Madagascar: Bas les masques

Aucun doute, corona est de retour. Les chiffres l'attestent.

De deux cent trente quatre la semaine passée, on est passé à trois cents. Analamanga avec cent quatre vingt trois cas reste l'épicentre de l'épidémie. Matsiatra Ambony avec trente et un cas dont quatorze formes graves et quatre décès n'a rien à envier à Analamanga. L'heure est grave. C'est d'autant plus dangereux qu'un cas dû variant sud africain a été découvert à La Réunion où c'est déjà presque le retour au confinement. Maurice et les Seychelles sont également en alerte. Autrement dit, le ver est dans le fruit. Le seul moyen de se protéger est de se doter de tous les moyens de défense.

À commencer par les masques. Or force est de constater que les mesures prises manquent de cohérence. D'un côté on a repris la chasse aux rétifs au masque et le travail d'intérêt général pour les irréductibles. De l'autre côté on a sorti un décret interdisant la vente de deux types de masque dans la rue. Les masques sont pourtant de la même qualité que ceux vendus huit fois plus cher en pharmacie. On comprend donc pourquoi on interdit la vente au bord de la rue à 500 ariary.

Soit on interdit la vente et on distribue gratuitement les masques pour la population, soit on autorise la vente et on sanctionne les hors la loi. Car même à 500 ariary, il n'est pas évident pour une famille de quatre personnes d'en acheter tous les jours et au moins deux fois par jour étant donné que les spécialistes recommandent de le changer toutes les quatre heures.

On ne peut pas en vouloir à ceux qui ne portent pas un masque. Tout le monde veut bien être épargné par corona mais 500 ariary c'est le ticket d'un trajet en bus, c'est également une baguette de pain. Ignorer cette situation c'est ne pas comprendre le niveau du pouvoir d'achat de la majorité de la population. La Banque mondiale estime que la population s'est davantage appauvrie avec le confinement et ne gagne plus que 1,95 dollar par jour. En outre, la pauvreté touche 77,4 % de la population.

Il faut donc savoir ce que l'on veut. Obliger la population à porter un masque en facilitant son acquisition ou favoriser la propagation du virus en limitant les moyens de la population pour avoir un masque.

Malgré les risques, un masque ne pourra jamais être la priorité de la majorité face à la nourriture et d'autres préoccupations.

Si on veut vraiment lutter contre cette pandémie destructrice, on doit reprendre la distribution gratuite des masques. Beaucoup de pays ou d'organismes ont fait dons à l'État, de masques et d'équipements pour le personnel de santé. Il faut les utiliser à bon escient. À moins qu'ils soient déjà sur le marché vendus au prix de 500 ariary. Ce qui ne serait pas une surprise. Eh bien non. Bas les masques.

Plus de: L'Express de Madagascar

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