontent tous une expérience soudaine et terrifiante. Lorsque les combats ont éclaté dans le Tigré, fuir est la seule chose qui leur a traversé l'esprit. Ils sont partis brutalement en direction du Soudan sans même avoir le temps de retirer de l'argent. La plupart d'entre eux n'ont plus que les vêtements qu'ils portaient ce jour-là. La région est montagneuse et le voyage a été long et difficile, pour beaucoup ils ont parcouru des kilomètres à pied.

Le 16 novembre, MSF a commencé à gérer une clinique dans le camp d'Um Rakuba. Les gens qui y viennent sont épuisés, ils sont affectés par leurs conditions de vie précaires et les difficultés à trouver de l'eau potable et de la nourriture. L'ampleur des besoins y est alarmante : il faut davantage d'abris, d'eau, de nourriture, de produits de première nécessité et d'installations sanitaires.

Des réfugiés attendent pour une consultation dans la clinique de MSF, située dans le camp de transit d'Al Hashaba. C'est la seule structure de soins dans le camp. Soudan, région de Gedaref, frontière avec l'Ethiopie, décembre 2020. © Thomas Dworzak/Magnum Photos

15 000 personnes vivent dans ce camp initialement prévu pour 6 000. Une extension est actuellement en cours, ce qui signifie qu'il y aura bientôt de la place pour 30 000 réfugiés. Les écarts de températures entre le jour et la nuit, en période hivernale, sont très rudes pour eux car ils ne sont pas protégés.

L'eau y est transportée par camion et stockée dans de grandes citernes. La nourriture est distribuée par le Programme alimentaire mondial (PAM), soit sous forme de repas déjà prêts, soit sous forme de rations que les gens peuvent cuisiner eux-mêmes. Certains biens de première nécessité ont été distribués, mais pas suffisamment pour tout le monde.

Une femme réfugiée, qui a fui les combats dans le Tigré, est assise dans la clinique MSF du camp de transit d'Al Hashaba, dans la région de Gedaref au Soudan, décembre 2020. © Thomas Dworzak/Magnum Photos

Dans la clinique MSF, nous fournissons des soins de santé générale, de santé sexuelle et reproductive, des soins anténatals et nous aidons les femmes à accoucher. La plupart des membres de l'équipe médicale - des infirmiers, des médecins et des sages-femmes - sont eux-mêmes des réfugiés.

Nous assurons les transferts par ambulance, notamment le transport des femmes enceintes souffrant de complications et des patients en état grave vers les hôpitaux de Gedaref ou de Dokka. Nos équipes fournissent également un soutien pour l'eau et l'assainissement dans le camp, qu'il s'agisse d'amener de l'eau par camion, de la traiter au chlore ou de construire des latrines et des points de lavage des mains. Avec l'augmentation du nombre de réfugiés, la réponse humanitaire doit impérativement être renforcée : sans cela, on court à la catastrophe. »

Un groupe de réfugiés fait la queue pour une distribution de nourriture organisée par le PAM dans le camp d'Um Rakuba. Soudan, région de Gedaref, frontière avec l'Ethiopie, décembre 2020. © Thomas Dworzak/Magnum Photos

Le 4 novembre 2020, le Premier ministre éthiopien a lancé une action militaire contre le Front de libération du peuple du Tigré (FLPT) à la suite d'une attaque présumée contre une base de l'armée éthiopienne. Les relations n'avaient cessé de se tendre entre le gouvernement d'Addis-Abeba et le FLPT, après que ceux-ci ont organisé des élections régionales, malgré le report constitutionnel des élections nationales en raison de la pandémie de Covid-19.

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