Afrique Centrale: Crise socio-politique en ex-Oubangui Chari - Quel avenir pour la RCA ?

10 Janvier 2021
analyse

En République centrafricaine (RCA), les jours se suivent et se ressemblent. Ils sont tous, en effet, pratiquement marqués par la violence et cela depuis qu'une coalition de groupes armés, rassemblant des groupes issus de la Seleka et des milices Antibalaka, se sont entendus, comme larrons en foire, pour inscrire le pays à l'article de la mort.

La coalition des patriotes pour le changement (CPC), puisque c'est d'elle qu'il s'agit, s'est encore signalée tristement à Bouar, le 9 janvier dernier. En effet, cette localité située à plus de 400 km de la capitale Bangui, a, de nouveau, fait l'objet d'une violente attaque perpétrée par la CPC.

La veille, c'est-à-dire le 8 janvier, les présidents Macron et Touadéra se sont entretenus. A cette occasion, Emmanuel Macron a réitéré « sa ferme condamnation » des groupes armés et de certains leaders dont François Bozizé. Le grand chef des Blancs accuse particulièrement ces derniers de « saper les accords de paix et le processus électoral constitutionnel ». Le président français a également pris note des résultats provisoires des élections tout en soulignant la nécessité d'un dialogue ouvert et inclusif.

Il ne faut pas se méprendre sur François Bozizé

Au plan politique et diplomatique, le président Touadéra peut se réjouir de cet échange avec le premier responsable de l'ex-puissance coloniale. Et tous ceux qui connaissent l'histoire politique de la RCA, sauront apprécier, à sa juste valeur, la prise de position de l'Elysée.

En tout cas, le moins que l'on puisse dire, c'est que le point de vue de la France n'a jamais compté pour du beurre dans les relations entre les deux pays. Et aujourd'hui plus qu'hier, la France ne peut se détourner de l'ex-Oubangui Chari. Et pour cause : la Russie de Poutine, depuis l'avènement de Touadéra, ne cache plus son intérêt pour ce riche pays de l'Afrique centrale. Et cela s'est traduit par une présence militaire russe significative au pays de Barthélémy Boganda.

La France suit tout cela de près et semble décidée à contrarier la Russie dans sa volonté affichée de prendre pied dans sa richissime ex-colonie. C'est pourquoi, en plus du soutien politique et diplomatique au régime de Touadera, la France veut jouer sa partition militaire sur le terrain.

En effet, des avions de chasse Mirage ont survolé, récemment, à très basse attitude, l'Ouest de la capitale puis la route de Mbaiki à hauteur de Bimbo, ainsi que des positions des groupes armés sur les routes de Boali et Damara. A cela, il faut ajouter que les chasseurs français ont appuyé les Forces armées centrafricaines (FACA) et la Mission des nations unies de soutien à la Centrafrique (MINUSCA) au camp Leclerc, à Bouar, en effectuant trois vols dissuasifs au-dessus des positions de la coalition armée.

En tout cas, il ne faut pas se méprendre sur François Bozizé. Seul le langage de la force doit lui être opposé. Et si la France veut véritablement aider le peuple centrafricain à se débarrasser de ce sinistre individu, elle a les moyens militaire et politique de le faire. Emmanuel Macron peut, par exemple, mettre à contribution "l'ami" 'Idriss Deby pour résoudre définitivement l'équation Bozizé. Au-delà de Bozizé, le Tchad a la possibilité et la capacité de faire entendre raison aux autres leaders de la coalition armée qui sont en train de faire des misères à la RCA.

On est en droit de désespérer de la Centrafrique

Soixante ans après l'indépendance de l'ex-Oubangui Chari, l'on peut trouver gênant voire indécent d'en appeler à la France pour permettre à la RCA de sortir la tête hors de l'eau. Cela est d'autant plus infamant pour la RCA qu'on connaît le nombre de dégâts et d'ingérences humiliantes que l'ex-puissance coloniale a fait subir à ce pays.

A l'époque coloniale déjà, René Maran avait fait cas des brimades subies par les indigènes de la part de l'Administration coloniale. Ce témoignage est dans son roman « Batouala ». La période post-coloniale n'a pas véritablement changé les choses quant à la nature des rapports entre les deux pays. Mais là où on peut difficilement défendre les Centrafricains, c'est leur refus collectif et maladif de grandir.

En tout cas, on peut avoir l'impression que les hommes politiques centrafricains n'ont aucun grain d'amour pour ce pays. Tous semblent avoir fait le serment de lui faire subir le martyre, et cela dure depuis toujours. Et ce n'est pas demain la veille que l'on peut s'attendre à ce qu'ils battent leur coulpe en guise de repentance.

De ce point de vue, l'on peut affirmer sans risque de se tromper, que le Souverain pontife prêche dans le désert quand il appelle les acteurs politiques centrafricains à la réconciliation. A sa suite, un prêtre du pays a appelé à la même chose. Quatre jours après l'appel du Pape François, la coalition armée a répondu en attaquant violemment Bouar. De tout ce qui précède, l'on est en droit de désespérer de la Centrafrique. En tout cas, l'on peut se permettre de s'interroger ainsi qu'il suit : quel avenir pour la Centrafrique ?

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