Sénégal: Réforme de la Sonacos - Le « oui... mais » des Organismes privés stockeurs (Ops)

15 Janvier 2021

La campagne de commercialisation de l'arachide bat son plein depuis le 23 novembre et au rythme des complaintes des uns et des autres. Acteurs majeurs de la filière, les Organismes privés stockeurs (Ops) se montrent peu bavards. Interrogés sur la réforme annoncée de la Sonacos, leur président, Modou Fall, n'est pas contre, mais invite à ne pas précipiter les choses.

La Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (Sonacos) se dirige vers un changement dans sa façon de s'approvisionner en graines d'arachide. Le Président de la République, lors de son entretien avec une parte de la presse, le 31 décembre dernier, l'y a fortement encouragée tout en lui assurant le soutien de l'État. Interrogé par « Le Soleil », il y a une semaine, le Président du conseil d'administration (Pca) de la Sonacos, Youssou Diallo, s'est dit favorable à cette proposition.

Quid des acteurs, notamment des puissants Organismes privés stockeurs (Ops) que certains considèrent comme le point nodal de la filière arachidière ? Le président de la Fédération nationale des Organismes privés stockeurs et transporteurs (Fnopst), Modou Fall, n'est pas contre la proposition des autorités. Mais, pour lui, la réforme ne doit pas se faire précipitamment. Il suggère de prendre en compte quelques paramètres avant de s'engager dans une aventure qui pourrait s'avérer moins efficace que l'existant. « La réforme souhaitée est bien possible. Cependant, il faut une réflexion globale qui tienne en compte des préoccupations de tous les acteurs. L'arachide est une filière où interviennent huiliers, producteurs, transporteurs, opérateurs. Chacun assume un rôle déterminant », explique-t-il.

A ceux qui se plaignent du trop-plein de pouvoir des Ops, Modou Fall tient à rappeler que les opérateurs ont dû batailler pour gagner leur place dans la filière. Pour en donner la preuve, il convoque l'histoire. « Les opérateurs sont entrés dans la filière en 1985-1986. À l'époque, l'achat de l'arachide était du ressort des Unions des coopératives sur financement de l'État. Mais, les pertes financières étaient énormes. Face à cette situation, l'État a encouragé l'émergence des Opérateurs privés stockeurs (Ops) qui, au début, ne contrôlaient que 10 % des points de collecte. Au fil des ans, grâce à leurs performances, ils se sont imposés dans tous les points de collecte », précise-t-il.

À l'en croire, si les Ops sont devenus des acteurs incontournables de la filière, c'est parce qu'ils sont les seuls à même de pouvoir financer la campagne sur fonds propres. « Ce n'est pas facile pour l'État ou pour la Sonacos de prendre son propre argent et d'aller acheter de l'arachide bord-champ. Seuls les privés peuvent faire ce travail. Il ne faut pas oublier que c'est l'échec de la politique des coopératives qui a favorisé l'émergence des Ops. Oui à la réforme, mais identifions les lacunes et les problèmes qui assaillent le système et essayons de dégager ensemble les correctifs nécessaires sans léser aucun acteur », préconise le président de la Fnopst.

Le système du « carreau-usine » incontournable pour le moment

En attendant, Modou Fall estime que le système « carreau-usine » par lequel passent les huileries pour s'approvisionner en graines est « inévitable ». En effet, le système « carreau-usine » permet à des Ops d'acheter les graines aux coopératives de producteurs ou aux producteurs directement et de les revendre aux usines en bénéficiant d'une marge sur le transport. Une lourdeur logistique que ne peuvent supporter les producteurs, selon lui. « Tous les producteurs ne peuvent pas convoyer leur arachide à l'usine. Il faut qu'il y ait des gens qui s'en chargent en allant dans les points de collecte. La collecte primaire, c'est l'affaire des privés. Comment le faire ? Il faut en discuter. Il faut préciser qu'on ne devient pas Ops du jour au lendemain. Ce sont des gens qui ont été agréés par l'État sur la base de leur capacité à lever des fonds dans les banques et mais aussi de leur connaissance de la filière », explique M. Fall.

De manière générale, pour améliorer la marche de la filière arachidière, le président de la Fnopst a sa petite idée. Outre la Sonacos, il estime que le Comité national interprofessionnel de l'arachide (Cnia) a aussi besoin d'être réformé. « Il nous faut un Comité interprofessionnel puissant et autonome. Si on ne le fait pas, chaque acteur va penser qu'il tient le beau rôle. Il faut que tous les acteurs se remettent en cause. C'est comme cela qu'on va améliorer les choses », insiste Modou Fall.

Trouver le juste équilibre dans l'exportation de l'arachide

Suspendue, puis autorisée, l'exportation de l'arachide a nourri le débat dans la présente campagne de commercialisation. Pour Modou Fall, président de la Fédération nationale des organismes privés stockeurs et transporteurs du Sénégal (Fnopst), l'exportation en soi n'est pas mauvaise. Sauf que, pense-t-il, il faut l'encadrer. « L'exportation est une bonne chose, car cela créé de la concurrence. Seulement, il faut essayer de trouver le juste équilibre. Il ne faut pas tout exporter au détriment des huileries et des semenciers. Sur le terrain de la commercialisation, on retrouve les exportateurs, les huileries et les semenciers ; chacun doit y trouver son compte », dit-il. À son avis, les exportateurs doivent se contenter des excédents. Ainsi, il propose d'ouvrir le marché de l'exportation seulement après que les huileries se sont suffisamment approvisionnées et que le capital semencier a été bien sécurisé. « Il y va de la sauvegarde de notre capital semencier et de la survie de notre industrie huilière », dit Modou Fall.

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