Ile Maurice: Chagos - îlots d'espoir pour 2021

Comment s'annonce cette nouvelle année dans une histoire qui dure depuis 1965 ? 2021 sera-t-elle plus fructueuse que 2020 grippée par la pandémie de Covid-19 ? Entre l'espoir d'une administration américaine plus favorable à la cause chagossienne durant le mandat de Joe Biden, le prochain rendez-vous de Maurice avec l'assemblée générale des Nations unies et les démarches légales devant la Cour suprême de Londres, le sort des Chagossiens reste plus que jamais d'actualité.

Point de vue «Pourquoi ne pas confier le relogement dans l'archipel à Maurice?»

«Une solution simple serait de confier à Maurice la responsabilité du relogement des Chagossiens dans l'archipel.» Propos de David Snoxell, coordinateur du Chagos Islands (British Indian Ocean Territory) All Party Parliamentary Group et ancien Haut-commissaire britannique à Maurice. Il s'est exprimé dans une tribune publiée le 7 janvier.

Selon lui, confier la responsabilité du relogement à Maurice est la solution «évidente». D'autant plus que les États-Unis «ne se sont jamais opposés au relogement, surtout si c'est dans les autres îles de l'archipel, qui sont à 130 miles», de la base militaire de Diego Garcia. Il rappelle que, de son côté, la Grande-Bretagne a toujours maintenu que l'archipel sera rendu à Maurice quand il ne sera plus utile e n matière de défense et de sécurité. «Les 53 îles éparses n'ont jamais été et ne seront jamais nécessaires pour la défense. Seule Diego Garcia est utilisée. Les États-Unis ne sont pas contre une tentative de relogement, à condition que d'autres paient.» Rappelons au passage que le Budget 2019-2020 avait accordé Rs 50 millions pour le relogement des Chagossiens dans l'archipel.

David Snoxell fonde de l'«espoir» dans la transition que s'apprêtent à vivre les États-Unis avec l'arrivée de Joe Biden à la présidence. «C'est plus probable que les Démocrates soient disposés à mettre un terme à la saga des Chagos, car ce serait alors une victoire longtemps attendue pour les droits humains.» Ce qui permettrait, dans la foulée, d'assurer l'avenir de la base américaine à Diego Garcia, soutient-il.

Pour David Snoxell, l'une des prochaines étapes dans ce dossier sera la nouvelle résolution proposée par Maurice lors de la prochaine assemblée générale des Nations unies en septembre 2021. Une résolution initialement prévue pour 2020, mais qui a été reportée. D'une part, à cause de «l'intransigeance» du gouvernement britannique, d'autre part en raison du Covid-19. Il se prend même à imaginer que pour les 75 ans de la première assemblée générale des Nations unies, Maurice et le Royaume-Uni proposent une résolution conjointe pour trouver un accord sur la question des Chagos. «Si la GrandeBretagne veut augmenter son influence sur l'échiquier international, elle doit d'abord mettre un terme à la saga des Chagos.»

C'est dans ce contexte que le Chagos Islands (BIOT) All-party Parliamentary Group (APPG) a adressé une lettre, d'une part à Joe Biden, le futur président américain, et d'autre part à Dominic Raab, Secretary of State for Foreign, Commonwealth and Development Affairs britannique.

David Snoxell rappelle également que des développements sont attendus dans l'affaire qui oppose Maurice aux Maldives devant le Tribunal international du droit de la mer, concernant la frontière maritime entre l'archipel des Chagos - donc Maurice - et les Maldives. Une décision interviendra début 2021.

Olivier Bancoult: Nouveau recours légal devant la Cour suprême de Londres

Inlassables poursuites légales. Le 14 décembre 2020, «nos avocats ont déposé un nouveau recours devant la Cour suprême de Londres». Confirmation d'Olivier Bancoult, leader du Group réfugiés Chagos (GRC). Cette nouvelle procédure a pour but de contester le Support package - programme doté de 40 millions de livres sterling annoncé en 2016 - et réclamer le droit de retour des Chagossiens dans l'archipel.

Le support package, qui organise des «heritage visits» pour les natifs et leurs descendants a été mis en place suite à l'interdiction faite aux Chagossiens par les Britanniques de se réinstaller dans l'archipel. Le nouveau recours déposé en Cour suprême de Londres intervient après deux revers consécutifs dans cette affaire. Le dernier en date est le verdict de «case dismissed» de la cour d'appel de Londres du 30 juillet 2020. Olivier Bancoult précise : «Nous attendons une décision de la Cour suprême de Londres pour savoir s'il y aura une audition ou pas.» Si cette démarche légale n'aboutit pas, «nous irons vers la Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg».

En parallèle, avec la prise de pouvoir imminente de Joe Biden à la présidence américaine, «nous avons lancé des prises de contact avec la nouvelle administration», confie Olivier Bancoult. Sur le plan local, l'année démarrera avec une cérémonie, le 23 jan- vier, pour honorer deux étudiantes d ' origine chagossienne ayant décroché un diplôme de l'université de Maurice. Annaëlle Tossé a obtenu son diplôme en Law and Management alors que Géraldine Baptiste a eu le BA (Hons) French. «C'est pour montrer que nous sommes très concernés par l'éducation de nos enfants», indique Olivier Bancoult, qui est aussi président du Chagossian Welfare Fund.

Annonce:Voyage dans les starting-blocks

«L'idée d'organiser un voyage aux Chagos est toujours là, mais il y a d'autres priorités avant cela. C'est ce que m'a dit le Premier ministre, Pravind Jugnauth, lors de notre dernière rencontre.» Déclaration d'Olivier Bancoult à propos de ce projet annoncé en 2019. Plus de 350 Chagossiens vivant à Maurice se sont déjà fait inscrire pour ce voyage en 2019. En novembre 2020, le Premier ministre avait révélé qu'à l'annonce du voyage aux Chagos, les Américains l'ont mis en garde, «an dot mo, pou koul nou bato avan mem ki nou ariv pre laba». Des menaces et intimidations par la suite démenties par l'ambassadeur américain à Maurice, David Reimer.

Pressions sur le Royaume-Uni

Nouvelle résolution aux Nations unies

Ce sera l'un des «moves» de Maurice sur le plan international en 2021. Présenter une nouvelle résolution concernant les Chagos à l'assemblée générale des Nations unies. Une mesure était prévue en 2020, mais a été renvoyée pour cause de Covid-19. Car à cause de la pandémie, les Nations unies ont adopté les réunions à distance, ce qui n'est pas propice pour des discussions, ni le lobbying diplomatique qui précède le vote d'une résolution onusienne. Rappelons que le 22 mai 2019, l'assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution demandant aux Britanniques de quitter l'archipel des Chagos. Cette résolution votée par 116 pays avait fixé un délai de six mois aux Britanniques pour mettre fin à l'occupation illégale des Cha- gos. Délai qui a expiré en novembre 2019. Plus d'un an après, les Britanniques n'ont toujours pas respecté cette résolution onusienne

Plus de: L'Express

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