Burkina Faso: Me Hermann Yaméogo, président de l'UNDD « Macaire Ouédraogo est un exemple pour l'Afrique »

13 Janvier 2021
interview

Décédé le mardi 12 janvier 2021, Macaire Ouédraogo a été l'un des acteurs politiques qui a contribué à écrire l'histoire des élections en Haute-Volta et sur le continent africain. Dans cet entretien, Me Hermann Yaméogo, président de l'Union nationale pour la défense de la démocratie (UNDD) dont il a porté le flambeau à la présidentielle de 1978, revient sur ce qu'il retient de lui et ce qu'il a représenté pour le parti.

Sidwaya (S) : Macaire Ouédraogo a tiré sa révérence le 12 janvier 2021. Que retenez-vous de lui ?

Herman Yaméogo (H.Y.) : Macaire Ouédraogo était un homme de parole, un homme immergé dans des valeurs. C'était un homme qui avait une grande conscience patriotique, fidèle à ses amitiés. C'est une grande perte pour nous parce que c'était un exemple pour la Nation, un exemple pour l'Afrique, qui s'est éteint.

S : Qu'a-t-il représenté pour l'UNDD ?

H. Y. : En 1978, ce n'était pas évident de s'engager dans un parti d'opposition parce que l'UNDD était un parti qui se battait pour l'alternance démocratique. C'est d'ailleurs de cette période que date l'appellation de l'alternance politique au Burkina Faso. Donc, quand il s'est agi de trouver un candidat pour l'UNDD et que Macaire Ouédraogo a accepté, nous avons trouvé que c'était courageux. Et, c'était un homme qui menait la campagne tambour battant avec beaucoup d'enthousiasme et de conviction, sans réserve. Il mettait ses compétences pour la réussite du parti. Il a représenté beaucoup l'UNDD. C'est un grand symbole, une grande référence politique. Ce qui caractérisait Macaire, c'est sa probité, la foi dans l'engagement. Il a abandonné une carrière dont on savait glorieuse, pour s'engager en politique. C'est quelqu'un qui a beaucoup plus souffert de la politique et est resté fidèle dans sa conviction. Voilà pourquoi, sa perte est doublement sentie.

S. : Macaire Ouédraogo a été le seul à provoquer un second tour à une élection présidentielle en 1978. Pouvez-vous nous parler des péripéties de sa candidature à cette époque ?

H. Y. : Il faut d'abord remonter à la création de l'UNDD. Le parti a été créé par l'ancien président Maurice Yaméogo. Et comme à l'époque, il n'avait pas ses droits civiques et politiques, il ne pouvait pas être candidat. Il fallait donc trouver quelqu'un pour le porter à la tête du parti. Ainsi, il a trouvé que je pouvais jouer ce rôle. Mais, moi j'étais venu en Haute-Volta dans le cadre de la préparation d'une thèse de doctorat. Je ne me destinais pas à faire de la politique. C'est avec la pression que j'ai accepté être à la tête de l'UNDD. J'avais 27 ou 28 ans. Ne pouvant pas me présenter à l'élection présidentielle car n'ayant pas l'âge requis, Macaire Ouédraogo a représenté le parti. Et, c'était fondamental parce que c'était un jeune, quelqu'un qui sortait du carcan habituel, qui se battait pour des idées nouvelles.

L'impact que cela a eu, c'est un grand ralliement de toute la jeunesse à l'époque. Un parti qui a été créé et en l'espace de trois ou quatre semaines, avait déjà déployé son implantation sur l'ensemble du territoire national. Les Voltaïques ne s'en revenaient pas et disaient que c'était phénoménal. C'était un phénomène parce que celui qui était à la tête du parti, en apparence, c'était Maurice Yaméogo. Et, il y avait déjà des chances car un potentiel électoral était réuni en faveur du parti. Macaire Ouédraogo est venu donc surfer sur ce potentiel jusqu'à aller mettre le président Sangoulé Lamizana en ballotage. Lamizana qui n'avait jamais milité dans un parti politique, qui n'avait pas encore fait de campagne électorale et qui, pour la première fois de sa vie, était en compétition dans le cadre d'une élection discutée avec un civil. C'était l'évènement !

Je me rappelle qu'à l'époque, Me Abdoulaye Wade du Sénégal, faisait référence à la Haute-Volta comme un exemple de démocratie en Afrique, parce que ce n'était jamais arrivé sur le continent. Même le Sénégal, connu pour ses avancées démocratiques, en était loin. C'est une expérience qui était formidable. Mais, cela ne s'est pas passé facilement. Il y avait plusieurs partis d'opposition dont les partis de Joseph Ki Zerbo, de Joseph Ouédraogo dit « Jo Ouéder ».

