Centrafrique: Les actes de violence des rebelles menacent les élections

communiqué de presse

Nairobi — Le gouvernement et l'ONU devraient protéger les civils et promouvoir la justice

Une nouvelle coalition rebelle en République centrafricaine a causé des ravages à l'approche des élections législatives et présidentielles du pays, prévues le 27 décembre 2020.

La nouvelle alliance a pour nom la Coalition des patriotes pour le changement (CPC). Au cours des cinq dernières années, les groupes qui composent cette nouvelle coalition ont commis des crimes de guerre, tuant délibérément des civils, violant des femmes et des filles, et détruisant délibérément des biens civils. Au moins cinq civils ont été tués ces derniers jours, et des milliers d'autres ont fui pour se réfugier dans les forêts qui entourent les villes du pays.

« Les civils en République centrafricaine font une fois de plus face à une période périlleuse », a déclaré Lewis Mudge, directeur pour l'Afrique centrale à Human Rights Watch. « À quelques jours du scrutin national, la nouvelle coalition rebelle oblige des milliers de personnes à fuir leurs maisons. Le gouvernement national et les Nations Unies devraient se mobiliser pour protéger les civils dans ce contexte de crise croissante. »

La CPC est composée de six groupes rebelles, dont certains se sont opposés dans un passé récent : le Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC) ; l'Union pour la paix en Centrafrique (UPC) ; le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) ; Retour, Réclamation et Réhabilitation (3R) ; le groupe anti-balaka contrôlé par Maxime Mokom ; et le groupe anti-balaka contrôlé par Patrice-Edouard Ngaissona, qui est en attente de jugement devant la Cour pénale internationale (CPI).

Plus de 12 500 personnels en uniforme de la mission de maintien de la paix des Nations Unies connue sous l'acronyme français MINUSCA, sont actuellement déployés à travers le pays, avec des combattants russes à l'appui du gouvernement national. Au cours des derniers jours, le Rwanda a envoyé des renforts à ses troupes déjà intégrées à la MINUSCA, tandis que d'autres combattants russes, travaillant comme sous-traitants, sont également arrivés dans le pays.

Le 19 décembre, un porte-parole du gouvernement national a déclaré que l'ancien président François Bozizé était derrière la nouvelle coalition. Bozizé, président à partir de 2003 jusqu'à ce qu'il soit renversé par un coup d'État en 2013, est rentré dans son pays il y a un an pour se présenter à la prochaine élection présidentielle. Plus tôt ce mois-ci, la Cour constitutionnelle du pays l'a déclaré inéligible pour des raisons de « bonne moralité », car il est sous le coup de sanctions de l'ONU et fait l'objet d'un mandat d'arrêt international émis par le gouvernement intérimaire centrafricain en 2014. Bozizé, qui a été accusé de soutenir les groupes anti-balaka, a appuyé la candidature d'un ancien Premier ministre, Anicet-Georges Dologuélé, après la décision de la Cour constitutionnelle.

Human Rights Watch s'est entretenu par téléphone avec neuf sources dans le pays qui ont parlé des activités des rebelles, des rumeurs d'attaques imminentes et de la peur à l'approche des élections. Une autorité locale de Boda, dans la préfecture de la Lobaye, a déclaré que la majeure partie de la ville s'était enfuie dans la brousse environnante lorsque les rebelles sont arrivés.

La direction de la coalition devrait donner des ordres clairs à ses combattants pour que les civils ne soient pas pris pour cible, a déclaré Human Rights Watch. Les civils devraient être autorisés à rentrer chez eux et les combattants ne devraient pas les empêcher de participer au vote, s'il se déroule comme prévu actuellement.

En 2017, Human Rights Watch a publié un rapport qui documentait les meurtres de centaines de civils et la destruction de milliers de maisons par des combattants anti-balaka et des combattants de l'UPC, du FPRC et du MPC. Human Rights Watch a publié un autre rapport, également en 2017, documentant des centaines de cas de viol et d'esclavage sexuel perpétrés par les groupes anti-balaka et les combattants de l'UPC, du FPRC et du MPC.

Le groupe 3R est apparu fin 2015, affirmant qu'il devait protéger la communauté peule, minoritaire dans la région, contre les attaques des milices anti-balaka. Les attaques du groupe contre des civils en 2016 et 2017 ont tué au moins plusieurs dizaines de personnes et entraîné le déplacement de dizaines de milliers d'autres dans la préfecture d'Ouham-Pendé. En mai 2019, des combattants de 3R ont tué au moins 46 civils lors de trois attaques dans la préfecture d'Ouham-Pendé.

Ngaissona, le chef de l'un des groupes anti-balaka de la CPC, est en attente de son procès devant la CPI, de même qu'Alfred Yekatom, également connu comme le « Colonel Rambo », un autre chef anti-balaka.

En février 2019, 14 groupes rebelles, notamment les 6 groupes qui composent la CPC, ont signé un accord de paix. Un mois plus tard, les chefs des groupes armés Ali Darassa de l'UPC, Mahamat Al Khatim du MPC et Sidiki Abass (également connu sous le nom de « Bi Sidi Souleymane ») du 3R ont été nommés conseillers militaires spéciaux auprès du cabinet du Premier ministre. Al Khatim et Abass ont abandonné plus tard leurs fonctions de conseillers.

Les enquêtes menées par la CPI et la création d'une nouvelle Cour pénale spéciale (CPS) ont signalé aux chefs rebelles qu'ils pourraient finalement être tenus pour responsables des crimes graves commis par leurs combattants. Le tribunal basé dans la capitale du pays, Bangui, est composé de procureurs et de juges nationaux et internationaux.

Des dirigeants du FPRC, de l'UPC, du 3R et du MPC ont répété à maintes reprises à Human Rights Watch qu'ils souhaitaient que les enquêtes de la CPI et de la CPS prennent fin. Certains dirigeants anti-balaka ont également exprimé les mêmes sentiments.

« Les groupes qui composent cette nouvelle coalition, la CPC, sont bien connus pour avoir commis des atrocités, notamment des meurtres, des viols, de l'esclavage sexuel et des pillages », a rappelé Lewis Mudge. « Ils n'ont pas fait face aux conséquences de ces crimes et retombent dans la stratégie du règne par la terreur à l'approche des élections. Ces derniers développements préoccupants ne font que renforcer l'importance de briser le climat d'impunité du pays avec des procès crédibles pour demander des comptes aux auteurs de violations, par la Cour pénale internationale, la Cour pénale spéciale et les tribunaux ordinaires. »

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