Burkina Faso: L'UPC à la Majorité - Zeph sort du long... tunnel de l'opposition

A la presse qui l'assaillait le lundi 11 janvier 2021 au Palais présidentiel, le tout nouveau ministre d'Etat, ministre auprès du Président du Faso chargé de la Réconciliation nationale et de la Cohésion sociale avait lâché un tantinet sibyllin : « Non, attendez les vœux de l'UPC ce mardi ! »

En cette rentrée des classes de l'équipe Dabiré II, Zéphirin Diabré, l'objet de toutes les attractions, n'a pas voulu piper mot des tenants et des aboutissants de sa nomination qui a surpris plus d'un observateur de la scène politique nationale.

C'est dire s'il ne fallait pas rater le rendez-vous d'hier après-midi au siège de l'Union pour le progrès et le changement (UPC) à Gounghin.

Ceux qui se posaient encore des questions sur le positionnement politique de l'ex-chef de file de l'opposition politique sur le nouvel échiquier sont désormais fixés : le Lion quitte sa tanière avec armes et bagages pour rejoindre la majorité présidentielle.

Pour un séisme politique, c'en est véritablement un. Il n'y a pas si longtemps, l'enfant de Gombousgou était encore CFOP et le principal adversaire de Roch Marc Christian Kaboré à la présidentielle du 22 novembre 2020. Pendant la campagne, il ne s'était d'ailleurs pas privé, c'est de bonne guerre, d'adresser des pics et des flèches à son principal vis-à-vis, critiquant notamment la mal gouvernance et l'insécurité endémique dans laquelle le pays est plongé depuis plus de 5 ans maintenant.

Le champion de l'UPC se posait de ce fait en sauveur de la Nation en péril, mais la désillusion fut totale puisque celui qui était arrivé 2e en 2015 avec 29,65% des voix et 33 députés a considérablement régressé, se plaçant cette fois-ci à la 3e place avec 12,46% des suffrages exprimés et obtenant seulement 12 sièges à l'Assemblée nationale. Du coup, il perd son statut de chef de file de l'opposition au profit d'Eddie Komboïgo dont le parti, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), a engrangé 20 députés.

Une véritable bérézina électorale. Et si Zeph a d'abord agité l'épouvantail de fraudes massives avant et après le scrutin, il a fini par se rendre, comme de nombreux autres candidats malheureux, à la direction de campagne du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) pour féliciter le nouvel élu.

Faut-il croire que c'est cette nouvelle donne électorale qui a poussé Zéphirin Diabré, particulièrement affaibli, à s'adosser à du Roch ? Il n'est pas interdit de le penser, même si en réalité ceux qui sont dans les secrets des dieux prétendent que l'affaire était déjà dans les tuyaux bien avant l'élection.

La déconvenue dans les urnes n'aura donc fait que rendre encore plus vital pour l'UPC ce rapprochement.

Si certains crient déjà à la trahison de ses camarades de l'opposition, au suicide politique pour lui-même, au moins, les choses ont l'avantage d'être claires.

Pouvait-il en effet servir loyalement le locataire de Kosyam, fût-ce pour sauver la République en danger tout en étant toujours arcbouté à l'opposition ? Cette position aurait fini par devenir intenable.

Au demeurant, il ne faut pas s'étonner outre mesure de ce rapprochement qui consiste avant tout en des retrouvailles, puisque Roch comme Zeph et tant d'autres sont sortis de la même matrice politique, celle du CDP du président Blaise Compaoré. L'ancien cadre d'Areva n'a-t-il pas d'ailleurs été ministre de l'Economie et des Finances quand l'enfant de Tuiré était Premier ministre ?

Osons néanmoins la question qui fâche : faut-il penser que des considérations matérielles ont pu guider le choix d'« Atomic Zeph » ?

Certes, pour qui connaît son parcours, ce serait presque lui faire insulte à titre personnel, mais 10 ans dans l'opposition et sans éclaircie à l'horizon, ça use financièrement et pose des questions existentielles voire vitales pour ses propres troupes, embarquées depuis si longtemps dans ce long... tunnel de l'opposition.

Rien que pour cela, ceux qui l'ont devancé dans la Majorité se gardent bien de lui jeter la première pierre.

Plus de: L'Observateur Paalga

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