Sénégal: Exposition photographique - Voyage initiatique à travers les merveilles du fleuve Sénégal

7 Janvier 2021

Des photos tirées du livre «Daandé Maayo, en descendant le fleuve Sénégal» ont été exposées, mardi dernier, à l'Institut supérieur des arts et métiers du numérique de Dakar. Les photographes Djibril Sy et Yves Barou ont partagé avec le public leurs émotions à travers un document de 240 pages publié par les éditions Tohubohu.

Le photographe sénégalais Djibril Sy avait presque disparu des radars culturels de la capitale. Il a fait une belle réapparition lors de l'exposition-dédicace, mardi dernier, à l'Institut supérieur des arts et métiers du numérique de Dakar, en compagnie de son confrère français Yves Barou avec qui il a signé le volumineux livre intitulé «Daandé Maayo, en descendant le fleuve Sénégal». Un ouvrage de 240 pages dans lequel ils documentent l'histoire et la géographie de ce cours d'eau légendaire qui traverse le Sénégal, la Mauritanie, la Guinée et le Mali, façonne leur paysage et unit leurs peuples. Emu jusqu'aux larmes, entouré de sa famille et de ses proches, Djibril Sy (qui vit à Saint-Louis depuis sa retraite) est visiblement heureux de retrouver l'effervescence à la fois stressante et attachante de Dakar. Une atmosphère qui l'a certainement changé de celle des villages, hameaux et paysages parfois idylliques qui jalonnent le fleuve Sénégal sur plus de 1800 km et qu'il a parcourus avec Yves Barou. «Nous étions à la recherche d'ambiances, de lumières, de couleurs et avons été comblés», expliquent les deux photographes. Dans leur quête de capture d'images, ils ont eu des coups de cœur et des émotions qu'ils espèrent partager avec les lecteurs à travers un regard original, subjectif, mais passionné.

Les deux compères ne sont pas juste des chasseurs d'images avides de sensationnel, ni des paparazzis dépourvus d'émotions. Ils saisissent l'instant, le façonnent à leur manière pour lui imprimer un sens, des couleurs et une certaine signification. Leur livre est comme une ode à un cours d'eau qui, de Saint-Louis du Sénégal au hameau de Koukoutamba en Guinée, en passant par le village de Tokomadji en Mauritanie, symbolise une véritable source d'inspiration et une sève nourricière pour ses riverains. Le chanteur Baaba Maal, qui est né et a grandi à Podor aux côtés d'un oncle pêcheur, témoigne dans le livre. Il a même consacré une chanson au Daandé Maayo qu'il connaît bien pour l'avoir côtoyé tout au long de son enfance. «Tout petit, je regardais l'eau, sa vitesse, sa couleur, sa luminosité. D'ailleurs, j'ai tourné beaucoup de clips sur le fleuve, sans jamais avoir besoin de lumière artificielle !», se rappelle-t-il.

Travail iconographique et mémoriel

Dans leur quête de revalorisation d'un patrimoine à la fois géographique et culturel, Djibril Sy et Yves Barou s'engagent dans un véritable voyage initiatique à travers la cosmogonie des peuples peuls dont l'histoire commune se retrouve au Sénégal, au Cameroun, au Mali, au Tchad, en passant par le Niger et le Nigéria. «Je suis moi-même issu de cette région du Fleuve car mon père est originaire de Kaskas, dans le département de Podor, un village de tioubalos (pêcheurs). Il nous parlait toujours de cette région du Fouta et nous faisait écouter de la musique de la contrée. Tout cela est resté en moi et explique mon choix de consacrer un livre au Daande Mayo», nous explique Djibril Sy, entre dédicace de l'ouvrage, séances de photo et embrassades de ses amis et proches. En grandissant, il a senti comme un appel inexplicable qui l'a poussé à s'intéresser à la zone d'où il est originaire. «Finalement, je me suis installé à Saint-Louis après ma retraite et c'est à partir de là-bas que j'ai décidé de réaliser un travail sur le fleuve Sénégal», reconnaît-il. Un cours d'eau qui, de la source à l'embouchure, est un cordon ombilical reliant Peuls, Walo-Walo, Khassonké et autres groupes socioculturels qui ont tissé des relations de parenté au cours des siècles. Contrairement aux colons français, Djibril Sy et Yves Barou ont décidé de descendre le cours d'eau au lieu de le remonter. «Nous avons découvert beaucoup de richesses culturelles, économiques, et je me suis moi-même retrouvé dans mes racines», poursuit-il. Une façon pour eux d'inciter les jeunes photographes à aller sur le terrain et ne pas uniquement se cantonner dans l'univers urbain et ses chimères.

À travers leur travail iconographique et mémoriel, ils veulent montrer la beauté des paysages du Sénégal, de ses régions, toutes les possibilités qui existent et qui, très souvent, sont hélas ignorées. Au Fouta, les deux chasseurs d'images ont découvert des endroits naguères verdoyants, mais devenus très démunis, avec des paysages victimes de la déforestation et autres calamités écologiques, à l'image de l'île à Morphil où vivaient éléphants, crocodiles, autruches et autres espèces qui en faisaient un véritable paradis terrestre, en des temps immémoriaux que racontent les anciens. «Aujourd'hui, il n'y a presque plus rien, mais c'est bien possible de faire revivre tout cela car il suffit juste d'y croire. En faisant ce travail de mémoire, nous voulons amener les populations à réfléchir sur ce qui nous entoure et nous appartient», confesse Djibril Sy.

Une vision tournée vers l'avenir

Son collègue Yves Barou, très actif dans l'humanitaire à Saint-Louis, est lui aussi tombé amoureux du fleuve Sénégal. Ce coup de foudre l'a poussé à mieux connaître le cours d'eau et ses riverains. «Ce qui est intéressant dans un tel voyage est qu'il y a comme une sorte de balancement, à l'image de l'effet ressenti quand on navigue dans une pirogue. Un balancement entre le passé glorieux, nostalgique, de ce fleuve qui fut un haut lieu de la mondialisation il y a deux siècles, et son état actuel car il est quelque peu oublié, délaissé», nous confie le photographe français. Selon lui, le fleuve représente une opportunité car pouvant apporter de l'énergie hydroélectrique, des potentialités agricoles grâce à l'irrigation et améliorer les échanges par le biais du transport. «Nous avons essayé de trouver un équilibre entre de belles photos, de jolis paysages, des couleurs, tout en montrant ce qui s'est passé et qui se passera dans le futur le long du fleuve. Notre vision n'est pas nostalgique, elle est tournée vers l'avenir», explique Yves Barou. Dans le livre, des textes d'Alioune Kane, professeur de Géographie à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar, permettent de mieux resituer les photographies dans leur contexte tout en servant de guide, de boussole, pour les lecteurs afin de les aider à comprendre les légendes, les cultures et les chants populaires, comme le célèbre pekaan, qui transmettent une vision d'une nature qu'il faut impérieusement respecter.

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