Cote d'Ivoire: Le temps des regrets

11 Janvier 2021
éditorial

Contre vents et marées, la Côte d'Ivoire poursuit sa marche inexorable vers la consolidation de sa vie démocratique. Exactement cent vingt-six jours après la présidentielle du 31 octobre dernier, les Ivoiriens retourneront aux urnes pour élire leurs députés, ces hommes et femmes qui porteront leurs voix à l'Assemblée nationale. Le scrutin est fixé au samedi 6 mars prochain.

Si l'élection présidentielle a été boycottée par l'opposition, à travers une désobéissance civile qui était, en réalité une tentative d'insurrection émaillée de violences, d'actes de destruction de biens publics et privés, ainsi que d'affrontements communautaires qui ont malheureusement fait 87 morts et plus de 400 blessés, les législatives devraient, elles, se tenir dans le calme.

Et pour cause, un consensus semble se dégager au niveau politique et l'opposition a décidé d'y participer, comme elle l'a annoncé la semaine dernière. Cette décision est un bon signal pour notre jeune démocratie. En revanche, elle met à nu l'inconséquence des opposants et suscite quelques interrogations sur leur stratégie, faite de janotismes.

Quelle logique sous-tend, en effet, cette démarche qui consiste à boycotter une élection présidentielle en contestant une prétendue « partialité de la Commission électorale indépendante » et la « légitimité du pouvoir en place » et, trois mois après, décider de participer à une autre élection, alors que, fondamentalement, peu de choses ont évolué au niveau des institutions remises en cause ?

Quelle logique sous-tend qu'ils mettent en place un Conseil national de transition en arguant qu'ils ne reconnaissent pas l'élection d'un chef d'Etat et après, engager des négociations pour revenir dans la République ? Disons-le tout net : la non-participation de l'opposition à la présidentielle, alors qu'elle avait une belle carte à jouer face au Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix et démontrer à l'opinion ce qu'elle valait sur le terrain, fut un énorme gâchis qu'elle doit regretter profondément aujourd'hui. De plus, elle s'est faite totalement ridiculisée en décidant de mettre en place le CNT qui n'était, ni plus ni moins, qu'un acte séditieux et totalement anti-démocratique.

Ainsi, elle a montré, à la face de la Nation et du monde entier, que son agenda n'était pas de participer à un jeu électoral, mais de perpétrer un coup d'Etat. En tentant ce coup de poker surréaliste, les opposants ont perdu tout crédit aux yeux de l'opinion nationale et internationale.

Ils ont confirmé ce que beaucoup d'Ivoiriens pensent depuis : à savoir qu'ils n'ont rien à leur proposer, en termes de projet de société et de programme de gouvernement. Heureusement face à l'opposition, il y a un pouvoir et un chef de l'Etat, très attentifs à la nécessité de rassembler tout le peuple ivoirien autour d'un idéal de paix.

En leur tendant la main, alors que rien ne l'y oblige, le gouvernement donne l'occasion aux opposants de se réhabiliter. Le dialogue ouvert avec eux apparait donc comme une bouée de sauvetage. A laquelle ils s'agrippent tout naturellement, hic et nunc. Toute honte bue, l'opposition fait aujourd'hui un retour sans gloire dans la République, celle qu'elle accusait de tous les péchés, il y a moins de trois mois.

A dire vrai, au-delà des déclarations tonitruantes qu'on entend et qu'on lit par-ci, par-là, c'est une opposition frileuse, qui revient sur la pointe des pieds dans le jeu démocratique, sachant pertinemment que la politique de la chaise vide et du boycott systématique ne paie jamais, comme on le voit dans d'autres pays africains.

Surtout, c'est son ultime chance d'exister véritablement sur la scène politique, après l'échec patent de son coup de force en octobre 2020. Le RDR d'Alassane Ouattara avait aussi payé le prix de cette politique hasardeuse en 2000, lorsque ce parti a refusé d'aller aux législatives qui ont succédé à la présidentielle « calamiteuse » de la même année.

Pendant cinq ans, le RDR n'avait que la rue pour s'exprimer, alors qu'il avait la possibilité de se faire dignement et massivement représenter au parlement. Leçon : la démocratie est une quête permanente. Rien n'est définitivement acquis. Les absents ont toujours tort... En mars prochain, la compétition électorale sera donc haletante.

Et on en saura un peu plus sur le poids réel de cette opposition, ce qu'elle pèse vraiment sur le terrain. Elle affirme déjà sa volonté d'aller en rangs serrés à ce scrutin, histoire de se donner toutes les chances de l'emporter et constituer un contre-poids sérieux au pouvoir RHDP. C'est bien beau de le clamer, mais il faut relever le défi.

Car, entre l'ambition affichée et la réalité du terrain, il y a tout un fossé qu'il faudra franchir. Dans tous les cas, l'opposition politique joue désormais son destin. Si elle est laminée par le RHDP, on comprendra aisément pourquoi elle n'a pas voulu aller à la présidentielle du 31 octobre 2020. Mais, si par extraordinaire, elle réalise un score honorable, elle fera un retour clinquant dans le jeu politique national. Après les regrets, place désormais à la bataille des législatives...

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