Afrique de l'Ouest: Coopération France/ G5 Sahel - Quel avenir pour la force Barkhane ?

Jean-Yves Le Drian, ministre de la défénse française en compagnie de soldats.

Visite éclair de Jean-Yves le Drian, le ministre français des Affaires étrangères et de la Coopération, à Ouagadougou vendredi dernier.

Entre les félicitations d'usage au président Kaboré pour sa réélection et la réaffirmation de la détermination de Paris à accompagner Ouagadougou dans la coopération pour le développement socio-économique du Burkina, on aura noté le tour d'horizon de l'hôte du président Kaboré sur les problèmes sécuritaires qui tenaillent les pays du Sahel. Il y a de quoi, car, en l'espace de 10 jours, entre le 28 décembre 2020 et le 8 janvier 2021, 3 attaques terroristes ont visé la Force Barkhane et fait 5 morts et 6 blessés.

Alors questions : faut-il mettre fin à l'opération Barkhane ? Faut-il négocier avec les groupes pseudo-djihadistes qui déstabilisent la région ? Du côté des autorités hexagonales, on note des prémisses de réponses à ces interrogations sans que pour autant elles soient coordonnées avec l'avis officiel des gouvernements des pays du G5 Sahel. Peut-être que le prochain sommet France/G5 Sahel, prévu pour se tenir à N'Djamena le mois prochain, lèvera davantage un coin du voile sur ces questions, mais d'ores et déjà certaines déclarations d'officiels français et le point de vue de certains analystes tendent à faire croire qu'une opération militaire du genre n'est jamais faite pour durer éternellement. A défaut donc que la Force Barkhane se retire du Sahel illico presto, dans le cours terme, elle va réduire ses effectifs.

En effet, initialement de 3000 hommes, la Force Barkhane a augmenté ses effectifs à 4500 hommes en mars 2015 avant de les étoffer avec un renfort de 600 soldats en février 2020, soit un total de 5100 combattants actuellement. Un effort considérable de l'ancienne métropole pour conjurer le péril terroriste au Sahel qui lui coûterait environ 1 milliard d'euros par an avec 50 pertes en vie humaine depuis 2013. De quoi faire réfléchir Paris qui, malgré les déclarations du président Macron sur la « détermination de la France dans le combat contre le terrorisme », pense réduire les effectifs de la Force Barkhane.

C'est connu, une certaine opinion publique en France et en Afrique ne comprend pas ce que « nos ancêtres les Gaulois » sont venus faire dans cette galère du Sahel et leur demande de plier bagages. Même certains analystes modérés estiment que l'objectif de cette intervention militaire, détruire les groupes terroristes, ou tout au moins contenir leur expansion pour permettre aux forces de sécurité locales de les anéantir, est atteint. A ce propos, ils pointent du doigt la neutralisation au cours de l'année 2020 d'Abdelmalek Drougdal et de Bah Ag Moussa, respectivement chef d'Al-Qaïda au Maghreb islamique et commandant du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM). Fort de ces succès et de la montée en puissance des armées nationales des pays du G5 Sahel, des experts militaires français estiment qu'il est temps pour l'Hexagone de lancer une nouvelle opération militaire, plus limitée en hommes, plus discrète dans son modus operandi, privilégiant des combats par les forces locales selon des modalités à définir.

Par ailleurs, en vertu de la stratégie du bâton et de la carotte, les mêmes analystes n'excluent pas des négociations avec des éléments du GSIM qui ont déposé les armes et n'ont pas une idéologie radicale et criminelle.

Vivement donc le sommet France/G5 Sahel de N'Djamena afin que les points soient mis sur les i en matière de nouvelle stratégie dans la lutte contre le terrorisme dans la sous-région.

Plus de: L'Observateur Paalga

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