Congo-Kinshasa: Lettre ouverte à Félix Tshisekedi - La Lucha fustige la campagne de répression et de persécution judiciaire à l'endroit de ses membres

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Pour ce mouvement citoyen, « l"image des jeunes arrêtés, détenus de manière prolongée et poursuivis devant une juridiction militaire pour avoir seulement demandé à vivre en paix » ternit largement l'engagement du chef de l'Etat de promouvoir un véritable Etat de droit.

Le mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha) a dénoncé, dans une lettre ouverte adressée, le 10 janvier, au chef de l'État, Félix-Antoine Tshisekedi, la campagne de répression et de persécution judiciaires dont sont victimes plusieurs de ses membres à travers le pays.

La Lucha note que, en effet, depuis le 19 décembre 2020, huit de ses membres, qui prenaient part à une manifestation pacifique appelant au démantèlement de la Monusco, qui a fait preuve d'inefficacité dans sa mission de protection des civils, ont été torturés puis arrêtés par la police. « Ils sont dès lors détenus à la prison centrale de Beni et comparaissent en procédure de flagrance devant le tribunal militaire de Beni alors qu'ils sont tous des civils et n'avaient aucun effet militaire sur eux lors de leur arrestation arbitraire », fait savoir ce mouvement citoyen. Et de noter, par ailleurs, que deux autres de ses militants ont été arrêtés le 7 janvier 2021 pour avoir pris part à des manifestations pacifiques appelant à la suspension du recouvrement forcé d'une nouvelle taxe de 25 dollars américains instaurée par le gouvernement provincial à l'égard de tout conducteur de moto. Ils sont également détenus, fait savoir cette organisation, au cachot du parquet de grande instance.

Ce mouvement citoyen rappelle, par ailleurs, au président de la République, que les actions citoyennes qu'elle mène sont pacifiques et légales, et répondent au manque criant de sécurité dans la région de Béni. « Les actions citoyennes qui ont conduit à l'arrestation de nos camarades étaient pacifiques et légales et répondaient au manque criant de sécurité dans la région de Beni. », a souligné la Lucha qui rappelle au chef de l'Etat sa volonté de faire du rétablissement de la paix et de la sécurité une des priorités de l'action de sa gouvernance. Vous avez même ordonné, a indiqué ce mouvement, le lancement des opérations militaires le 30 octobre 2019 à Beni pour protéger les civils et neutraliser les groupes armés qui nous insécurisent.

Notant que ces opérations initiées par le président de la République peinent à sécuriser la population de cette partie du pays, la Lucha note que depuis leur lancement, il y a eu plus de mille deux cents morts et des assaillants encore plus aguerris qu'ils ne l'étaient avant. « Dans ces conditions, il est tout à fait normal que des citoyens s'en plaignent publiquement, qu'ils manifestent pour exiger des actions fortes censées endiguer les violences. Cela ne fait pas d'eux des criminels à tabasser et à persécuter jusqu'à les poursuivre devant des juridictions militaires qui auraient dû plutôt juger ceux qui tuent la population », a relevé la Lucha.

Un droit garanti par la Constitution et les lois de la République

La Lucha rappelle également à Félix Tshisekedi ses incessantes promesses faites aux Congolais sur le droit et la liberté de manifestation, une des symboliques de l'Etat de droit. « L'image des jeunes arrêtés, détenus de manière prolongée et poursuivis devant une juridiction militaire pour avoir seulement demandé à vivre en paix ternit largement votre engagement de promouvoir un véritable Etat de droit. Nous ne doutons pas de votre souci et de votre capacité d'engager notre pays sur la voie de l'Etat de droit. Mais nous ne pouvons pas dire autant de ceux qui vous représentent sur toute l'étendue du territoire national », indique la Lucha.

Ce mouvement révèle, en effet, que ces jeunes militants subissent cette persécution parce que des autorités locales, en commençant par le maire de la ville de Beni, veulent en découdre avec ces jeunes qui refusent de se taire face aux abus et dérives qu'ils constatent. « Si vous tenez à ce qu'on retienne de vous l'image d'un dirigeant qui a véritablement œuvré à l'instauration d'un Etat de droit dans son pays, vous ne devez pas surveiller que vos actes mais aussi ceux des milliers de vos collaborateurs et représentants qui nécessairement ne partagent pas votre vision et n'ont pas à cœur de vous voir réussir. Tant que des Congolais continueront à être arrêtés pour avoir manifesté, nous ne parlerons jamais d'Etat de droit », conseille ce mouvement citoyen.

Pour la Lucha, la population de Beni fait partie du peuple de la RDC dont sa protection et son épanouissement est la première mission du président de la République. « La population de Beni fait partie du peuple de la République démocratique du Congo dont leur protection et leur épanouissement est votre première mission de chef de l'Etat. Etre massacré dans la région de Beni est devenu, depuis plus de six ans, une décision de seuls présumés ADF et leurs complices congolais. Ils se choisissent l'endroit, le jour et l'heure pour égorger les enfants du Congo comme si ces derniers étaient dépourvus des parents pour les protéger.

Ce sont eux les méchants, pas nous qui en pâtissons et nous battons pour inviter les services publics à faire effectivement leur travail », souligne cette association qui dit attendre du chef de l'Etat, de réparer cette grave injustice en s'impliquant personnellement en vue d'empêcher la forte campagne de persécution qui s'abat sur elle, à Beni. C'est sera, a conclu la Lucha, œuvre de bonne justice, d'humanité et de responsabilité.

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