Ile Maurice: Keshwanee Bundhoo - Un sens poussé de l'empathie

Bien que Keshwanee Bundhoo, connue à Terre-Rouge d'où elle est originaire comme Mme Lolo, soit parfois critique envers la gouvernance actuelle, son engagement à venir soutenir, devant le tribunal de Port-Louis, Simla Kistnen, veuve de Soopramanien, agent du Mouvement socialiste militant (MSM), disparu en octobre dernier dans des circonstances troublantes, n'est motivé que par son sens de l'empathie, affirme-t-elle.

Ce qu'elle et Simla Kistnen, qu'elle n'a jamais rencontrée, précise-t-elle, ont en commun, c'est le fait d'être veuve toutes les deux. Keshwanee Bundhoo sait ce que c'est que d'avoir eu à se débattre et à trimer pour continuer à élever ses enfants adolescents sans la présence de leur père. Elle est, par conséquent, consciente que c'est désormais ce qui attend Simla Kistnen, qui devra lutter et pourvoir seule aux besoins de son fils de 17 ans. Et Keshwanee Bundhoo compatit.

Cette native de Terre-Rouge, qui doit son sobriquet de Mme Lolo à son père du fait qu'enfant, elle était incapable de prononcer le mot «eau» et disait à la place «lolo», a perdu ce dernier alors qu'elle n'avait que 11 ans. Privée des revenus perçus par ce père qui travaillait comme contremaître à la mairie de Port-Louis, sa mère, qui était femme au foyer et qui s'adonnait à la culture de légumes et de canne à sucre sur un bout de terrain appartenant à la famille, a dû redoubler d'efforts et ajouter l'élevage à ces activités physiquement dures pour être capable d'élever ses huit enfants. Keshwanee Bundhoo a abandonné l'école à la fin du primaire et s'est mise à faire la baby-sitter pour ses neveux et nièces avant de prendre un emploi comme employée de maison à demeure chez une famille de Pointe-aux-Sables.

Elle a ensuite été machiniste dans une usine à Coromandel avant d'épouser un habitant d'Écroignard. Le couple a quitté l'île pour aller trouver du travail à Bari en Italie. Keshwanee Bundhoo y serait sans doute encore si son couple n'avait pas capoté. Elle a regagné Maurice et a retrouvé sa mère dans la maison familiale.

Bouleversée par cette rupture et croyant, comme sa mère à l'universalité religieuse, elle s'est mise à aller régulièrement prier La Vierge des Pauvres à Rivière-Noire. C'est là qu'elle a rencontré Alain Pigeot, divorcé comme elle et de 12 ans son aîné. Ils ont emménagé ensemble pour finir par se marier religieusement. Il est d'ailleurs le père de ses trois enfants, à savoir Kris, 31 ans, Supria, 28 ans et Rina, 23 ans. Ses ennuis étaient pourtant loin d'être terminés car si son mari devant Dieu la traitait correctement, il est tombé dans la drogue et financièrement, c'était la galère pour elle et ses enfants. «Samem ler mo trouvé ki ladrog inn rant partou ek pé touy zanfan dimounn, mo revolté», explique-t-elle. Elle s'emploie alors à le tirer de ce mauvais pas et au final, il accepte de se faire désintoxiquer. Mais pendant des années, elle trime seule pour assurer les besoins de ses enfants. Elle est heureusement soutenue par la famille qui l'emploie.

Un accident de travail ôte la vie de son mari alors que leur aîné est encore adolescent. Comme son défunt mari a la nationalité française et qu'elle a une cousine établie à Lyon, Keshwaree Bundhoo fait des démarches pour que Kris Pigeot puisse aller compléter sa scolarité secondaire en France et y vivre. Aujourd'hui, ce fils de 31 ans y est installé et travaille pour une société comptable. Sa cadette Supria, 28 ans, a rejoint son frère et y suit des cours. Les deux partagent un appartement. Keshwanee Bundhoo a encouragé sa benjamine Rina à les rejoindre pour y faire son avenir mais la jeune fille de 23 ans ne s'y est pas plu. Au bout de quelques mois, elle a préféré regagner Maurice. Un retour providentiel car la santé de la quinquagénaire s'est détériorée. On a découvert à Keshwanee Bundhoo un problème de valve cardiaque lui causant des arythmies et d'autres troubles respiratoires. Déjà qu'elle souffrait d'une légère surdité du côté de l'oreille gauche, ces complications sont venues l'empêcher de continuer à travailler. Son fils lui envoie un peu d'argent et lorsqu'elle se sent le courage, elle plante quelques légumes dans la cour, «zis pou mo servi. Situasion-la difisil mé mo bizin aksepté li, pourvi gagn enn bousé manzé. Mo pa kontan tal lamin ar personn. Mo fer mo zéfor ek mo kontan partazé osi».

