Congo-Brazzaville: Témoignages - Non, la vie ne s'arrête pas avec le VIH-SIDA !

Invectivées, jugées à tort, humiliées parfois, les personnes atteintes du VIH-sida font souvent l'objet de discrimination au sein de leur famille et dans la société. Bravant les tabous, la honte et les décrépitudes, quelques-unes nous confient leur l'histoire, une manière aussi pour ces dernières de déculpabiliser face aux nombreuses critiques dont elles font face. Aussi réclament-elles plus d'indulgence et de clémence de la part de leur entourage.

« Les gens sont méchants à votre égard car, selon eux, les personnes atteintes du VIH-sida mènent une vie de débauche, or ce n'est pas toujours le cas. Ma sœur a été contaminée par son mari alors qu'elle était dans un foyer avec quatre enfants », a fait savoir Moundélé qui invectivait les personnes atteintes du VIH-sida avant que sa sœur ne soit diagnostiquée séropositive. « Aujourd'hui, je ne pointe plus les gens du doigt, j'ai vu la détresse de ma sœur, des amies qui lui ont tourné le dos, la honte qu'elle ressentait face à nous, les combats qu'elle a dû mener pour ne pas se laisser mourir, le regard malveillant des autres... Ce qui a fait qu'elle puisse changer de quartier, puis de ville pour réapprendre à vivre », a-t-elle ajouté, avant d'appeler à la clémence dans nos familles.

Stéphanie apprend sa sérologie à la mort de son mari, un deuil douloureux pour lequel, elle a toujours du mal à émettre des mots alors que cela fait plus de sept ans déjà. « Mon mari était atteint du VIH-sida et se faisait soigner à mon insu. Après sa mort, je suis tombée gravement malade et c'est là où j'ai découvert que j'étais séropositive. Tout s'écroulait autour de moi, je n'avais aucune envie de vivre, de plus je venais d'apprendre que j'étais enceinte. Alors j'en ai parlé à mes sœurs qui m'ont tout de suite rejetée, heureusement que ma mère était là, sinon je me suicidais », a fait savoir la jeune femme qui n'a pas souhaité gardé son enfant de peur que celui-ci subisse le rejet comme elle. Du côté d'Adeline, même si certains préjugés ont été dépassés, elle reste néanmoins sur ses gardes. Seul son cercle familial est au courant de sa maladie. « Même mes enfants ne sont pas au courant, je leur en informerai au moment opportun, mais pour le moment c'est mieux qu'ils restent dans l'ignorance surtout pour leur intégration à l'école », a lâché Adeline qui ne tient pas à ce que ses enfants soient rejetés comme elle.

Edmond, quant à elle, apprend sa sérologie il y a 11 ans alors qu'elle n'a que 17 ans, après un examen de routine à la suite d'une grave maladie. C'est au fil des jours qu'elle se rend compte de la gravité de sa maladie via les comportements et langage de ses proches. « A l'époque, je vivais chez une amie de ma mère et lorsque je commettais des erreurs, elle m'insultait et répandait la nouvelle dans le quartier. C'est à ce moment que j'ai voulu mettre fin à ma vie car je croyais qu'il ne me restait plus beaucoup de temps à vivre », a expliqué la jeune femme qui continue de garder soigneusement son secret pour éviter les invectives, ou encore d'être jugée. L'acceptation de la maladie peut mettre beaucoup de temps et poussent certains séropositifs à « se venger ». « A la connaissance de ma séropositivité, j'étais en colère contre moi et j'ai sombré dans l'alcool. Puis inconsciemment, j'ai couché avec plusieurs hommes sans me préserver car j'en voulais à toute la Terre », a fait savoir cette dernière qui a dû changer de quartier lorsque son secret a été dévoilé par sa meilleure amie.

Il y a douze ans, Yolande dit Yoyo, la quarantaine à peine, apprend sa sérologie et à la naissance de son fils son mari lui demande de quitter la maison sans aucun ménagement. « C'était difficile, parce que nous étions un couple séro-discordant et j'ai vécu avec lui jusqu'au moment où j'ai accouché et un mois après mon accouchement, il m'a clairement dit que nous pouvions plus vivre ensemble », a informé la jeune femme. Séparée de son conjoint, avec un bébé dans les bras, la maladie et sans ressource financière, le monde s'écroulait pour Yoyo... Heureusement pour elle, son frère aîné était venu à sa rescousse. « J'ai eu beaucoup de chance car mon frère a fait en sorte que je ne me sente pas seule. Mais dans ma tête, je me disais qu'il ne me restait plus que quelques jours à vivre. J'ai aussitôt informée ma sœur, sauf mes parents parce qu'ils étaient âgés et je ne voulais pas les inquiéter » a-t-elle indiqué. Aujourd'hui, elle croque désormais la vie à pleine dent et reprend gout à l'existence même si cela n'a pas été facile.

Elles pourraient se marier peut-être un jour, ont-elles fait savoir, mais ce n'est pas une priorité. Pour l'heure, elles savourent avant tout leur nouvelle vie en s'occupant dignement de leur famille. Aussi, « il faut continuer à sensibiliser les jeunes et se battre pour faire cesser la stigmatisation ou les préjugés vis-à-vis des personnes atteintes du VIH-sida dans la société. C'est aussi par ce moyen qu'on pourra vaincre cette maladie vue que cela incitera les personnes atteintes à dévoiler leur sérologie », a expliqué Patrice, membre d'Azur développement Bouenza. Pour lui, malgré les sensibilisations, « les chiffres ne font que doubler malheureusement, atteignant la moyenne d'une contamination toutes les semaines ».

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