Ile Maurice: Mort de Pravin Kanakiah - «Il allait dire toute la vérité» dit son épouse

interview

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Après l'affaire Kistnen, l'affaire Kanakiah ? Les deux morts sont suspectes et ont été traitées commes des suicides par la police. Les deux cas concernent les achats du ministère de la Santé durant le confinement.

Mme Kanakiah, cela fait plus d'un mois que votre mari est décédé dans des circonstances plus que suspectes. La police vous a-t-elle fait part de nouveaux développements dans son enquête ?

Non, absolument rien, si ce n'est que comme je l'ai appris dans la presse, la police n'exclut aucune piste, y compris celle d'homicide.

Cette façon de traiter les proches de la victime comme dans le cas des autres morts suspectes récemment ne vous choque pas ?

Cela choque tout le monde. Aucun égard, aucune sympathie pour nous les proches qui demandons à connaître la vérité.

Mais la police nous informe que l'enquête suit son cours et que personne ne peut avoir accès aux informations liées à l'enquête comme par exemple les images de Safe City qui pourraient renseigner sur les circonstances de la mort de votre époux...

C'est faux. La police nous a bien fait part du contenu des images de Safe City. Au fait, il y a un enquêteur qui nous a parlé, sans nous les montrer, des images montrant mon mari prendre le bus pour aller dans le sud alors que deux autres policiers de la station de Moka qui ont visionné les images devant nous ont affirmé n'avoir pas vu Pravin. Je pense que la police refuse de communiquer avec nous justement pour ne pas avoir à nous mentir et nous donner des informations contradictoires

Pourquoi donc d'après vous cette attitude de la police ?

D'après ce que j'ai appris, la police normalement communique abondamment avec la famille des victimes quand ce n'est pas avec la presse. Dans le cas de Pravin, je crains qu'il y ait un 'cover-up'.

La police a officieusement parlé de suicide au début avant de dire officiellement que toutes les pistes sont envisagées...

Oui, elle a parlé de suicide quand elle a voulu nous faire croire que Pravin a pris l'autobus pour aller à Souillac et surtout qu'un témoin l'a vu seul à La Roche-qui-Pleure. Ce témoin ne serait autre qu'un policier dont nous ignorons l'identité. Ce policier aurait affirmé avoir vu Pravin à 10 heures pour changer ensuite sa version en disant 17 heures. Quand j'ai demandé à la MCIT plus de précisions, on m'a rétorqué que ce n'est pas la police qui avait parlé du témoin policier mais des membres du public. Pourtant, mes proches sont formels : ce sont les enquêteurs qui leur ont parlé de ce policier témoin.

Pourquoi ces contradictions venant de la police d'après vous ?

Je pense que l'on essaie de nous mener en bateau et lorsque l'on voit que nous ne mordons pas à l'hameçon, on change de version. Maladroitement. Cela nous fait encore plus douter de la sincérité de la police. Elle l'a fait aussi quand elle a laissé fuiter ce genre d'in- formations à certains journalistes. Comme lorsque l'on a fait croire à toutes sortes de raisons pour lesquelles Pravin se serait suicidé comme celle ayant trait à une affaire de cœur ou de jeu. Ce genre de fausses informations ne font que nous affecter encore plus et nous causer d'énormes préjudices surtout quand elles sont relayées sur les réseaux sociaux.

Pour vous, Pravin ne s'est pas suicidé ?

Ni moi ni personne d'autre dans la famille ne croit une seule minute à cette thèse.

Pourquoi ?

Pravin n'avait pas un comportement qui faisait croire qu'il avait des soucis ou du chagrin. La veille de son décès, il s'est bien amusé à l'anniversaire de mon neveu. Le jour de sa mort, il s'est réveillé à la même heure, a préparé comme d'habitude notre déjeuner à emporter et nous avons fait la route ensemble jusqu'à Réduit et il n'a montré aucun signe de détresse ni de désespoir. Nous avons un fils de 2 ans qu'il adorait. Rien que pour cela, je ne vois pas Pravin faire une chose pareille.

Selon donc les informations officieuses de la police, votre mari se serait jeté du haut de la falaise à La Roche-qui-Pleure...

Laissez-moi vous dire que mon mari était sujet au vertige et ne supportait pas les hauteurs. Quand nous sommes allés à Rodrigues en 2017, il n'a pas voulu faire de la tyrolienne tellement il en avait peur. Alors, je le trouve mal aller au bord de la falaise...

Vous n'êtes pas sans savoir que beaucoup de personnes dont Me Rama Valayden pensent que la mort de votre mari serait liée à la mort de Soopramanien Kistnen...

Ecoutez, ni moi ni Pra- vin ne connaissait Kistnen de près ou de loin. Nous ne connaissons aucun ministre ni aucun dirigeant d'une quelconque institution impliquée dans les affaires d'achat d'équipements. Par contre, mon mari travaillait bien dans le département 'Procurement' du ministère de la Santé. C'est le seul et peut-être non négligeable point commun avec Kistnen. J'apprends que ce dernier savait beaucoup de choses à propos de ces achats pour y avoir participé.

Revenons à l'enquête. Nous avons appris qu'il y a au moins un témoin clé dont vous avez communiqué le nom à la police mais cette dernière n'a pas jugé utile de l'interroger jusqu'à présent...

Ni lui ni personne d'autres qui pourraient renseigner sur les derniers mouvements de mon mari n'a encore été interrogé par la police. J'ai l'impression qu'elle ne veut pas recueillir des informations prouvant que Pravin ne se serait pas suicidé. Par contre, les enquêteurs semblent à tout prix nous convaincre, moi et les autres proches, que Pravin s'est suicidé. Pourquoi ? A vous de juger.

Les images de Safe City qui n'aident pas. Et le téléphone de votre mari ? A-t-on pu retracer ses dernières conversations ?

D'après les dernières informations que j'ai eues dans la presse, la police attendait un Judge's Order pour ce faire. Pour les images de Safe City, elle les ont mais ne les ont pas encore consultées. C'était comme si elle avait peur de connaître la vérité.

Parlez-nous de ce sac que l'on a retrouvé...

Le sac a été retrouvé en très bon état mais vide. Je trouve étrange que le sac ne fût pas abîmé comme le furent la chemise et le 'marcel' de Pravin. De plus, on nous a appelés juste pour identifier le sac sans que l'on nous dise qui l'a retrouvé, où et quand. Est-ce qu'il y a eu une déposition concernant la découverte de ce sac ? Par contre, son portemonnaie, la clé de la voiture et le portable demeurent introuvables. Je tiens à préciser que l'on nous a montré le sac le lendemain même de la conférence de presse de la police où on a dit que l'enquête avançait...

Votre mari allait être transféré du département de 'Procurement' incessamment ?

Oui, dans un premier temps, il avait refusé ce transfert au ministère de la Santé à Plaine-Lauzun qui se trouve encore plus loin de notre domicile. Mais la hiérarchie a insisté et il se préparait à le faire, et allait participer à une réunion pour la procédure de 'handing over.' Mais il n'a même pas pu se rendre à son bureau...

Pensez-vous que Pravin avait des informations sensibles sur les pratiques dans le ministère ?

Je ne sais pas. Ce n'est pas quelqu'un qui va retirer et conserver des informations officielles. Il était trop sérieux et trop discipliné pour cela. Ce que je peux vous dire, par contre, c'est que s'il y avait une enquête du bureau de l'Audit ou de la police ou de l'ICAC, il allait dire toute la vérité justement en raison de sa discipline et franchise. Et cela, on le savait.

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