Congo-Brazzaville: Message sur l'état de la nation - Ce que le président de la République attend du gouvernement

Lors de son message sur l'état de la nation, le président de la République, Denis Sassou N'Guesso qui prendra à nouveau la parole, le 31 décembre, pour ses vœux de Nouvel an aux Congolais, a évoqué la présidentielle du mois de mars 2021 sans dévoiler ses propres intentions. Le chef de l'Etat ne s'est cependant pas départi de sa volonté de poursuivre la dotation du Congo en infrastructures diverses à quelques mois de la fin de son mandat.

Le 23 décembre, le président de la République a délivré, devant le Parlement réuni en congrès, son message annuel sur l'état de la nation. Intervenue à moins de dix jours du début de la nouvelle année 2021, cette adresse du chef de l'Etat a mis en exergue les projets futurs de l'exécutif à trois mois de la fin du quinquennat débuté en 2016. A l'analyse, cette feuille de route indique qu'en la circonstance, Denis Sassou N'Guesso veut poursuivre son action à la tête du Congo, si tant est que les Congolais lui en accordent l'opportunité dans le cadre des échéances électorales à venir.

En plus du volet politique relatif à la tenue, au plus tard, le 21 mars 2021, de l'élection présidentielle, et de celui, si proche, portant sur la décentralisation administrative, le message du président de la République a ciblé les questions sociales, éducatives et économiques, qui incitent le gouvernement à tenir ses engagements dans les brefs délais.

Bourses et pensions

Sans occulter les « tensions de trésorerie dues à la baisse drastique des recettes de l'Etat », le président de la République a enjoint le gouvernement à « redoubler d'effort afin de parvenir à une couverture adéquate des bourses d'étudiants et des pensions des retraités ». En 2020, comme dans les années antérieures, les salaires des agents de l'Etat ont été versés régulièrement. La situation est différente pour les étudiants, les retraités et les travailleurs des établissements à budget de transfert (université Marien-Ngouabi notamment) qui cumulent les arriérés et chez qui le rythme de paiement des rémunérations est fortement perturbé.

En appelant le gouvernement à redoubler d'effort, le chef de l'Etat veut qu'une fois rentrées dans leurs droits, ces couches de la population active stimulent la reprise de l'économie nationale à travers la relance de la consommation des ménages. C'est dans cette même optique que le chef de l'Etat a rappelé « le règlement pour un montant de 320 milliards FCFA de la première tranche de la dette intérieure congolaise par le mécanisme du Club de Brazzaville ». Ces actions sont intimement liées à la poursuite de la construction des infrastructures routières destinées à désenclaver l'arrière-pays et à accélérer l'intégration des pays d'Afrique centrale.

Routes, santé, électricité, éducation

En ce qui concerne les infrastructures de communication terrestre, le président de la République a annoncé la mise en concession prochaine de la Route nationale numéro 2, lorsque les travaux de sa réhabilitation, toujours en cours, auront été achevés. Le désenclavement de l'hinterland devra aussi s'activer avec la réalisation des travaux routiers sur l'axe reliant la localité de Boundji, dans la Cuvette à Ewo, le chef-lieu du département de la Cuvette-Ouest. Ewo qui attend également d'être connectée au réseau électrique national. La même chose pour les lignes électriques entre Djambala, Lékana, Kébara et Lagué dans les Plateaux. Les délais annoncés par le président de la République sont assez courts (au plus tard le premier trimestre 2021) pour laisser les populations bénéficiaires indifférentes. Bien entendu qu'elles attendront ces échéances de pied ferme.

Le chef de l'Etat a dans le même enchaînement évoqué le bitumage en cours du tronçon Dolisie-PK 13 et la réalisation du pont sur le Niari sur la route reliant cette partie du pays avec la localité de Ndendé au Gabon. La quête d'intégration sous-régionale s'est poursuivie avec la mise en service au mois de mars dernier de la route Sembé-Souanké-Ntam-Frontière du Cameroun a assuré le chef de l'Etat.

En 2019, le président de la République évoquait dans son message sur l'état de la nation le recrutement de 2000 enseignants pour tenter de combler le déficit de ces personnels dans le système éducatif. Denis Sassou N'Guesso est revenu sur cette annonce en invitant le gouvernement à « faire aboutir, dans les délais raisonnables les textes d'intégration des nouveaux agents de l'Etat ». Il en est de même de l'autre engagement gouvernemental rappelé par le président de la République relatif à l'instauration de l'assurance maladie universelle.

La loi de finances exercice 2021 a ainsi inscrit une ligne budgétaire de 27 milliards FCFA pour concrétiser cette promesse. Il n'en va pas sans la mise en place de structures sanitaires appropriées, d'où l'obligation faite à l'exécutif de parachever les travaux de deux hôpitaux généraux, l'un dans le quartier de Nkombo dans le neuvième arrondissement Djiri à Brazzaville, l'autre à Loango, dans le Kouilou. Les jeunes médecins formés à Cuba et au pays devraient alors trouver l'occasion d'exercer leur métier dans les meilleures conditions.

