Ile Maurice: Épargne vs investissement, faites vos jeux

analyse

Rs 4,5 milliards. Ce chiffre correspond à l'augmentation de la dette des ménages entre novembre 2019 et novembre 2020.

S'ajoutent à cela la baisse du pouvoir d'achat, la sécurité d'emploi mise à mal et la dépréciation de la roupie, autant d'ingrédients réunis pour réduire la capacité des ménages à épargner. Selon les analyses du National Accounts de Statistics Mauritius, le taux d'épargne domestique par rapport au PIB est en chute libre passant de 8,8 % en 2019 à 6,2 % en 2020. Or, la baisse du niveau de consommation, comme le constatent les commerçants du pays, ne signifie-t-elle pas que les Mauriciens lèvent le pied sur les dépenses pour économiser?

Pas si sûr. «Le taux d'épargne domestique par rapport au PIB est en baisse depuis quelque temps passant de 10 % en 2017, à 9 % en 2018, à 8,8 % en 2019 et finalement à 6,2 % en 2020. On peut penser que dans une période de récession, la tendance serait que les gens épargneraient plus car l'avenir est incertain mais il y a d'autres facteurs à considérer, à l'instar des pertes d'emplois; sans revenus, on ne peut pas économiser et il ne faut pas négliger la hausse du coût de la vie, il faut payer plus pour consommer comme d'habitude», explique l'économiste Eric Ng. Selon lui, la conséquence directe est que, si une société n'arrive pas à épargner, elle ne pourra pas investir et cela augmentera le niveau de la dette des ménages qui prendront plus de crédit pour maintenir leur niveau de consommation.

L'autre élément décourageant est le faible taux d'intérêt des banques qui n'incite pas aux dépôts bancaires. Même si, selon les chiffres de la banque centrale, le montant des dépôts bancaires pour les ménages s'élevait à environ Rs 317 milliards à fin juin 2020 et à environ Rs 286 milliards à fin juin 2019. La période de confinement peut, entre autres, expliquer cette hausse. Toutefois, il faut noter que le taux directeur (repo rate) de la banque centrale est fixé à 1,85 %, sachant que les banques locales s'alignent en général plus ou moins sur ce que préconise la Banque de Maurice (BoM) avec des taux d'intérêt proches de 0 %, le retour sur investissement de mettre son argent en banque est donc négligeable.

«Pour commencer, il faut savoir que depuis la crise financière, la tendance mondiale veut que les taux d'intérêt soient faibles afin d'alléger le poids des remboursements d'emprunts bancaires pour les individus comme pour l'État et, depuis, les taux d'intérêt n'ont pas beaucoup augmenté. À Maurice, maintenant avec la récession, les faibles taux d'intérêt sont appelés à durer. Nous sommes dans une ère où les retours sur investissement seront faibles. Ayant basculé dans la surconsommation depuis des années, le taux d'épargne par rapport au PIB est aujourd'hui à 6,2 % ce qui est à l'opposé de Singapour, par exemple, où ce même taux est à environ 42 %», fait ressortir pour sa part Kevin Teeroovengadum.

Société de consommation

Selon l'économiste, en devenant une société de consommation, nous sommes de moins en moins enclins à économiser et nous devons aussi nous attendre à moins en moins de retour sur investissement. Dans le même élan, un rapport de la banque d'investissement américaine JPMorgan Chase & Co datant de 2020 fait état de ceci, «... the ongoing era of ultra-low interest rates has depressed the return available on cash to near zero, leaving cash savings vulnerable to erosion by inflation over time... Savers who have parked their cash in the bank have missed out on the impressive performance that would have come with investing over the long term.»

Si les dépôts en banque n'assurent pas de retour sur investissement, quelles options avons-nous? La campagne «vers une nation d'investisseurs» lancée en 2019 par le ministère des Services financiers, de concert avec la Financial Services Commission (FSC), le Financial Services Fund, avec la collaboration de la Stock Exchange of Mauritius, va en ce sens. «On se concentre sur les solutions d'investissement non bancaires à l'instar des plans d'assurance, des fonds de pension ou encore de la bourse. Le secteur financier offre des opportunités et nous voulons informer les gens sur leurs options», explique-t-on à la FSC.

Autres options d'investissement

En effet, hormis les dépôts bancaires, il existe d'autres options d'investissement, à l'instar des bons du trésor que la BoM met régulièrement sur le marché, les sociétés cotées en bourse ou encore les obligations émises ré- gulièrement par les sociétés ou au sein de sociétés spécialisées en gestion de fonds. «Toutefois il faut savoir qu'avec la crise, certaines compagnies ne sont pas en mesure de payer des dividendes. Une autre option pourrait être d'investir son argent dans l'acquisition de terrains ou de produits immobiliers mais encore une fois la marge pour les loyers est faible avec la crise. Investir dans les plateformes de nouvelles technologies est en revanche une idée qui rime avec cette ère numérique propulsée par la pandémie. Le citoyen lambda peut investir et acheter des actions chez Alibaba et Zoom, entre autres. Il ne faut pas oublier la cryptomonnaie», précise Kevin Teeroovengadum.

Pas de visibilité sur l'avenir

Cependant, investir dans les sociétés ou les fonds de pension, entre autres, n'est pas sans risques, surtout sans visibilité sur l'avenir, faute au Covid-19. Krishen Patten, Chief Risk Officer d'AXYS Investment Partners Ltd, nous en dit plus. «Le risque principal pour les entreprises est le manque de visibilité lié à la crise de Covid-19. Premièrement, il nous faut comprendre l'impact qu'auront les vaccins récemment mis au point contre le Covid-19 et ensuite, nous ne savons pas encore quand et comment nos frontières à Maurice s'ouvriront. En attendant, les entreprises doivent naviguer dans cette incertitude, ce qui a sans aucun doute une incidence sur leur rentabilité et leur flux de trésorerie. Cela pourrait signifier qu'ils décident de ne pas émettre de dividendes ou que le prix de leur action soit négativement affecté. Les investisseurs sont donc exposés à ces risques et ils doivent en tenir compte avant d'investir.»

Selon cet expert, les investisseurs qui souhaitent faire un placement relativement sûr tout en gagnant plus que le taux d'épargne des banques en retour sur investissement, peuvent se tourner vers les marchés des obligations d'État et des sociétés. «Ils peuvent également se pencher sur les fonds de placement à revenu fixe (fixed income securities) qui comprennent généralement un mélange de titres d'État et de titres à revenu fixe de sociétés. Ces fonds permettront de diversifier les risques.»

En attendant, si les habitudes d'épargne et de gestion d'argent prennent du temps à changer, la nouvelle conjoncture appelle sans aucun doute à plus de prudence.

Plus de: L'Express

à lire

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.