Sénégal: Portrait - Ndèye Khoudia Diagne, le défi de redynamiser les arts

18 Janvier 2021

Nommée directrice des Arts au ministère de la Culture et de la Communication, Ndèye Khoudia Diagne rejoint un terrain dont les enjeux et les exigences ne lui sont pas inconnus. Disposant d'un curriculum séduisant et d'un bon lot de compétences, l'animatrice culturelle exprime l'ambition de redynamiser le sous-secteur des Arts.

Par Mamadou Oumar KAMARA

Le 9 décembre 2020, le communiqué du Conseil des ministres du même jour informe d'un réaménagement dans les services et grandes structures du secteur de la culture. Parmi les promus, il y a en évidence Ndèye Khoudia Diagne, nommée directrice des Arts au ministère de la Culture et de la Communication. Précédemment coordinatrice de la Cellule des études et de la planification, le visage souriant et la tenue avenante de cette animatrice culturelle est bien familière du bataillon. En 2006 déjà, elle était chargée de l'animation cinématographique pour les jeunes à la Direction de la cinématographique (Dci) qu'elle a rejointe un an plutôt.

Major de sa promotion à l'École nationale des arts (Ena) de Dakar, elle est recrutée, avec ses camarades, dès l'obtention de son diplôme en 2005. Affectée à la Dci, elle y restera dix ans et a dirigé, en 2011, son bureau de la gestion financière.

«Le ministère de la Culture et de la Communication a ensuite fait appel à moi, en 2018, pour coordonner la Cellule d'étude et de planification. Avec une équipe de quatre personnes, nous avons réussi un travail extraordinaire dans la coordination de tous les projets du ministère et dans la mise en place des outils d'évaluation et de suivi-évaluation. À notre actif, nous pouvons compter l'actualisation de la lettre de politique sectorielle de développement de la culture, l'élaboration de documents de planification, à savoir le cadre de mesure de rendement et du suivi de tous les autres projets durant notre mandat», partage Ndèye Khoudia Diagne, un tantinet timorée. Entre les quinze années, son parcours n'a toutefois pas été qu'administratif. Consciente des avantages d'une bonne densité d'outils intellectuels, la bonne dame est souvent retournée aux études pour étendre et dorer ses palettes. En 2010, elle devient titulaire d'un master en Gestion des ressources humaines.

Deux ans plus tard, elle quitte encore les bureaux pour les amphithéâtres de la prestigieuse Université Senghor d'Alexandrie (Égypte) pour un autre master en Gouvernance et en management public. Un séjour en Alexandrie qu'elle juge «très déterminant dans (sa) carrière». D'ailleurs, y était-elle juste pour étoffer sa capacité de meneuse d'hommes ? «Ce qui a motivé mes études en management, c'est que j'ai eu la chance, ou la malchance, de toujours être restée à Dakar dans l'administration centrale. J'avais compris la nécessité d'aiguiser mes compétences. Quand j'ai fini mes masters, j'ai effectivement eu d'autres perspectives. À mon retour, j'avais d'ailleurs intégré, durant deux années, la Cellule d'étude et de planification du ministère de la Formation professionnelle», répond Ndèye Khoudia Diagne, qui se considère privilégiée «d'avoir côtoyé les meilleurs professeurs en planification et en évaluation des politiques publiques».

PARCOURS ACADÉMIQUE ET INSTITUTIONNEL PRÉMONITOIRE

C'est un parcours institutionnel et académique qui la légitime non seulement à son poste, mais la préparait à la gestion du secteur du sous-secteur des Arts qui connaît une notable mutation avec le récent vote de la loi portant statut des artistes et des professionnels de la culture. Ce texte législatif ne lui serait par ailleurs pas inconnu. Elle soutient avoir été impliquée durant tout le processus, de l'élaboration du texte à sa validation. «Nous connaissons vraiment le contenu du texte et ses enjeux», affirme la nouvelle directrice des Arts. En tout cas assez pour comprendre que «le texte n'est pas une loi d'orientation, mais reste très général». Assez pour souligner «que les textes d'application doivent venir pour mieux préciser ce qui est concrètement attendu de cette règlementaire». Enfin, assez pour marquer sa perspective «de rappeler très bientôt les acteurs culturels et les consultants présents le long du processus pour rapidement élaborer ces textes complémentaires à la loi portant le statut de l'artiste».

