Sénégal: Interdiction de marchés hebdomadaires, de rassemblements, port obligatoire du masque... - Quand des Sénégalais narguent l'autorité

14 Janvier 2021

Une semaine après le déclanchement de l'état d'urgence (sanitaire) assorti d'un couvre-feu de 21h à 5h du matin sur l'étendue des régions de Dakar et Thiès pour contenir la propagation de la Covid-19, des Sénégalais semble faire fi de restrictions édictées par les autorités pour accompagner ce régime d'exception.

Contrairement aux prescriptions de l'Arrêté n°000031 du 06 janvier 2021, du ministre de l'Intérieur, Antoine Félix Abdoulaye Diome, chargé de la Sécurité publique, les le port obligatoire du masque de protection n'est toujours pas respecté pour tous, dans les lieux publics et privés ; les rassemblements dans les marchés et les marchés hebdomadaires appelés «Louma» continuent. Constat dans certains marchés et espaces recevant du public où ces gestes et mesures barrières sont foulé au pied.

12h au marché Police des Parcelles Assainies. Ici, le port de masques, pourtant obligatoire, n'est pas respecté par la majorité de ceux qui fréquentent ce lieu de commerce. Ceux en détienne un, s'ils ne le porte pas mal, ils le gardent dans la poche, la pochette ou en main, pour en cas... C'est le cas de cette femme vendeuse de poisson du nom de Maman Mbaye, aperçue masque à la main, que nous approchons. Pour elle, le port de masques est respecté dans leur marché. «Au marché Police, nous respectons le port de masques. Nous nous protégeons tout en protégeant nos clients. J'ai enlevé mon masque juste pour respirer puisque les clients diminuent à cette heure de la journée. Chaque matin, il y a des contrôleurs qui viennent vérifier si le port de masques est respecté. Si non, ils nous font sortir pour nous en procurer et c'est pareil pour les clients», a-t-elle dit.

Avant de lancer un message de sensibilisation et appeler le peuple sénégalais à retourner vers Dieu car, pour elle, c'est le seul protecteur contre cette pandémie. Si Maman Mbaye soutient que le port de masque est respecté dans leur marché, son collègue Mame Thierno Diallo constate que ce n'est pas le cas pour tout le monde. «Il y a certainement la majorité qui respecte le port de masques, comme vous l'avez constaté ; mais il y a aussi d'autre qui négligent ça. La maladie ne recule pas, mais on a tendance à baisser les bras. Et aussi la sensibilisation a diminuée.

Au début de la pandémie, il y avait agents de la mairie qui passaient pour sensibiliser et même distribuer des masques de protection. Mais, actuellement, on ne voit personne par-là pour le faire. Sinon, il y a les travailleurs du marché qui le font pour se protéger. Par contre, il y a toujours le contrôle, même se ce n'est plus comme avant. On peut dire que c'est un départ de lion et une arrivée de chat. Et tout ça, c'est la faute du gouvernement. Il ne donne pas la parole aux spécialistes de la santé. Chacun parle de son côté. Ils ont politisé la pandémie et voilà le résultat, on ne respecte plus rien», a-t-il confié. Autre lieux de commerce, même constat.

Au marché Fith Mith de Guédiawaye aussi, de nombreux commerçants et visiteurs font fi de cette mesure de protection dans cet espace commercial qui reçoit la visite de nombreux vendeurs et clients, entre autres. Pis, certaines personnes semblent même oublier la récurrence de la Covid-19, malgré les activités de sensibilisation menées depuis le début de la pandémie. «Le masque est dans mon sac», s'explique Bineta Diop, une vendeuse de légumes, lorsqu'on lui demande pourquoi elle n'en porte pas.

«AU MOMENT OU NOS DIRIGEANTS NOUS SENSIBILISENT ET NOUS DEMANDENT DE RESPECTER LA LOI, EUX ILS VIOLENT LA LOI»

Pour ce commerçant du nom de Mamadou Ba, titulaire d'un Bac+2, c'est normal que les Sénégalais ne respectent plus les mesures édictées par l'Etat. «Si les gens ne respectent plus les mesures édictées par le gouvernement, c'est à causse de nos dirigeants. Au moment où ils nous sensibilisent et nous demandent de respecter la loi, eux ils violent la loi. Ils interdisent le ressemblent et retournent pour le faire.

À la fin, on ne sait plus sur quel pied danser. Avec ce couvre-feu, c'est comme si la Covid-19 ne circule que la nuit. Les gens ne se rassemblent pas la nuit, mais les rassemblements se font en pleine journée dans les moyens de transports, les lieux publics et privés... On n'arrive vraiment pas à comprendre, c'est comme si la loi n'est là que pour les «badolo» (les pauvres). Nous avons tous vu ce qui s'est passé aussi bien au premier couvre-feu qu'en ce couvre-feu.

Au moment où nous les «badolo» nous sommes est dans nos maisons, des soi-disant fils à papa et des gents d'autres nationalités organisent des «piscines party» aux Almadies, en plein couvre-feu, l'alcool et la chicha coulent à flot. Des jeunes et même des couples mariés osent défier l'autorité et on nous parle de loi. Mais la quelle exactement ? Celle pour les pseudos fils à papa ? La vraie question que je me pose est : "pourquoi les Forces de l'ordre n'ont pas usé de la violence habituelle, utilisée contre les Sénégalais lambda, avec ces gosses de riches ? Tout récemment, on a emprisonné le rappeur 10 mille problèmes pour violation du couvre-feu et on l'a condamné à 3 mois de prison avec sursis. À la fin, on ne comprend pas», se désole-t-il.

L'ETAT DURCIT LA LUTTE CONTRE LA COVID-19 : Le port de masques désormais obligatoire partout

L'Arrêté n°000031 du 6 janvier 2021, portant le port obligatoire de masques de protection dans les lieux publics et privés, dispose : «Afin de limiter la propagation du coronavirus, est prescrit pour une durée de trois (3) mois, le port de masques sur l'ensemble du territoire national, le port obligatoire de masques sur la voie publique, les services de l'administration publique quelque soit le mode de gestion, les services du secteur privé, les lieux de commerce, les moyens de transport public et les moyens privés transportant au moins deux personnes».

Plus de: Sud Quotidien

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