Cote d'Ivoire: Akwaba City/ Touré Ahmed Bouah - « Avec le portage institutionnel, le Gouvernement donne un signal fort aux investisseurs »

14 Janvier 2021
interview

Comment êtes-vous arrivé à la signature de ce mémorandum d'accord intervenue le 12 janvier dernier et qui vient acter le leadership du ministère de la Ville - donc du gouvernement - dans la gouvernance du projet ?

Depuis 40 ans, la ville d'Abidjan évolue dans une sorte de désordre urbain et d'anarchie urbanistique. Nous en voulons pour preuve l'axe Abidjan-Bingerville qui, par ses drames saisonniers avec son lot d'inondations et de morts d'hommes, vient nous rappeler l'échec du modèle de lotissement juxtaposé sans aucun plan. Il fallait inventer un autre modèle de développement du tissu urbain. La loi 97-524 du 04 septembre 1997 et ses décrets subséquents permettent à un privé de prendre des initiatives. Dans ce sens, nous avons initié Akwaba City en vue d'accompagner l'État. Après une évaluation concluante de nos efforts sur les dix dernières années consacrées à la maturation de notre projet, l'État vient ainsi acter son implication. L'acte de portage interministériel et institutionnel est un signal fort que l'État envoie aux investisseurs.

Akwaba City serait-elle la solution à cette situation ?

Oui. Aujourd'hui, l'État et nous sommes d'accord que la création de la ville nouvelle comme modèle de développement du tissu urbain est la méthode la plus appropriée. Et surtout que la création d'une ville requiert certes des acteurs privés, mais également l'implication de l'État ; c'est ce qui vient d'être fait

En quoi ont consisté les travaux préparatoires en juin dernier avec le ministère de la Ville ?

Il était nécessaire et même essentiel que le gouvernement évalue - pendant plusieurs mois - le travail réalisé depuis l'apparition de l'idée de créer Akwaba City, sa conceptualisation et la formulation de l'idée en projet. La mise en place d'une organisation humaine, technique, comptable et financière, la réalisation des études, la mobilisation des bailleurs de fonds. C'est l'évaluation de tout cela qui est contenu dans les travaux préparatoires avant juin 2020. L'État voulait comprendre le processus et s'assurer que nous avions les moyens de mener à bien le projet.

Pourquoi la Côte d'Ivoire a-t-elle attendu aussi longtemps pour s'engager dans la réalisation d'une Ville nouvelle ?

C'est une question d'option. Avant 1980, c'est l'État qui initiait les grands travaux d'aménagement (le terrassement, le tracé et l'ouverture de voies, le bitumage, la réalisation de Voies et réseaux divers (VRD)). Mais, avec le retrait de l'État de ce secteur vital, eu égard à la crise de 1980, l'initiative des actions de ce pan important du développement avait été laissée par l'État au secteur privé jusqu'en 1997. Malheureusement, le secteur privé n'a pas pu être à la hauteur de la confiance de l'État. Soucieux de garantir un développement harmonieux du tissu urbain, l'État a mis en place la loi 97-524 du 4 septembre 1997 et ses décrets subséquents pour promouvoir le partenariat privé-public. La ville Akwaba City est une résultante de cette disposition

Les Villes nouvelles sont la tendance; elles poussent un peu partout. Quelle est la particularité d'Akwaba City ?

La particularité d'Akwaba City, c'est qu'elle est une ville commerciale avant tout, à la différence des villes comme Yopougon qui sont des cités dortoirs et de Yamoussoukro qui est une ville politique et administrative. C'est en cela que notre premier partenaire est demeuré essentiellement les commerçants avec la Fédération nationale des commerçants de Côte d'Ivoire (FENACCI). C'est donc une ville économique que nous sommes en train de construire et qui sera dominée par des infrastructures et les équipements marchands.

Quelles sont les autres caractéristiques d'Akwaba City, hormis sa fonction principale?

Bâtie sur 7 000 ha avec une réserve de 7 000 autres hectares, elle accueillera trois millions d'habitants. L'objectif de la nouvelle ville est de désengorger la ville d'Abidjan. Akwaba City va bientôt positionner la capitale ivoirienne en une ville métropolitaine de référence avec un impact sur toutes les localités environnantes. Akwaba City est aussi un bassin d'emplois avec l'objectif de canaliser l'extension de l'aire urbaine abidjanaise. Akwaba City est une réponse urgente et efficace au problème d'urbanisation, d'aménagement et de mobilité de la capitale ivoirienne. Ce sera une ville moderne, modèle, résiliente et durable. Inscrites dans la réalité, la conception et la réalisation de la ville nouvelle Akwaba City reposent sur l'activité économique et la mixité fonctionnelle et sociale. Le financement repose sur l'investissement privé, national et étranger.

