Afrique: Une urgence absolue et un impératif politique pour le Gouvernement - Relancer Transco aujourd'hui en faillite !

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J'avais publié, voici quelques mois, une Chronique sur la nécessité de sauver TRANSCO, la compagnie de transport public qui joue un rôle essentiel dans l'économie et la vie sociale de Kinshasa et de ses environs. Cette Chronique était suivie d'une interview de Jacques Henriquet, qui avait dirigé, de façon exemplaire, TRANSCO, remettant la compagnie à flot tout en l'installant sur la trajectoire du développement et de la croissance. Les Kinois, mais aussi les gouvernements de l'époque, se souviennent de cette époque pendant laquelle TRANSCO jouait pleinement son rôle de société publique en transportant dans ses bus les Kinois et en assurant au gouvernement des rentrées fiscales. Dans les pays africains où la question de la mobilité, dans une capitale économique comme Kinshasa, lité des individus se pose de façon aiguë, le transport public est un enjeu vital pour les gouvernements, les villes et les populations.

Le transport public à Kinshasa

Dans Kinshasa, avec ses 15 millions d'habitants, les défis que posent la mobilité urbaine, avec l'augmentation des besoins de mobilité liés à la pression démographique et un allongement des distances de déplacement, ne peuvent trouver leur solution que dans un développement des transports publics. La première évidence est la suivante : activité de service, le transport urbain de masse, dans une capitale économique comme Kinshasa, nécessite obligatoirement le soutien de l'État qui contribue à ses sources de financement. Si les acteurs sont multiples, - et il n'est pas question de déposséder le local de ses prérogatives -, l'Etat doit assumer ses responsabilités, car, sans un engagement de l'Etat, sans une volonté politique forte de la part du gouvernement, il ne peut y avoir de solution durable pour la mobilité urbaine. Pour tout gouvernement, le transport public est une cible prioritaire et le bon fonctionnement d'une société de transport public, un enjeu vital.

La situation de TRANSCO

Ce message que j'ai voulu faire passer, il y a quelques mois, a-t-il été entendu ? Manifestement, non, car, non seulement l'Observatoire de la dépense publique (Odep) relève que TRANSCO est en faillite, mais, il n'y a plus, aujourd'hui, de pilote dans l'avion. La faillite s'explique bien sûr par la mauvaise gestion, une tenue frauduleuse de la comptabilité et des détournements massifs des deniers publics que permettait le dépôt manuel des recettes à la banque. Des poursuites judiciaires contre le Directeur général, son adjoint, le Directeur financier et le trésorier ont été engagées. Laissons la justice faire son travail.

Relancer TRANSCO

L'Odep recommande au Président de la République de nommer des nouveaux mandataires de TRANSCO et de nouveaux dirigeants. Le choix des mandataires s'explique souvent pour des raisons politiques, mais le choix des dirigeants ne devrait se faire que sur les compétences professionnelles. La gestion de TRANSCO n'est pas simplement une gestion financière. S'ajoutent la qualité du service, la fiabilité du matériel, la ponctualité, la rigueur, la sécurité et le professionnalisme des agents. On ne peut dissocier la gestion financière et la stratégie d'exploitation. Si le président du conseil d'administration de TRANSCO et le Directeur général de la société ont des rôles différents, il semble nécessaire aujourd'hui de revoir aussi les nominations au conseil d'administration. Une place doit être faite au gouverneur de Kinshasa, qui a en charge la gestion de la mégalopole urbaine.

Quant à la stratégie d'exploitation, une société française spécialisée dans le transport de masse en a défini, toujours dans un objectif d'efficience économique, les objectifs en quatre points :

1) La qualité de service : assurer le service attendu (qualité, ponctualité, régularité, information des voyageurs, confort, etc.)

2) Les besoins des voyageurs, des usagers et des activités : la prise en compte de ces besoins doit être permanente

3) La maîtrise des moyens : assurer le meilleur dimensionnement des ressources humaines et matérielles et renforcer la maîtrise de l'organisation, des processus et des méthodes

4) La sécurité : garantir les meilleures conditions de sécurité et de sûreté pour les voyageurs et le personnel.

Lorsqu'il dirigeait TRANSCO, Jacques Henriquet appliquait scrupuleusement cette stratégie d'exploitation, avec une gestion particulièrement fine de l'approvisionnement en carburant et l'entretien des véhicules. Il ne sert à rien d'acquérir 450 nouveaux bus, si la Direction générale s'avère incapable de respecter une stratégie d'exploitation efficiente. A sa création, TRANSCO exploitait 29 lignes sur le réseau urbain ordinaire de Kinshasa et une ligne interurbaine "Kinshasa-Kikwit". Aujourd'hui, moins de 100 bus sont en exploitation, sur les 500 bus acquis et les lignes ont sensiblement diminué se réduisant à une dizaine. Or, malgré la réduction du nombre des bus et de lignes, l'Etat a continué à financer le carburant pour plus de 400 bus comme auparavant.

L'enjeu politique

Pour le gouvernement, la relance de TRANSCO représente un enjeu politique important dans la perspective des prochaines échéances électorales prévues pour 2023. Or, l'élection présidentielle de 2023, ce n'est pas après-demain, c'est déjà demain. Dépolitiser la stratégie d'exploitation de TRANSCO est une nécessité. L'attractivité de Kinshasa est telle que cette mégalopole croît hors de tout contrôle. La « surdensification » se traduit par le développement des communes intermédiaires ou périphériques. C'est parce qu'il aura réussi à relancer TRANSCO que le Président de la République pourra en tirer un bénéfice politique. Cette relance est l'un des piliers de la reconstruction de la République Démocratique du Congo.

Avec Felix Tshisekedi, cette reconstruction se dessine peu à peu. Un signe qui ne trompe pas : la RDC vient d'être réintégrée dans l'accord commercial avec les Etats-Unis, elle pourra de nouveau exporter sur le marché américain sans taxes douanières C'est la conséquence des mesures anticorruption prises par le Président Félix Tshisekedi, dont la gouvernance active permet à la RDC de retrouver sa place dans le concert des nations africaines et sur la scène internationale. L'effervescence qui agite aujourd'hui la RDC, pour le contrôle du pouvoir politique, autour du projet d'« Union sacrée pour la nation », de l'assemblée nationale, de la Cour constitutionnelle et même du gouvernement, ne doit pas faire oublier qu'il est urgent de répondre aux besoins des populations. Ces populations souhaitent bénéficier des effets de l'alternance politique de décembre 2018, que Félix Tshisekedi a su conduire de façon pacifique.

Christian GAMBOTTI, Agrégé de l'Université, Président du Think tank Afrique & Partage-

CEO du CERAD (Centre d'Etudes et de Recherches sur l'Afrique de Demain) - Directeur des Collections L'Afrique en Marche, Planète francophone - Directeur de la rédaction du magazine Parlements & Pouvoirs africains

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