Burkina Faso: Entree de Zéphirin Diabré dans le gouvernement - Un choix qui divise

14 Janvier 2021

L'attente de la première équipe gouvernementale du deuxième quinquennat du président Roch Marc Christian Kaboré, a été des plus longues. Même moi, fou, qui ai perdu le goût de la chose politique, je m'étais laissé gagner par l'impatience.

Mais le moins que l'on puisse dire, c'est que la longue gestation du nouvel Exécutif burkinabè n'a pas déçu. Elle a, en effet, accouché d'une grosse surprise: l'entrée au gouvernement du désormais ex-chef de file de l'opposition politique (CFOP), Zéphirin Diabré. Il n'en fallait pas plus pour déchainer une vive polémique au sein de l'opinion nationale. Pas un seul cabaret de la capitale que je longe, qui ne bruisse de ce débat qui oppose parfois les plus fidèles aux amis. Alors que d'aucuns voient d'un très mauvais œil le ralliement de « Zèph » à la majorité présidentielle, d'autres y voient un opportunisme d'une rare intelligence sur fond de réalisme politique. Et chaque camp y va de ses arguments qu'il développe sans prêter la moindre attention à ma présence.

Pour les premiers, Zéphirin Diabré n'est qu'un traitre qui a rejoint la mangeoire du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) en jetant par-dessus bord tous les idéaux de l'opposition burkinabè. Ce faisant, il a vendangé tout l'héritage de son long combat dans l'opposition dont le trophée phare fut la chute du régime Compaoré et au passage, rendu orphelins les militants de l'opposition les plus engagés contre le pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré. Pour les plus modérés des détracteurs de l'enfant du Boulgou, le poste de ministre d'Etat en charge de la Réconciliation nationale est, pour le moins, un piège tendu par Roch qui lui refile ainsi la patate chaude de faire revenir Blaise Compaoré après l'avoir chassé et exilé, il y a quelques années et cela dans un contexte de rancœurs encore tenaces. Dans la même veine, ils pensent que Zéphirin Diabré donne aussi raison à tous les cadres politiques qui avaient quitté le navire UPC en résistant vainement aux sirènes du pouvoir.

Ce qui est aussi en jeu, c'est la survie même du parti

C'est le cas, en première heure, de Louis Armand Ouali suivi plus tard par des parlementaires de la mouvance de Daouda Simboro et plus récemment par le groupe du Poé-Naaba et de Nathanaël Ouédraogo. Pourquoi a-t-il fallu autant saigner le parti pour finalement changer de cap, peut-on se demander ? Et pour clore la liste des récriminations, l'on ne peut manquer de souligner cette « inélégance de Zèph » envers Eddie Komboïgo puisqu'en tournant le dos au CFOP, il refuse ainsi de se mettre à ses ordres alors que ce dernier l'avait fait sans rechigner au sortir des élections de 2015. Même s'il est vrai qu'en 2015, l'UPC avait eu plus de députés que le CDP.

Mais pour les partisans du nouveau ministre d'Etat, chargé de la réconciliation nationale et de la cohésion sociale, tous ces arguments ne valent pas un radis. Ils applaudissent donc à se rompre les doigts, la décision de l'ex-CFOP qui n'a fait que suivre le verdict des urnes. C'est d'ailleurs l'argumentaire fait par Zéphirin Diabré lui-même. « Les Burkinabè, a-t-il dit, ont exprimé clairement leur volonté de ne pas voir l'UPC diriger le CFOP. Ils ont opéré une alternance au niveau du CFOP ».

Ce serait donc faire preuve de cynisme que d'exiger de lui de continuer à s'opposer au pouvoir en place alors que les Burkinabè eux-mêmes ne lui accordent pas les moyens conséquents en termes d'élus pour le faire. Du reste, estiment-ils, « Zèph » a trop trainé avant d'aller prendre sa part du gâteau. Car, le pouvoir en place est en partie le fruit de son combat contre le régime Compaoré. Mieux, disent-ils, le destin de leur champion n'est pas de demeurer à vie dans l'opposition. Qui est fou ? Ce serait non seulement contraire à l'ambition de la conquête du pouvoir d'Etat recherchée par tout parti mais aussi suicidaire pour les militants de l'UPC qui devraient renoncer à jamais aux délices du pouvoir.

L'autre argument développé par les « pro-Zèph » est que celui-ci a bien compris que ce qui se joue à travers le présent gouvernement, c'est l'après-Roch et qu'il vaudrait mieux être du bon côté au moment où se fera la passation du pouvoir s'il veut, à défaut de l'avoir en entier, en espérer un morceau. Enfin, pour les sympathisants de l'ex-CFOP, le choix fait est des plus judicieux car ce qui est aussi en jeu, c'est la survie même du parti. L'expérience récente a montré que c'est en étant du côté du pouvoir que les partis prennent du volume. L'illustration parfaite est le cas du NTD. Du reste, en rejoignant la majorité, Zéphirin Diabré détruit par la même occasion, l'alibi qui a été utilisé pour désarticuler son parti.

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