Bâtie dans la banlieue nord de Brazzaville, à Kintélé, l'Université Denis-Sassou-N'Guesso ouvrira normalement ses portes l'année prochaine. La Faculté des sciences, l'Institut supérieur d'architecture, urbanisme, bâtiments et travaux publics, ainsi que l'Institut supérieur des sciences géographiques, environnementales et aménagement sont les trois premiers établissements qui seront opérationnels à la rentrée académique prochaine. Ici également, le président de la République a exigé du gouvernement de « matérialiser le démarrage » des enseignements comme prévu.

Industrialisation

Les projets divers sur l'industrialisation du Congo prennent forme peu à peu. Le président de la République a noté des avancées en ce sens en rapport avec l'implantation de la Zone économique spéciale de Pointe-Noire, concrétisées entre autres par le déblocage de « 7 milliards FCFA pour les expropriations ». A Maloukou, à une trentaine de kilomètres de Brazzaville où croît une grande zone industrielle le handicap est posé par l'absence de connexion électrique. Le gouvernement s'attèle à la construction d'une ligne de haute tension de 225 kilovolts a précisé le chef de l'Etat.

Si l'on ajoute à ces projections celles portant sur l'implantation de la verrerie de Lifoula à Kintélé, la nouvelle raffinerie de Fouta, dans le Kouilou, ou encore l'ouverture promise des « plantations forestières, agro-forestières et agro-industrielles dans la zone de Léfini-Ngo-Mpouya, zone frontalière située entre les départements du Pool et des Plateaux », on peut penser à la concrétisation du schéma de diversification de l'économie prônée par les pouvoirs publics. Il restera à en faire de vrais outils au service de cette diversification.

Décentralisation

Ajoutons à ces directives du chef de l'Etat qui attendent d'être concrétisées, la rétrocession des pouvoirs jusque-là concentrés à Brazzaville aux collectivités locales. Il s'agit de la politique de décentralisation administrative active depuis quelques années sur le plan institutionnel mais qui peine à voir le jour en termes de rétribution des avantages fiscaux et autres.

Dans son message, le président de la République a annoncé qu'en exécution de cette volonté de transfert des pouvoirs, quatre domaines vont inaugurer l'entrée en matière de la décentralisation administrative : la santé de base ; l'enseignement préscolaire, primaire et secondaire ; l'entretien routier ; l'urbanisme et l'habitat. Pour ce faire, a indiqué le président de la République « 14 milliards 80 millions FCFA ont été inscrits au titre de la loi de finances 2021 ».

Dans un passé récent, d'importantes sommes d'argent avaient été débloquées par le gouvernement en appui aux collectivités décentralisées. Il n'est pas certain que ces budgets aient servi convenablement aux dépenses pour lesquelles ils étaient destinés.

Le limogeage, en 2019 et 2020, des présidents des Conseils départementaux et municipaux de la Cuvette, des Plateaux, de Brazzaville et Mossendjo, dans le Niari, avait été motivé, entre autres, par les questions de mise en œuvre ratée des projets locaux financés par l'Etat.

Peut-être est-ce le moment pour les structures ayant les compétences dans le contrôle de la gestion des fonds publics dont la mise en place effective des instances dirigeantes, cette année, a été saluée par le chef de l'Etat et la population, de se mettre réellement au travail.

« Un péril destructeur »

En désignant ainsi la pandémie de Covid-19 dont les effets ravageurs sur les économies des Etats sont sans limite, le président de la République a ajouté sa voix à celles des autres dirigeants du monde qui n'ont pas manqué d'évoquer « la guerre » déclarée aux nations par le nouveau coronavirus. La disponibilité des vaccins étant devenue une réalité depuis quelques semaines, sans intention de se précipiter, le Congo, comme d'autres pays, est en droit de décider lequel conviendrait pour ses citoyens. C'est dans ce sens qu'une fois de plus le chef de l'Etat a interpellé le gouvernement pour que soit créé, sans délai, un comité ad hoc chargé notamment de « déterminer le type de vaccin le mieux adapté » pour le pays.

La mobilisation autour de la crise sanitaire actuelle a montré combien le monde est devenu ce village planétaire où se joue le destin commun de ceux qui le peuplent. Opter pour plus de solidarité entre les nations signifie une prise de conscience qui doit toucher au-delà des questions de santé. La menace terroriste, les conflits armés à l'intérieur des Etats sont d'autres formes de menaces pernicieuses pour l'équilibre du monde. Denis Sassou N'Guesso a rappelé au cours de son message du 23 décembre les efforts du Congo en matière de résolution des crises, et également le fait que sa diplomatie axée sur le dialogue permanent et le bon voisinage est une constante.

En dehors de ses frontières, comme à l'intérieur de celles-ci, le dialogue est une chance que le Congo doit saisir pour mieux aborder les défis qui l'attendent demain. On peut penser à la future échéance politique majeure, la présidentielle de l'année prochaine, comme un test sur le chemin de la préservation de la paix civile et du renforcement de la démocratie. Une fois cette échéance passée, reviendront en surface d'autres demandes aussi pressantes qu'on l'imagine dans les domaines variés de l'emploi, l'éducation, la relance économique, l'amélioration des conditions de vie dans les villes et les campagnes congolaises. Il sera difficile aux candidats au scrutin présidentiel du mois de mars prochain de ne pas y penser fortement.

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