Centrafrique: Élections - L'engouement troublé par des dysfonctionnements et des violences

Le siège de l'Autorité nationale des élections, l'institution centrafricaine chargée de l'organisation des élections de 2020-2021.

Dimanche 27 décembre, à l'occasion des élections présidentielle et législatives en Centrafrique, la pression exercée depuis plus d'une semaine par la CPC, une coalition de groupes armés décidée à entraver le vote, faisait craindre le pire. Finalement, le bilan est très contrasté. Malgré quelques dysfonctionnements, le vote a eu lieu dans le calme à Bangui et dans quelques grandes villes. Mais il a été entravé ailleurs, là où les groupes armés ont mis à exécution leurs menaces.

Dans la nuit de samedi à dimanche, quelques tirs avaient résonné à Bangui. Mais ils n'ont pas empêché les files d'attente de se former dès le petit matin, ni la capitale de voter dans le calme. Beaucoup électeurs disent s'être déplacés pour dire « non » à la prise de pouvoir par la force et aux rebellions à répétition.

Pour ce qui est des provinces, la situation est beaucoup plus contrastée. Il était difficile, dimanche soir, d'obtenir une liste exhaustive des villes qui avaient pu voter. L'ANE, l'autorité en charge des élections, était elle-même toujours en train d' « affiner ses données ».

Un chiffre, communiqué par son rapporteur général, donne tout de même une indication : 800 bureaux de vote n'ont pas du tout ouvert dans le pays, sur un total de 5 400, soit environ 15 %.

Ce fut le cas par exemple à Bouar, où des tirs nourris entendus depuis le matin ont créé la psychose. Résultat : ni les membres des bureaux, ni les électeurs ne se sont déplacés. Pas de vote non plus à Bossangoa, le fief de l'ancien président François Bozizé, où les agents électoraux avaient été menacés de représailles. Mais ce chiffre de 800 bureaux de vote restés clos ne tient pas compte des localités où le scrutin a débuté avant d'être perturbé.

Bulletins et noms manquants

À Bangui, dans le centre de vote Koudoukou au quartier PK5, des problèmes d'organisation ont troublé le déroule de la journée. C'est ce qu'a constaté Florence Morice. Hawa Diarra, une électrice, s'est levée à 5h pour aller voter. À 14h, elle n'a toujours glissé aucun bulletin dans l'urne : « L'autre jour, je suis venue pour retirer ma carte, mais elle n'est pas sortie. On m'a dit que je pouvais voter avec le récépissé. Mais aujourd'hui, on me dit que je ne peux pas voter avec ce récépissé. Je fais comment ?! »

Malgré son récépissé d'enrôlement, son nom ne figure pas sur la liste des électeurs. Autour de Hawa, ils sont une dizaine dans ce cas, et la colère est palpable. Mahamane Diounous, lui, se plaint d'avoir pu voter pour la présidentielle, mais pas pour les législatives : « Ils devraient avoir les bulletins de la présidentielle et les bulletins des législatives. Mais, à notre grande surprise, les bulletins des législatives ne sont pas arrivés ! »

Le président du centre de vote, Charles Palme Betar, commence par nier : « C'est archi faux, les bulletins sont en place. » Puis, il change de version, faute d'avoir pu nous montrer ces bulletins. Il évoque alors... une erreur d'aiguillage. Quant aux noms manquants sur les listes d'électeurs, l'ANE reconnaît qu'il y a eu par endroits des dysfonctionnements dans la façon dont certains agents ont utilisé les tablettes qui ont servi à l'enrôlement.

Dépouillement à la lumière de lampes torches

Dans la capitale, le dépouillement des urnes peut aussi être un exercice compliqué. Charlotte Cosset l'a constaté dans un centre où le dépouillement s'est poursuivi jusque tard dans la soirée. Les observateurs se montrent très consciencieux. Les bulletins sont méticuleusement regardés et débattus lorsqu'il y a un litige. Les comptes sont réalisés au fur et à mesure. Mais à la fin, ils ne sont pas bons.

Laure Edwige Beninga, observatrice du Réseau Arc en Ciel, explique : « Au début, ça s'est bien passé. Mais à un moment, il y a eu un souci de comptage. Donc, le président (du bureau) a jugé mieux qu'on refasse le comptage pour avoir un résultat exact. »

Finalement, les comptes tombent justes. Mais il faut encore remplir de multiples documents, dans le noir, à la lumière de quelques lampes torches. Une tâche compliquée à gérer. Arnaud Banakean, en charge de ce bureau de vote, mesure le travail accompli et celui encore à faire : « On vient de finir le dépouillement concernant la présidentielle. Nous allons préparer toutes les enveloppes à envoyer aux institutions. C'est un peu compliqué. Il faut faire ça à tête reposée pour ne pas faire d'erreur. »

20h30 ce dimanche : le processus de dépouillement pour la présidentielle est fini. Des témoins du scrutin, découragés, sont partis. L'équipe, elle, s'attaque alors à l'ouverture de l'urne des législatives.

« Ils ont commencé d'abord à tirer en l'air, puis ils ont brûlé toutes les urnes »

Dans le nord du pays, plusieurs motos qui transportaient le matériel de vote ont été prises pour cibles par les groupes armés, et de nombreux tirs nourris ont été entendus par les habitants. Autant de violences qui ont tenu les électeurs loin des bureaux de vote, comme à Kaga Bandoro, où seul un bureau sur huit a pu recueillir les bulletins. Le maire de la commune, Abel Cherif, détaille :

« Les gens se sont présentés dans le bureau de vote de centre Kaga Bandero, mais les autres bureaux de votes n'ont pas pu voter. Les bureaux sont menacés par les groupes armés. Et les gens ne sont sont pas présentés : ni les membres du bureau, ni les matériels, ni les électeurs. »

Plus à l'ouest, la ville de Carnot et ses alentours avaient réussi, tant bien que mal, à réunir les bulletins, sous la protection de la Minusca. Mais un raid du groupe armé 3R, en fin d'après-midi, a anéanti tous leurs efforts. Yves Mayer est le rapporteur général aux élections de l'autorité prefectorale de la ville de Carnot :

« Les 3R ont fait irruption à partir de 16h47. Ils ont commencé d'abord à tirer en l'air, puis ils ont brûlé toutes les urnes. Ils ont aussi saccagé les centres administratifs, c'est-à-dire la mairie, la brigade minière, la gendarmerie, et la sous-préfecture de Carnot. »

Enfin, là où le vote a pu se tenir dans de bonnes conditions, notamment à Sibut ou Mbaiki, les électeurs ont, selon des sources officielles, montré un véritable engouement.

Plus de: RFI

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