Et la question de l'alternance s'est posée. Si on voulait avoir la victoire, le décompte des voix le démontrait suffisamment. Il suffisait que ces deux partis se mettent avec l'UNDD pour qu'on rafle la mise. En temps normal en démocratie, le ralliement se fait auprès du candidat qui arrive au second tour. Le ralliement devait se faire autour de Macaire Ouédraogo. Mais, les autres ont estimé que M. Ouédraogo était trop jeune, qu'il n'avait pas assez d'expérience et préférait que l'option aille, soit sur Ki-Zerbo ou soit sur Jo Ouéder.

Il y a eu des négociations, des déplacements sur Koudougou, sur Poa pour essayer de s'entendre. Ils n'ont pas pu trouver l'accord. Seul Jo Ouéder l'a soutenu et les autres se sont abstenus. C'est ce qui a fait qu'au second tour, il n'est pas passé.

S. : Le nouveau gouvernement a été dévoilé la semaine dernière avec la création d'un ministère dédié exclusivement à la réconciliation nationale. Quelle est votre appréciation sur cette initiative du président du Faso ?

H. Y. : Pour quelqu'un qui, depuis des décennies, se bat pour la justice, pour la réconciliation, c'est une bonne chose dans la mesure où c'est un pas vers la réalisation de cet idéal de réconciliation nationale. Mais, il faut éviter d'aller vite en besogne parce que rien n'a encore été fait. Ce n'est pas ce ministère qui va réaliser cette réconciliation nationale. La réconciliation est une œuvre collective. Il y a eu des balises qui ont été posées, des concertations sont prévues et c'est à l'issue de tout cela qu'on peut dire quelque chose.

S. : Comment voyez-vous l'aboutissement de cette question de réconciliation nationale au Burkina Faso ?

H. Y. : Je me réjouis que nous soyons arrivés, aujourd'hui, à accepter la réconciliation nationale, jusqu'à créer un ministère. Ce n'était pas évident, quand on en parlait, il y a quatre ou cinq ans. En étant à la Maison d'arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO), j'ai travaillé à la création de la CODER. Je suis allé voir le Dr Ablassé Ouédraogo pour qu'il accepte en être le premier président. Et nous avons travaillé à faire un mémorandum que nous avons remis au chef de l'Etat. Mais, à cette époque, on nous traitait de tous les noms quand on parlait de réconciliation. Si on constate aujourd'hui que c'est un objectif d'Etat, c'est tant mieux. Dans la vie d'un homme d'Etat, rien n'est intéressant que d'arriver à faire en sorte que son peuple vive dans la cohésion, dans l'amour, dans l'attente. La réconciliation est un phénomène qu'on doit prendre en compte et organiser de façon pérenne parce qu'elle intéresse tout le monde. C'est pour cela qu'il faut se féliciter d'aller vers cet idéal.

Sidwaya (S) : Macaire Ouédraogo a tiré sa révérence le 12 janvier 2021. Que retenez-vous de lui ?

Herman Yaméogo (H.Y.) : Macaire Ouédraogo était un homme de parole, un homme immergé dans des valeurs. C'était un homme qui avait une grande conscience patriotique, fidèle à ses amitiés. C'est une grande perte pour nous parce que c'était un exemple pour la Nation, un exemple pour l'Afrique, qui s'est éteint.

S : Qu'a-t-il représenté pour l'UNDD ?

H. Y. : En 1978, ce n'était pas évident de s'engager dans un parti d'opposition parce que l'UNDD était un parti qui se battait pour l'alternance démocratique. C'est d'ailleurs de cette période que date l'appellation de l'alternance politique au Burkina Faso. Donc, quand il s'est agi de trouver un candidat pour l'UNDD et que Macaire Ouédraogo a accepté, nous avons trouvé que c'était courageux. Et, c'était un homme qui menait la campagne tambour battant avec beaucoup d'enthousiasme et de conviction, sans réserve. Il mettait ses compétences pour la réussite du parti. Il a représenté beaucoup l'UNDD. C'est un grand symbole, une grande référence politique. Ce qui caractérisait Macaire, c'est sa probité, la foi dans l'engagement. Il a abandonné une carrière dont on savait glorieuse, pour s'engager en politique. C'est quelqu'un qui a beaucoup plus souffert de la politique et est resté fidèle dans sa conviction. Voilà pourquoi, sa perte est doublement sentie.

S. : Macaire Ouédraogo a été le seul à provoquer un second tour à une élection présidentielle en 1978. Pouvez-vous nous parler des péripéties de sa candidature à cette époque ?