Ce sont des textes règlementaires qui vont effectivement permettre d'assurer la protection des artistes, d'instaurer la carte professionnelle pour leur identification et la licence pour les entrepreneurs culturels, entre autres. C'est ainsi une loi exclusive, à l'image du nouveau Code de la presse, qui va expurger nombre de personnes et d'entités. À ce sujet, la nouvelle directrice des Arts donne le ton des prévisions : «Tous les secteurs au monde suivent des règles. Et si une loi intervient, c'est bien pour faire le toilettage du secteur en question. C'est l'intérêt même de cette nouvelle loi, et aussi de l'intérêt des artistes que le secteur soit assaini et de reconnaître qui est qui», avertit Ndèye Khoudia Diagne, avec un sympathique sourire qui cache mal une fermeté.

Structuration. Le terme revient en rengaine dans le propos de la dame dans l'entretien. De son avis, c'est la clef, avec la professionnalisation des acteurs culturels, pour découvrir la pleine valeur de la culture et convertir la créativité artistique en moteur de développement économique viable. «Il est nécessaire de rassembler les acteurs en sous-secteur, pour les identifier déjà, ainsi que pour pouvoir bâtir un consensus pour un secteur de la culture fort, dynamique et fécond. Cette année 2021, nous allons essentiellement travailler dessus», promet-elle. Son équipe et elle ont également l'objectif d'accentuer les coopérations internationales «pour mieux faire les artistes et acteurs culturels et diversifier les sources de développement, de formation, entre autres».

Ndèye Khoudia Diagne dit aussi la perspective de la direction des Arts d'organiser, cette année 2021, le Grand prix du chef de l'État pour les Arts et les Lettres, «un évènement fondamental qui contribue, entre autres, à la valorisation des acteurs culturels». À côté, elle relève d'autres projets concernant notamment la rénovation du Village des arts qui a d'ailleurs débuté. Pour la nouvelle responsable des Arts, «ce sera l'occasion de revoir le fonctionnement et l'organisation du Village des arts afin qu'il puisse donner pleine satisfaction» dans ses missions.

L'animatrice culturelle atterrit à la direction des Arts au moment où se joue, pour les artistes, un drame social latent à cause de la crise sanitaire liée à la Covid-19. Une situation critique et complexe, compliquée par la patate chaude de 2,5 milliards de FCfa offerte par le chef de l'État.

PERSPECTIVES

Cette aide, débloquée par le Président de la République pour répondre aux difficultés conjoncturelles des artistes, est perçue par une large frange comme malvenue et incohérente. La répartition de ce fonds est le premier test effectif de Ndèye Khoudia Diagne, qui ne semble pas s'en émouvoir. «Pour les 3 milliards de FCfa, c'est vrai que le format était décrié, mais ça ne pouvait se présenter autrement si on sait la particularité de notre secteur où l'identification est complexe. Toute action étant perfectible, nous allons apprendre de ce précédent et essayer de faire mieux et bien. Cette fois, ce qui est prévu, de manière inclusive, est de convier tous les sous-secteurs et discuter. Pour le moment, une décision n'est pas encore prise», s'en tient-elle, tout en disant sa gratitude au «chef de l'État qui a puisé dans les fonds publics pour remettre aux artistes, à côté des multiples secteurs en difficulté au Sénégal».

Ndèye Khoudia Diagne précise toutefois que ce fonds de 2,5 milliards de FCfa n'est qu'une initiative à court terme qui ne s'inscrit que dans la logique de la planification qui anticipe l'après-Covid. Une planification qui, elle-même, répond au travail sur un plan de relance de l'industrie de la culture initié par la Direction des Arts, sous le précédent administrateur, Abdoulaye Koundoul. «C'est un plan inclusif de tous les sous-secteurs et même des autres services administratifs du ministère de la Culture et de Communication. C'est le lieu de produire parfaitement la photographie actuelle de la situation», partage Ndèye Khoudia Diagne. Ce document, réclamé par le Chef de l'État, devrait déjà, en principe, être à sa disposition.

Plus de: Le Soleil

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