Ile Maurice: Persona non grata - Un mal qui fait le plus grand bien au couple Hofman

L'ancien commandant de bord d'Air Mauritius a été expulsé de Maurice alors qu'il a épousé une Mauricienne grâce à un amendement express de la loi sur l'immigration.

Le pilote Patrick Hofman, qui nous a accordé un entretien téléphonique, jeudi, de l'étranger où il se trouve, n'y va pas par quatre tours de piste. Ce qui lui est arrivé à Air Mauritius (MK) et sur le sol mauricien lui a, au final, ouvert d'autres portes et opportunités.

«Des opportunités qui m'ont grandement aidé à tirer mon épingle du jeu mais qui sont hélas inexistantes pour mes autres collègues à un moment où l'aviation bat de l'aile avec la crise du Covid-19», atteste l'ancien commandant de bord de MK.

Rappelons que depuis le 28 avril, sans une autorisation formelle du bureau du passeport et de l'immigration, le Belge est interdit d'accès sur le territoire mauricien.

Que devient-il et où précisément ? Notre interlocuteur, qui voudrait rester évasif «pour le moment», dira simplement : «Je suis très itinérant avec des demandes de toutes les parties du globe mais je passe quand même pas mal de temps avec mon épouse.»

Justement, cinq mois après le mariage du couple tenu au bureau de l'état civil à Port-Louis le 2 mai 2019, Isabelle L'Olive-Hofman a été contrainte de plier bagage pour s'installer en Belgique, auprès de l'homme qu'elle aime depuis 15 ans cette année.

Depuis, cette ancienne hôtesse du transporteur national reconvertie en fleuriste a trouvé du travail dans le même domaine que quand elle a quitté Maurice en octobre 2019. «Elle est épanouie», se réjouit sa moitié. Les époux qui ont résisté aux terribles embûches rencontrées sur leur chemin s'estiment également chanceux d'être entouré «de gens merveilleux à Maurice et en Belgique»

«Mais, il reste la séparation forcée. La famille d'Isabelle, nos deux nièces, notre petite filleule sont restées à Maurice et les restrictions en raison de la pandémie ne permettent pas de voyager pour aller les visiter», se désole Patrick Hofman.

Licenciement abusif

Avant d'embrayer aussitôt sur le «paradoxe» qu'il a suivi de là où il se trouve. À savoir, l'annonce de Pravind Jugnauth en pleine pandémie du Covid-19, de fermer les frontières aux passagers dont ceux d'Europe, coïncidence, dès minuit, dans la soirée du 18 au 19 mars, tout juste après le retour de son épouse et de ses filles de Londres à 8 h 45 le 18 mars.

«Quelqu'un qui force une personne à se retrouver séparée des siens doit savoir à quel point c'est pénible d'être coupé de sa famille. Lui, qui a gardé les frontières ouvertes jusqu'au retour de sa famille», renchértre interlocuteur.

Par rapport à ses plaintes en Cour suprême pour licenciement abusif et dommages moraux, Patrick Hofman affirme que son avocat Gavin Glover lui avait dit qu'il faut compter un minimum de cinq ans pour un dénouement.

Il n'empêche que et même si «MK utilise tout l'arsenal de tactiques dilatoires», le pilote se dit confiant de remporter sa bataille juridique.

Ce dernier, qui maintient n'avoir pas pu répondre à l'accusation de «Gross Misconduct» dont l'accuse son ancien employeur, se base notamment sur certains jugements rendus entre-temps.

Soutenant par ailleurs «qu'il est clair qu'après cette loi qui me définit comme persona non grata, j'aurai dû réclamer davantage de dommages moraux».

Et la mise sous administration volontaire de MK, comment l'a-t-il vécue ? Il s'agit en effet d'une de ces nombreuses autres actualités mauriciennes que ne rate pas de suivre notre interlocuteur.

Cette situation dans laquelle se retrouve la compagnie aérienne, il la qualifie de : «Chronique d'un désastre annoncé depuis 2016 après le départ forcé de Megh Pillay qui est le seul qui aurait pu sauver MK si seulement on l'avait écouté au plus haut niveau.»

De préciser que déjà depuis fin 2019, la situation financière était «out of control» et que la crise du Covid-19 n'a servi qu'à déclencher une procédure déjà inévitable.

MK, dit-il, pour la gestion des coûts, a choisi des solutions de facilité en sabrant dans le personnel, mettant certains à la pension, d'autres en congé sans solde, diminuant des salaires et mettant des salariés à la porte. Ce qui crée de lourds drames sociaux.

«Rien n'a été fait d'autre pour maîtriser les coûts et les coûts fixes comme cet exemple flagrant qu'est la "recency"» des pilotes pour garder leur licence à jour, sont toujours «out of control», fait valoir notre interlocuteur.

Ensuite, il estime que la non remise en cause par MK, au début de la crise, de son business model pour se concentrer sur le Cargo comme d'autres compagnies qui, comme elle, ont de vieux A 340 et qui flairant le bon coup font de solides affaires depuis, n'arrange pas les choses.

«Pourtant c'est comme tant d'autres, une proposition faite par les pilotes mais qui sont systématiquement rejetées», regrette-t-il.

Le commandant de bord évoque également ses doutes sur les économies réelles faites au niveau de la renégociation du leasing des avions.

Puis, il est catégorique. MK ne connaîtra aucun changement fondamental tant que l'équipe dirigeante qui a mené au naufrage de la compagnie, spécialement aux Flight Operations, est toujours en place.

Autant de points qui font que Patrick Hofman se dit pessimiste et inquiet pour l'avenir d'un MK qui n'a pas préparé sa relance. D'autant que la reprise aérienne et celle du tourisme dans la foulée ne sont pas pour demain. D'ailleurs, le reconfinement et les pays à nouveau fermés en Europe ne sont pas de bon augure.

Pour conclure, le commandant de bord estime qu'il est essentiel que ses anciens collègues puissent maintenir leur qualification et expérience à jour si le marché parvient à rouvrir.

Au passage, il leur demande de se souvenir de la façon dont ils ont été traités par MK et le gouvernement. «J'espère qu'ils n'auront pas la mémoire courte et prendront les décisions qui s'imposent.»

Plus de: L'Express

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