Tous ces soucis ne l'ont pas empêchée de prendre soin de la veuve et de l'orphelin. C'est ainsi que dans le passé, elle a recueilli chez elle une femme du voisinage, qui était battue par son mari. Elle l'a soutenue, malgré ses maigres moyens, jusqu'à ce que cette dernière puisse être autonome. Tout comme elle s'est occupé d'une octogénaire dans le besoin. Depuis 2005, elle milite pour l'avancement de son village et soutient son parent, Sunil Somaroo, l'actuel président du conseil de district de Pamplemousses. Leur lien de parenté tient au fait que «mo tantinn inn maryé ar so tonton ek nou konsider nou fami. Nou viv kouma frer ek ser», précise-t-elle. À chaque fois qu'il y a des élections villageoises, elle va faire du porte-à-porte pour lui car elle sait qu'il y va du développement du village de Terre-Rouge.

Mo pa kont sa gouvernmanla mwa mé éna sertin zafer kinn pasé ki mo pa finn kontan...

Si comme des milliers de Mauriciens, elle s'est rendue le 29 août dernier à la marche organisée par l'activiste Bruneau Laurette à Port-Louis, ce n'est pas parce qu'elle est contre le gouvernement MSM. En fait, elle n'est ni pour, ni contre. C'est la gestion de certains dossiers qu'elle ne comprend pas. «Mo pa kont sa gouvernman-la mwa mé éna sertin zafer kinn pasé ki mo pa finn kontan kouma sa mové zestion Wakashio-la, sa kantité ladrog sintétik ki pé sirkilé ek touy zanfan dimounn, sa kantité krim kont madam-la, sa tous mwa, sa fatig mwa ek monn dir momem mo bizin lev lavwa.» Mais ce n'est pas pour autant qu'elle s'est rendue à la deuxième marche à Mahébourg. C'est en prenant connaissance des déboires de Soopramanien Kistnen, de sa disparition troublante et du désarroi de sa femme Simla dans une vidéo circulant sur les réseaux sociaux que Keshwanee Bundhoo a décidé d'aller soutenir cette dernière lors de la présentation de sa motion de poursuite privée contre le ministre Sawmynaden, le 29 décembre dernier. Elle a remis ça pour les mêmes raisons le 7 janvier. Suffoquant ce jour-là en raison de la chaleur de Port-Louis, elle dit avoir momentanément enlevé son masque et être restée au même endroit pour ne pas perdre une miette des allées et venues devant la New Court House.

Le ton du policier qui l'a interpellée en lui intimant l'ordre de ne pas «dibout la», de s'en aller, l'a mise hors d'elle. «So fason kozé pa ti bon ditou ek sa finn fer mwa ankoler. Mo'nn réponn li ek mo'nn dir li ki mo la pou lazistis». Au moment où elle s'attendait le moins, raconte-telle, elle a été encerclée par des policiers hommes comme femmes qui l'ont empoignée et l'ont hissée dans le véhicule de la police. Keshwanee Bundhoo avoue avoir résisté jusqu'à ce qu'un policier la pince violemment près de son sein droit. «Mo'nn kriyé ek monn dir aret pins mwa.» Elle allègue avoir été malmenée et bâillonnée. «Telman mo pa ti pé kapav respiré ki mo finn mord lébra polisié ki ti met so lamin lor mo figir. Mo'nn mordé parski li ti pé touf mwa. Zot ena mama, ser, kouma zot kapav tret dimounn koumsa? Mé zot bliyé ki ena enn Bondié.»

Si avec son avocat, Me Neelkhant Dulloo, elle a pu porter plainte auprès de l'Independent Police Complaints Commission et qu'elle complètera sa déposition en sa compagnie le 19 janvier, elle rejette l'accusation qu'elle déambulait sans masque. «Telman mo ti pé transpiré, mo'nn anlev mo mask enn ti moman ek mo'nn met li dan mo sak. Deryer mwa, ti éna dimounn san mask. Divan mwa, ti éna enn polisié sans masque ki ti pé fimé. Ou kapav trouv sa lor vidéo l'express mem. Dan stasion, enn ta polisié pa ti ena mask. Zis mwa ki zot finn trouvé?»

Keshwanee Bundhoo est repartie devant la Cour mardi, toujours pour soutenir Simla Kistnen. «Mo pa per mwa. Si bizin soutenir enn madam dan problem, enn mama, enn fam kinn perdi so mari kouma mwa, mo pou fer li.» Ira-t-elle à nouveau en cour le 28 janvier prochain ? Oui, affirme-telle, si sa santé le lui permet. «Mo enn patriyot ek mo kontan mo péi. Sa konportman bann polisié-la inn donn mwa enn lot rézon pou lit pou lazistis, pou ki konn lavérité. Mo pou lager pou nou gagn lazistis ek drwa viv san lintimidasion lapolis... »

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