Afrique: Les communautés comme atout majeur contre la Covid-19 aux Comores

Bien avant l'annonce officielle de la survenue de la COVID-19, les leaders communautaires des Comores avaient pris les devants, soucieux que la maladie ne se propage dans le pays comme ce fut le cas ailleurs. Leur implication a porté fruit : le pays compte à ce jour 765 cas de COVID-19 confirmés avec 9 décès, parmi les plus bas en Afrique.

La première annonce de COVID-19 dans le pays, faite le 30 avril 2020, a été sans surprise pour le Notable Mroivili Mouigni, chef du village de Badamadji Domba au Sud Est de la Grande Comore : « Je m'y attendais, et je ne suis pas le seul. A la télévision, nous avions accès aux chaînes d'autres pays d'Afrique, et aussi de l'Europe et de la Chine. Dès le mois de février, le ministère de la Santé nous avait aussi contactés dans nos localités respectives à propos de la situation. »

Faisant suite à l'alerte du gouvernement, les chefs traditionnels et autres leaders communautaires ont initié des actions de préparation face à cette menace sans précédent pour la santé des populations. À partir du compte villageois approvisionné par les cérémonies coutumières tel que le Grand Mariage, une coutume importante dans l'île générant des fonds reversés pour les besoins de la communauté, le Notable Mouigni et ses équipes se sont procurés du matériel d'hygiène et ont mis en place des protocoles de prévention de la maladie. « Nous avons aussi décidé de fermer l'accès aux plages sans attendre la décision officielle du gouvernement afin de limiter les rassemblements. Dans certaines localités, des conteneurs de denrées alimentaires ont été commandés pour prévenir les pénuries. Tous, nous étions animés par la volonté de préserver notre pays. »

Peu après, des experts de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) se sont rendus dans les différentes localités pour renforcer les capacités des leaders et agents communautaires. « Lorsque les experts sont arrivés, nous nous sommes rassemblés sur la place publique. Nous avions enrôlé des volontaires chargés du suivi de la bonne application des gestes de prévention mais ils n'avaient pas encore reçu de formation précise. Ce jour-là, nous avons donc tous été formés sur les signes et les modes de transmission de la COVID ainsi que sur les mesures de prévention et comment briser la chaîne de transmission », explique le notable.

Il se souvient avec amusement des techniques de lavage des mains appliquées auparavant : « Avant de suivre la démonstration de lavage des mains des experts, certains d'entre nous adoptaient le même procédé que pour les ablutions rituelles et d'autres pensaient qu'il suffisait de se laver les mains avec de l'eau de javel pour se prémunir. Alors les experts nous ont expliqué que l'eau et le savon ordinaire étaient mieux appropriés pour le lavage des mains plutôt que le javel. »

Un autre groupe très actif dans la communauté avait pris les devants pour protéger la population avant même l'annonce officielle de la maladie. Il s'agit des femmes, membres à part entière des Comités villageois de riposte. Parmi elles figure Mwangaza, une association composée de plus de 1300 femmes. Marie Mohamed Soilihi, ancienne maire adjointe de la commune de Oichili Yadju et membre cofondatrice de Mwangaza, explique le rôle important qui a été le leur : « Très tôt, nous avons initié une vaste campagne de fabrication et de distribution de masques en tissu. Toutes les couturières de la ville de Koimbani Oichili ont contribué. Au bout de 15 jours, nous avions fabriqué plus de 2 110 masques que nous avons donné aux ménages et aux chauffeurs de taxi. Il y a 3 écoles dans notre ville, alors nous voulions aussi que tous les écoliers et enseignants aient des masques lavables. Pour financer ce projet, nous avons bénéficié d'un don des jeunes de la diaspora. »

L'OMS a appuyé les préparatifs menés par le ministère de la Santé et a fourni des lignes directrices à l'intention de publics tels que les leaders communautaires et les personnes d'influence, leur offrant les outils nécessaires pour mener à bien les campagnes de sensibilisations à la base. A leur tour, ces personnes se sont assurées que la population est informée des bonnes directives et qu'elle les applique correctement.

Comme l'explique Dr Abdoulaye Diarra, le Représentant de l'OMS aux Comores, l'engagement communautaire est un élément indispensable de la riposte contre la COVID-19 : « Sans l'implication active de la communauté, les menaces contre la santé publique ne sauraient être gérées avec efficacité. Les individus dans les communautés sont les premiers concernés ; ils sont les mieux placés pour nous conseiller sur la meilleure manière de procéder. C'est pourquoi nous nous efforçons de toujours placer les communautés au centre de notre réponse. »

Entre juin et décembre 2020, la commission Communication des risques et engagement communautaire (CREC) du ministère de la Santé, de l'OMS, de l'UNICEF et du Croissant-rouge comorien ont assuré la formation de plus de 1 000 prestataires nationaux et partenaires de Ngazidja et Anjouan, 142 professionnels des médias et agents de santé communautaires des trois îles et 51 chefs d'établissements scolaires de Ngazidja.

Au vu de la situation épidémiologique stable, le gouvernement comorien a décidé le 21 décembre 2020 de l'allègement de plusieurs mesures, y compris la réouverture des lieux de cultes et des plages tout en respectant les gestes barrières.

Mais pour le Chef Mouigni, la vigilance reste de mise : « Notre pays entretient plusieurs relations avec d'autres pays dans le monde et la contamination communautaire est toujours possible. Avec le risque de relâchement de la part de la population, notre rôle est loin d'être terminé. Nous devons nous assurer que les gens ne baissent pas la garde, car la menace reste très réelle. »

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