Ethiopie: Un journaliste de Reuters placé en détention provisoire

communiqué de presse

Dans un contexte déjà tendu pour les journalistes en Ethiopie, Reporters sans frontières (RSF) dénonce fermement l'arrestation et le placement en détention provisoire d'un cameraman de l'agence de presse britannique.

Un cameraman travaillant depuis une dizaine d'années pour Reuters, Kumerra Gemechu, a été arrêté le 24 décembre par une dizaine de policiers à son domicile d'Addis-Abeba, la capitale éthiopienne. Son téléphone, son ordinateur portable et plusieurs clés USB ont également été saisis selon sa famille, présente au moment des faits.

La police n'a donné aucun motif pour cette arrestation, a précisé l'agence de presse britannique, qui a ajouté que la présentation de son journaliste dès le lendemain devant un juge s'était faite en l'absence d'un avocat. A l'issue d'une très brève audience, Kumerra Gemechu a été placé en détention provisoire pour 14 jours pour laisser à la police "le temps de poursuivre son enquête".

"Après avoir vidé les prisons des journalistes qui s'y trouvaient lors de l'arrivée au pouvoir d'Abiy Ahmed en 2018, les autorités éthiopiennes sont en train de faire marche arrière, déplore le responsable du bureau Afrique de RSF, Arnaud Froger. Si le contexte troublé que traverse l'Ethiopie sert à multiplier les arrestations arbitraires de journalistes, tous les progrès effectués en matière de liberté de la presse depuis deux ans n'auront été qu'une parenthèse aussi vaine qu'éphémère. Ce journaliste arrêté et détenu dans des conditions obscures doit être libéré, à l'instar de ses confrères emprisonnés depuis plusieurs semaines."

Contacté par RSF, le procureur général Gedion Timothewos n'a pas donné suite aux demandes d'explications exprimées par notre organisation au moment de la rédaction de ces lignes.

Journaliste est de nouveau un métier à risque en Ethiopie. Ravagée par des affrontements ethniques et un conflit armé ouvert avec le gouvernement local de la région du Tigré, qui ne reconnaît plus l'autorité du pouvoir fédéral, l'Ethiopie est en proie à des combats et des massacres qui font penser à des scènes de guerre civile. Dans ce contexte agité, la situation des journalistes exerçant dans le pays s'est considérablement dégradée ces dernières semaines. La couverture du conflit dans le Tigré a été rendue pratiquement impossible par les interdictions d'accès et la coupure des réseaux de télécommunication. Privés d'information, les journalistes sont aussi parfois privés de leur liberté. RSF a recensé sept arrestations arbitraires de journalistes en lien avec ces événements depuis le début des hostilités, il y a deux mois. A ce jour, si certains ont été libérés, Haftu Gebreegziabher et Tsegaye Hadush, de l'agence de presse éthiopienne (EPA), et Udi Mussa, journaliste pour l'Oroma Media Network (OMN), sont détenus depuis un mois et demi.

L'Ethiopie occupe la 99e position sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.

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