H. Y. : Il faut d'abord remonter à la création de l'UNDD. Le parti a été créé par l'ancien président Maurice Yaméogo. Et comme à l'époque, il n'avait pas ses droits civiques et politiques, il ne pouvait pas être candidat. Il fallait donc trouver quelqu'un pour le porter à la tête du parti. Ainsi, il a trouvé que je pouvais jouer ce rôle. Mais, moi j'étais venu en Haute-Volta dans le cadre de la préparation d'une thèse de doctorat. Je ne me destinais pas à faire de la politique. C'est avec la pression que j'ai accepté être à la tête de l'UNDD. J'avais 27 ou 28 ans. Ne pouvant pas me présenter à l'élection présidentielle car n'ayant pas l'âge requis, Macaire Ouédraogo a représenté le parti. Et, c'était fondamental parce que c'était un jeune, quelqu'un qui sortait du carcan habituel, qui se battait pour des idées nouvelles.

L'impact que cela a eu, c'est un grand ralliement de toute la jeunesse à l'époque. Un parti qui a été créé et en l'espace de trois ou quatre semaines, avait déjà déployé son implantation sur l'ensemble du territoire national. Les Voltaïques ne s'en revenaient pas et disaient que c'était phénoménal. C'était un phénomène parce que celui qui était à la tête du parti, en apparence, c'était Maurice Yaméogo. Et, il y avait déjà des chances car un potentiel électoral était réuni en faveur du parti. Macaire Ouédraogo est venu donc surfer sur ce potentiel jusqu'à aller mettre le président Sangoulé Lamizana en ballotage.

Lamizana qui n'avait jamais milité dans un parti politique, qui n'avait pas encore fait de campagne électorale et qui, pour la première fois de sa vie, était en compétition dans le cadre d'une élection discutée avec un civil. C'était l'évènement ! Je me rappelle qu'à l'époque, Me Abdoulaye Wade du Sénégal, faisait référence à la Haute-Volta comme un exemple de démocratie en Afrique, parce que ce n'était jamais arrivé sur le continent. Même le Sénégal, connu pour ses avancées démocratiques, en était loin. C'est une expérience qui était formidable. Mais, cela ne s'est pas passé facilement.

Il y avait plusieurs partis d'opposition dont les partis de Joseph Ki Zerbo, de Joseph Ouédraogo dit « Jo Ouéder ». Et la question de l'alternance s'est posée. Si on voulait avoir la victoire, le décompte des voix le démontrait suffisamment. Il suffisait que ces deux partis se mettent avec l'UNDD pour qu'on rafle la mise. En temps normal en démocratie, le ralliement se fait auprès du candidat qui arrive au second tour. Le ralliement devait se faire autour de Macaire Ouédraogo. Mais, les autres ont estimé que M. Ouédraogo était trop jeune, qu'il n'avait pas assez d'expérience et préférait que l'option aille, soit sur Ki-Zerbo ou soit sur Jo Ouéder.

Il y a eu des négociations, des déplacements sur Koudougou, sur Poa pour essayer de s'entendre. Ils n'ont pas pu trouver l'accord. Seul Jo Ouéder l'a soutenu et les autres se sont abstenus. C'est ce qui a fait qu'au second tour, il n'est pas passé.

S. : Le nouveau gouvernement a été dévoilé la semaine dernière avec la création d'un ministère dédié exclusivement à la réconciliation nationale. Quelle est votre appréciation sur cette initiative du président du Faso ?

H. Y. : Pour quelqu'un qui, depuis des décennies, se bat pour la justice, pour la réconciliation, c'est une bonne chose dans la mesure où c'est un pas vers la réalisation de cet idéal de réconciliation nationale. Mais, il faut éviter d'aller vite en besogne parce que rien n'a encore été fait. Ce n'est pas ce ministère qui va réaliser cette réconciliation nationale. La réconciliation est une œuvre collective. Il y a eu des balises qui ont été posées, des concertations sont prévues et c'est à l'issue de tout cela qu'on peut dire quelque chose.

S. : Comment voyez-vous l'aboutissement de cette question de réconciliation nationale au Burkina Faso ?

H. Y. : Je me réjouis que nous soyons arrivés, aujourd'hui, à accepter la réconciliation nationale, jusqu'à créer un ministère. Ce n'était pas évident, quand on en parlait, il y a quatre ou cinq ans. En étant à la Maison d'arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO), j'ai travaillé à la création de la CODER. Je suis allé voir le Dr Ablassé Ouédraogo pour qu'il accepte en être le premier président. Et nous avons travaillé à faire un mémorandum que nous avons remis au chef de l'Etat. Mais, à cette époque, on nous traitait de tous les noms quand on parlait de réconciliation. Si on constate aujourd'hui que c'est un objectif d'Etat, c'est tant mieux. Dans la vie d'un homme d'Etat, rien n'est intéressant que d'arriver à faire en sorte que son peuple vive dans la cohésion, dans l'amour, dans l'attente. La réconciliation est un phénomène qu'on doit prendre en compte et organiser de façon pérenne parce qu'elle intéresse tout le monde. C'est pour cela qu'il faut se féliciter d'aller vers cet idéal.

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