Ouganda: Un scrutin sous cloche

MP Bobi wine and Uganda President Yoweri Museveni.
communiqué de presse

A moins de deux jours de l'élection présidentielle, les autorités ougandaises ont ordonné la coupure des réseaux sociaux et des services de messagerie. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une grave entrave à la liberté d'informer, point d'orgue d'un processus électoral marqué par une intense répression contre les médias et les journalistes.

Les fournisseurs d'accès internet ougandais ont reçu l'ordre de couper Facebook, Twitter, WhatsApp, Signal et Viber. La directive vient de l'organe de régulation des communications (UCC) dans un courrier consulté par plusieurs agences de presse, mardi 12 janvier.

Cette mesure intervient à deux jours de l'élection présidentielle qui oppose le président sortant Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986 et en lice pour un sixième mandat, à Bobi Wine, un chanteur populaire devenu son principal opposant. La campagne a été marquée par de nombreuses violences et une répression intense contre les voix dissidentes, qui n'a pas épargné les journalistes. En outre, cette coupure des réseaux sociaux survient après que Facebook a décidé de fermer une dizaine de comptes appartenant à des proches ou des responsables du régime, dont l'actuel attaché de presse du président, accusé par le réseau social de s'être livré à des entreprises de manipulation du débat public.

"Qu'elle constitue un acte de censure délibéré ou une mesure de représailles puérile, cette décision va continuer à détériorer un peu plus les conditions d'un débat public ouvert, pluraliste et transparent pourtant indispensable à la crédibilité du scrutin, déplore le responsable du bureau Afrique de RSF, Arnaud Froger. Cette coupure des réseaux sociaux va également contribuer à placer cette élection sous cloche. Elle constitue une nouvelle étape dans la répression menée contre la liberté d'informer ces dernières semaines."

La fin de l'année 2020 a en effet été marquée par plusieurs incidents. Ainsi, le journaliste Moses Bwayo a reçu, le 5 novembre dernier, une balle quasiment tirée à bout portant au visage par un policier alors qu'il filmait des partisans du parti de Bobi Wine. Deux jours auparavant, un agent du renseignement militaire, Paddy Ankunda, avait qualifié certains journalistes de la presse étrangère d'agents de la CIA. Ces messages postés sur Twitter ont depuis été effacés. La presse étrangère n'est pas non plus épargnée : trois journalistes canadiens de CBC News venus couvrir la campagne électorale ont été expulsés du pays le 29 novembre.

En tout, RSF a enregistré près d'une quarantaine d'attaques contre la liberté d'information depuis le début du mois de novembre, dont 21 agressions et 8 arrestations arbitraires de journalistes.

Depuis la dernière élection présidentielle en 2016, l'Ouganda a perdu 23 places et occupe désormais la 125e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.

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