Libye: Une milice a fait régner la terreur à Tarhouna

communiqué de presse

Beyrouth — Des centaines d'habitants ont été portés disparus de 2014 à 2020, et de nombreuses fosses communes ont été trouvées

Des centaines d'habitants de la ville de Tarhouna en Libye ont été enlevés ou portés disparus entre 2014 et 2020, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Les autorités du gouvernement d'accord national (GNA) affirment avoir découvert 27 fosses communes à Tarhouna depuis juin, mais qu'elles n'ont pas encore pu identifier tous les corps.

Au moins 338 habitants de Tarhouna ont été portés disparus après que la milice locale al-Kaniyat ait pris le contrôle de cette ville en 2015, selon l'Autorité publique chargée de la recherche et de l'identification de personnes disparues, affiliée au GNA. Des habitants ont affirmé que la milice avait enlevé, détenu, torturé, tué ou fait « disparaître » des personnes opposées à sa présence, ou perçues comme telles. Certains résidents ont accusé la milice d'avait saisi leurs propriétés privées, ou d'avoir volé leur argent. Les autorités du GNA devraient enquêter sur les disparitions, avec l'aide de gouvernements étrangers et des Nations Unies, y compris des experts médico-légaux habilités à effectuer des tests ADN sur les corps retrouvés dans les fosses communes.

« Les familles de Tarhouna dont des proches ont disparu ont du mal à avancer dans leur vie », a déclaré Hanan Salah, chercheuse senior sur la Libye à Human Rights Watch. « Après la sombre découverte de fosses communes, les autorités devraient prendre les mesures appropriées pour identifier les corps, et traduire en justice les individus responsables de ces abus. »

L'Association des familles des disparus, un groupe de la société civile qui vient en aide aux familles des personnes disparues de Tarhouna, a fourni à Human Rights Watch des données sur 166 habitants que la milice al-Kaniyat aurait enlevés ou soumis à des disparitions forcées.

La milice al-Kaniyat contrôlait tous les aspects de la vie à Tarhouna de 2015 à juin 2020, lorsque les forces du GNA l'ont chassée. En avril 2019, cette milice s'est alliée aux Forces armées arabes libyennes (FAAL), commandées par le général Khalifa Haftar et précédemment connues sous le nom d'Armée nationale libyenne (LNA). La milice a adopté un nouveau nom, « 9ème Brigade ».

Le chef présumé de cette milice est Mohammed Khalifa al-Kani, soutenu par ses trois frères Abdelkhaleq, Mouammar (Omar) et Abdulrahim. Un quatrième frère, Muhsen a été tué en septembre 2019.

Le Dr Kamal al-Siwi, directeur de l'Autorité publique chargée de la recherche et de l'identification de personnes disparues, a indiqué que depuis juin, l'Autorité avait exhumé environ 120 corps, dont ceux de femmes et des enfants, qui avaient été enterrés anonymement à Tarhouna et aux alentours.

La Cour pénale internationale (CPI) dispose d'un mandat pour enquêter sur les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et les actes de génocide commis en Libye depuis le 15 février 2011, en vertu de la Résolution 1970 (2011) du Conseil de sécurité des Nations Unies.

En novembre 2020, un rapport de la Procureure de la CPI au sujet de deux missions en Libye a évoqué des « informations fiables » selon lesquelles « des forces de Tarhouna affiliées à l'ANL auraient commis des crimes graves, dont des meurtres, des enlèvements, [et] des disparitions forcées... »

Également en novembre, le gouvernement américain a émis un décret (« Executive Order 13818 ») imposant des sanctions à l'encontre de Mohamed al-Kani et de la milice al-Kaniyat, en raison de leur rôle suspecté dans pour « le meurtre de civils » dont les corps ont été découverts dans des fosses communes à Tarhouna, « ainsi que la torture, les disparitions forcées et le déplacement de civils ».

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