Tunisie: 10 ans après Ben Ali - Une liberté sans pain ni mie

La Révolution tunisienne dite de Jasmin qui avait inauguré le printemps arabe en 2011 a soufflé le 14 janvier ses 10 bougies, sans les flonflons habituels qui accompagnent ce genre d'événement.

De Sidi Bouzid à Tunis, en passant par Carthage, le pays n'avait nullement le cœur à la fête. Pas seulement à cause de la pandémie de covid 19 qui bouleverse les habitudes de vie du village planétaire, mais surtout parce que ces noces d'étain du peuple tunisien avec les libertés démocratiques recouvrées se célèbrent dans une économie nationale presque sous éteignoir. Jugez-en vous-mêmes : PIB en baisse de 8% ; chute drastique des activités touristiques, un des secteurs poumon de l'économie, de 68% ; recul des recettes publiques de 7% ; explosion de la dette publique, estimée désormais à 84,8% du PIB. Tous les voyants de l'économie sont au rouge.

Le front social est loin d'être également au beau fixe avec les manifestations récurrentes dans les villes de l'intérieur, notamment les régions longtemps défavorisées en matière d'investissements publics. Les manifestants réclament encore et toujours des emplois et une politique plus vigoureuse contre le chômage, qui touche environ 36% des jeunes. Ils sont ainsi 250 000 Tunisiens en plus qui ont perdu leurs emplois en 2020 et les prévisions sont pessimistes pour 2021 ; et pour cause ! La covid 19 continue de plomber la croissance économique avec les nouvelles mesures de restriction annoncées par le gouvernement, dont un drastique couvre-feu sur toute l'étendue du territoire 4 jours par semaine.

De quoi faire oublier les 28 glorieuses, les journées du 17 décembre 2010 au 14 janvier 2011, pendant lesquelles le peuple tunisien, sa jeunesse en tête, a défénestré vaillamment Ben Ali et son clan du pouvoir. On se rappelle que c'est l'immolation par le feu du jeune Mohamed Bouazizi, le 17 décembre à Sidi Bouzid, qui avait allumé la mèche de cette insurrection populaire qui a abouti à la chute de Ben Ali, le 14 janvier 2011. Cette révolution avait fait tache d'huile et entraîné la chute de Moubarak en Egypte (février 2011), de Kadhafi en Libye (août 2011) et de Bouteflika en Algérie (avril 2019).

Sur le plan intérieur, la démocratie, et la liberté d'expression qui va avec, a recouvré tous ses droits, et la Tunisie peut s'enorgueillir d'être un exemple sur ce plan au Maghreb, voire en Afrique. Ainsi, les dernières élections, les législatives et la présidentielle, d'octobre 2019 ont été âprement disputées. La transparence dans une organisation exemplaire a été telle que c'est un candidat indépendant, Kaïs Saïed, qui l'a emporté au 2e tour. C'est également une coalition de partis amenée par celui des islamistes modérés, Ennahdaha, et celui du Courant démocrate, qui constitue la majorité parlementaire.

Mais comme dans les couples, où les conjoints ne se contentent pas d'amour et d'eau fraîche, dans la gouvernance des Etats, la liberté et les élections démocratiques ne suffisent pas au bonheur des peuples. 10 ans après la chute de Ben Ali, la Tunisie en fait l'amère expérience. Elle jouit des libertés démocratiques fondamentales mais sa situation économique est peu reluisante pour ne pas dire que les populations vivent dans une disette de pain et de mie.

Mais Ben Ali toujours aux affaires aurait-il fait mieux que Kaïs Saïed ou son prédécesseur Caïd Essebsi ? Rien n'est moins sûr. Alors, les Tunisiens devraient se garder de toute nostalgie mal placée et avoir foi en l'avenir. Dix ans, c'est à la fois beaucoup et si peu dans le devenir d'une nation.

Plus de: L'Observateur Paalga

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