Aujourd'hui, quel est l'état d'avancement des travaux ?

Les engins et autres bulldozers sont sur le terrain. Plus de 100 milliards de FCFA ont été investis en moins d'un an. Nous rappelons que les études urbanistiques réalisées par le BNETD sont pratiquement achevées. La mobilisation des financements également. L'organisation humaine, technique, comptable et financière est en place. Nous attendions le portage institutionnel qui vient d'être fait aux fins de rassurer les investisseurs. Sur le plan foncier, l'Etat a apporté une contribution décisive dans le dialogue social avec les détenteurs de droits coutumiers pour garantir les droits de ces derniers et la sérénité des investisseurs.

Comment vous et vos partenaires appréhendez cette nouvelle phase avec la prise en main du projet par l'État ?

Nous sommes très satisfaits de l'État. Le partenariat privé-public prend tout son sens ici. Nous continuerons à jouer le rôle qui est le nôtre. L'implication de l'État est très importante en ce qu'elle rassure les investisseurs. N'oublions pas que ce sont environ 4 000 milliards de FCFA qui sont à injecter dans le projet sur les prochaines années. Ce niveau d'investissements ne peut être atteint que lorsque l'État est partie prenante au projet.

La réalisation du projet durera combien de temps ?

La Ville nouvelle est prévue pour être réalisée sur 20 ans. Nous avons consacré 10 ans à la maturation du projet. La décennie de 2010 à 2020 nous a permis de concevoir le projet, de réaliser les études, de mettre en place tout ce qui était nécessaire comme organisation pour démarrer le chantier, pour rechercher les financements. De 2020 à 2030, nous sommes à la phase exécutive qui consiste en la réalisation des travaux. Et c'est ce que nous avons commencé depuis plus d'un an et les travaux vont s'amplifier au fur et à mesure... Maintenant que l'État assure le portage institutionnel, tous les investisseurs devraient pouvoir se mobiliser sans crainte pour que la ville puisse sortir de terre au bout de 10 ans.

Vous semblez avoir tout réuni pour mener ce projet à bien...

Oui. Nous avons même mis en place un Centre de promotion des investissements - situé à la Rue des banques au Plateau - dans le cadre de ce projet, pour attirer les investisseurs vers la Ville nouvelle. Contrairement à ce que le grand public pourrait croire, nous ne vendons pas de parcelles de terrains. Nous accompagnons les porteurs de projets et les investisseurs dans la ville nouvelle. C'est un projet d'investissement, donc de création d'emplois. Nous sommes à la recherche des investisseurs qui viendront s'appuyer sur le foncier disponible pour réaliser leurs projets. D'ici deux ans, le visage de la ville sera connu.

Le gouvernement dit être satisfait de la qualité de Groupe que vous constituez avec vos partenaires...

Effectivement, nous sommes dans ce projet avec des partenaires sérieux et crédibles. Il s'agit du ministère de la Construction, du Logement et de l'Urbanisme, de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI-Ci), la Chambre nationale d'agriculture, le BNETD qui réalise pour notre compte le schéma de situation de la Ville nouvelle, la FENACCI qui est le partenaire stratégique avec le maire Farikou Soumahoro, la mairie d'Anyama avec Amidou Sylla à sa tête. Ce sont également Goshen Finance, LC construction et plusieurs banques que nous n'allons pas citer ici. Nos partenaires sont fiers de voir l'État assurer le portage institutionnel. C'est un gage suffisant pour les investisseurs.

Outre le ministère de la Ville, le portage institutionnel de l'État implique certainement d'autres démembrements de l'État...

Bien sûr. C'est pourquoi, en plus du ministère de la Ville, nous associons le ministère du Commerce et de l'Industrie, le secrétariat d'État aux Logements sociaux et la Chambre de commerce et d'industrie, le ministère des Transports avec qui des protocoles d'accord vont être signés dans les jours et semaines à venir. Au-delà de ces institutions, c'est au Président de la République que nous exprimons notre gratitude, qui a axé ses dix ans de gouvernance sur la réalisation des infrastructures de soutien à l'économie et je peux vous assurer qu'Akwaba City est un activateur de l'économie nationale.

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