Madagascar: Un producteur de litchis placé sous contrôle judiciaire

Un producteur de litchis a été placé sous contrôle judiciaire peu de temps après avoir dénoncé un monopole dans la filière. Jean-Louis Bérard, 78 ans, est propriétaire de vergers aux alentours de Tamatave, d'où sont exportés par bateau les litchis à destination de l'Europe. Son placement sous contrôle judiciaire fait suite à une plainte déposée par le GEL, le Groupement des exportateurs de litchis. Jean-Louis Bérard avait saisi en octobre 2020 le Conseil de la concurrence pour constitution de monopole à l'encontre de ce groupement

Poursuivi pour dénonciation calomnieuse, dénonciation abusive, dénigrement, désorganisation et banqueroute frauduleuse, Jean-Louis Bérard ne peut plus quitter Tamatave et doit attester de sa présence chaque vendredi en se rendant à la gendarmerie. « J'ai été interpellé le 28 décembre par trois gendarmes de la section de recherche criminelle. Après audition et signature du PV, j'ai été déféré sur le champ devant le procureur général », fait savoir ce dernier.

Ce propriétaire de 40 000 arbres de litchis explique ne pas pouvoir exporter ces fruits par bateau à cause « d'un monopole qui s'est institué en 2011 et qui est tenu par le Groupement des exportateurs de litchis, ainsi que par deux importateurs de Rungis. Je ne fais pas partie de ce groupement et je ne peux donc pas travailler normalement et exporter les fruits de la production de mes vergers », déclare-t-il.

Depuis septembre 2011, un arrêté interministériel a confié l'organisation de la campagne de litchis au GEL sous la supervision du ministère en charge du Commerce. Jean-Louis Bérard fait savoir qu'il a été écarté du groupement en 2010.

En octobre dernier, le producteur décide de saisir le Conseil de la concurrence à Madagascar. Une saisine à l'origine, notamment, de la plainte du GEL. « Suite à des dénonciations auprès du conseil de la concurrence, des articles parus sur certains quotidiens, le GEL a porté plainte contre Jean-Louis Bérard pour les faits sus visés », indique la décision de mise en liberté sous contrôle judiciaire signée par le procureur de Tamatave le 30 décembre.

« Ma saisine du Conseil de la concurrence est tout à fait légale. C'est un organisme d'Etat et suivant la loi sur le commerce, toute personne est en droit de le saisir », réagit Jean-Louis Bérard.

Transparency International à Madagascar considère ce producteur de litchis comme un « lanceur d'alerte, qui a saisi le Conseil de la concurrence, comme la loi le lui permet, pour l'informer de certains dysfonctionnements dans la filière litchi dont il se considère victime. Il ne devrait pas être inquiété par la justice pour cela. Sans nous exprimer sur le fond de l'affaire - ce que le Conseil de la concurrence sera amené à faire - cette saisine est légitime sur la forme. De même, il est légitime pour lui de s'exprimer dans les médias et d'y exprimer son opinion », souligne sa directrice exécutive, Ketakandriana Rafitoson.

« Nous attendons, comme tout le monde, le développement de l'affaire et espérons que cette histoire renforcera l'urgence de se doter d'un dispositif légal de protection des lanceurs d'alerte à Madagascar », poursuit-elle.

Contacté, le président du Groupement des exportateurs de litchis, Thierry Sam Tio n'a pas souhaité s'exprimer et nous a renvoyé vers le service de communication du GEL qui n'a pas encore donné suites à nos sollicitations.

Plus de: RFI

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