Afrique: Un soutien mental essentiel en temps de Covid-19

Bamako — Abdouramane Keita est un habitué des situations difficiles. Psychologue de formation, il a assuré pendant plus de 10 ans la prise en charge psychosociale des personnes vivant avec le VIH. Alors avec la survenue l'urgence sanitaire de COVID-19, c'est tout naturellement qu'il a rejoint l'équipe de riposte : « L'apparition de la maladie à COVID-19 et les difficultés qu'elle a fait naître pèsent sur la santé mentale des personnes affectées. Pas seulement chez les personnes positives au virus, mais aussi leur entourage : les parents, les voisins, la communauté, et aussi le personnel de santé. »

Dr Keita fait partie d'une équipe de 10 psychologues recrutés par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et formés pour intégrer les équipes de riposte dans les directions régionales de la santé et répondre aux énormes besoins en appui psychosocial causés par la pandémie.

Au Mali, la peur et l'angoisse causées par la COVID-19 au sein de la population ne facilitent pas la mise en œuvre des activités de la riposte, entraînant entre autres le refus de l'hospitalisation, du confinement ou de la quarantaine, l'évasion du centre de traitement, l'abandon de poste par certains personnels de santé, etc.

« La COVID-19 a eu de profondes répercussions sur la santé mentale de la population. L'arrivée des psychologues a permis d'améliorer la santé mentale des personnes positives à la COVID ainsi que leurs familles, les personnes contacts, celles en quarantaine et le personnel médical. Leur présence dans toutes les régions du Mali a fait ses preuves : depuis le mois de juin, ils ont apporté une assistance psychosociale à près de 3 000 personnes sur le terrain », se réjouit Dr Jean-Pierre Baptiste, le Représentant de l'OMS au Mali.

En 6 mois, Dr Keita a déjà suivi 458 personnes dans la région de Koulikoro dont 67 d'entre eux étaient dans un état de détresse particulier. C'est le cas de Moussa, âgé de 40 ans. Au départ, Moussa avait accepté sans difficulté l'annonce de son statut et la prise en charge au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Kati. Toutefois, après quelques jours, il a été pris de panique. « Je vivais mal d'être coupé du monde extérieur, et j'avais des crises d'anxiété particulièrement liées à mon travail. La perte de mon revenu me hantait et en pensant aux conséquences que cela aurait sur ma vie et celle de mes proches, je n'arrivais plus à me contrôler. J'ai commencé à crier fort, et les équipes de soignants pensaient que j'avais perdu la raison. C'est dans cette situation que Dr Keita est venu me voir. Il a pris le temps de me parler et il m'a soulagé. Le jour où il est arrivé, ma vie a changé », explique Moussa.

Dr Keita a été marqué par un autre cas, celui de Bintou, âgée de 15 ans : « Lorsqu'on lui a annoncé son statut, elle a pleuré pendant toute la journée. Elle ne faisait que répéter à longueur de journée, en pleurant à chaudes larmes sans s'interrompre : "Je vais mourir ; je vais manger seule ; je vais dormir seule ; je ne vais plus me promener." Lorsque je suis venu la voir, on a pris le problème un à un. Par exemple, par rapport à son idée qu'elle allait mourir, j'ai compris qu'elle avait été influencée par ce qu'elle avait vu à la télé : les gens en soins intensifs, les personnes mourant de COVID. De son côté, elle n'avait même pas de symptômes. Alors je lui ai expliqué qu'elle était venue très tôt, qu'elle était jeune, et qu'elle avait toutes les chances de guérir vite. Elle a fini par s'apaiser. »

Le soutien familial reste un élément central de l'appui aux personnes testées positives et placées en traitement. Dans leurs recommandations, les spécialistes insistent sur le rôle crucial de la famille, qui doit maintenir le contact et ne pas couper le contact. « La famille reste un socle solide sur lequel il faut s'appuyer », explique Dr Keita. « En discutant avec Bintou, j'ai compris qu'elle aimait particulièrement une de ses tantes alors je suis entré en contact avec cette dernière et elle est devenue mon alliée pour rassurer sa nièce et l'apaiser encore plus, pour qu'elle continue de suivre son traitement et qu'elle garde le moral car cela est aussi très important pour les patients. Je l'ai vue tous les jours pendant 20 jours car elle était fragile et finalement elle est guérie et est sortie. »

Avec la pandémie de COVID-19 qui a bouleversé les services de base offerts aux populations, il est encore plus critique de prêter attention au volet d'appui psychologique, trop souvent relégué au second plan. L'OMS a tiré la sonnette d'alarme, indiquant que la santé mentale est un secteur où l'insuffisance du financement est chronique. L'organisation a publié des orientations recommandant aux pays de consacrer des ressources à la santé mentale dans le cadre de leurs plans de riposte et appelle au maintien des services essentiels, y compris l'appui psychosocial, pendant la pandémie de COVID-19.

Au Mali, la stratégie d'appui psychosocial est effectivement une partie intégrante de la stratégie nationale globale de riposte contre la COVID-19. Une cinquantaine de personnes comprenant des psychiatres, des psychologues, des socio anthropologues, des travailleurs sociaux et des médecins généralistes ont été formés à la prise en charge psychosociale et interviennent dans les centres d'accueil identifiés à Bamako et dans les autres régions.

Pour Moussa et tant d'autres ayant bénéficié des services des psychologues, cet appui est indispensable : « Avant l'arrivée de Dr Keita, le personnel du CHU pensait que j'avais perdu la tête, mais ce n'était pas le cas. Il a su m'écouter et comprendre mon problème. En discutant avec lui, j'ai repris espoir et j'ai accepté de continuer le traitement. Je suis maintenant guéri, j'ai repris mon business comme avant. J'ai repris goût à la vie grâce à Dr Keita et je souhaite de même pour tous ceux qui ont les mêmes difficultés. »

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Yachim MAIGA

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