Ile Maurice: Importations - Ascension brutale du fret, les consommateurs passent à la caisse

Rs 169,1 milliards

C'est ce que devrait coûter la note d'importation du pays pour 2020, selon les estimations de Statistics Mauritius. Si cette note est en baisse comparée aux Rs 198,6 milliards d'importations en 2019 selon les chiffres de la banque centrale, plusieurs raisons expliquent cette réduction. On retrouve bien évidemment la baisse de la demande, nos secteurs productifs étant en difficulté, à l'instar du tourisme, ce qui réduit le taux de la consommation ou encore des entreprises qui investissent moins dans l'achat de nouveaux équipements, manque de visibilité oblige, entre autres. Toutefois, la baisse de la demande ou encore la dépréciation de la roupie ne sont pas les seuls problèmes auxquels font face les importateurs du pays, des facteurs externes venant s'ajouter à la liste.

Résultat, une hausse drastique du coût du fret s'abat sur le secteur des importations avec peu d'espoir d'une baisse dans les prochains mois. En effet, 2 700 dollars américains (Rs 107 000), c'est ce que coûte actuellement le fret pour un container de 20 pieds contre 900 dollars américains (Rs 36 000) habituellement, selon les estimations de l'Association professionnelle des transitaires (APT). «Il y a un manque de containers sur le marché à cause de la pandémie. Si des containers se retrouvent coincés dans d'autres pays ou si les exportations dans les pays du monde sont en baisse, il y a moins de containers en circulation, ce qui accentue la pression sur les compagnies maritimes et bien entendu sur les prix. Nous ne parlons pas d'augmentation de 200 dollars ou de 300 dollars américains, le prix a doublé, triplé et même plus dans certains cas», explique Mahendra Gondeea, président de l'APT.

Hausse des prix en Asie

Cette augmentation des coûts n'affecte pas uniquement les opérateurs du fret ou les importateurs mais également les consommateurs qui, au bout de la chaîne, doivent passer à la caisse. «À la base, le coût des marchandises a augmenté ; quand on ajoute la hausse du coût du fret et des frais portuaires, entre autres, les consommateurs risquent de ressentir davantage la hausse des prix des produits importés. Cette situation risque de durer.» Ce problème, on le retrouve sur plusieurs territoires, dont la Chine. «These days, it can cost as much as $5,000, up from $1,300 in March, to put a container on a ship and send it somewhere. Some carriers are now charging even more than that, calling it a 'peak season surcharge', which is usually several hundred more dollars per container. And even at that high price, the containers are short in supply», peut-on lire sur le site en ligne de CGTN Beijing.

Devant subir cette tendance mondiale, les importateurs se retrouvent également en première ligne pour faire face à cette hausse et doivent même parfois absorber ces coûts additionnels dans la mesure du possible pour éviter de tuer la consommation et donc risquer de tout perdre. Andrew Sin, directeur général d'Intermart (Mauritius), explique que si certains importateurs ont réussi à encaisser l'augmentation du coût du fret en Europe, ils ressentent avec plus de force la hausse vertigineuse des prix sur l'Asie. «C'est plusieurs problèmes accumulés : ce sont moins de bateaux viennent à Maurice, il y a moins de conteneurs, la production mondiale est chamboulée, la dépréciation de notre monnaie... nous ressentons ces changements à l'importation. Donc au bout de la chaîne, oui, les prix des marandises augmentent et il n'y a aucun signe que la situation va s'arranger.»

Même constat chez SKC Surat, importateur, distributeur et détaillant de fruits et de légumes à travers l'île. Selon son managing director, Suren Surat, la baisse de la demande sur le marché local ajoutée à la réduction des activités de nombreux secteurs de l'économie contribue à cette augmentation du coût du fret, les volumes d'importation étant moins conséquents. «Le volume du mouvement des stocks est en baisse avec la demande qui diminue. Les hôtels sont encore fermés dans certains cas et il n'y a pas de touristes, les importations sont donc réduites. Les bateaux viennent avec moins de conteneurs alors que le nombre de transbordements augmente. Les coûts prennent donc l'ascenseur.» Dans le cas de SKC Surat, ils doivent utiliser des conteneurs réfrigérés pour leurs produits, ce qui a aussi un impact sur le coût du fret. Résultat, les dépenses augmentent.

Toutefois quid des répercussions sur leurs prix de vente ? «Le marché est difficile. Décembre a été mauvais pour les affaires et la tendance est la même pour les mois à venir. Forcément nos prix augmentent quand nous revendons nos produits car, autres que les frais portuaires, frais de fret, etc., nous avons aussi les coûts ici, les chambres froides, le transport des produits et les frais de la compagnie. Toutefois, nous ne voulons pas freiner la consommation avec des prix trop élevés. Nous devons donc pour l'instant absorber une partie des coûts. Nous voulons être optimistes pour la suite mais la situation internationale n'est pas encourageante», précise Suren Surat.

Ces répercussions sur le panier de la ménagère, argument des syndicats pour la compensation salariale, s'avèrent encore plus pertinentes au vu de la situation qui ne semble pas aller en s'améliorant. «Nous entrons dans une ère de flambée des devises. La production mondiale est en baisse et les prix en hausse. L'État doit protéger les consommateurs, à titre d'exemple, il faut une liste de prix contrôlés. Avec le mauvais temps, nous risquons déjà de payer plus cher les légumes et la note de supermarché augmente. 2021 ne sera décidément pas l'année du consommateur», dit le syndicaliste de la Confédération des travailleurs du secteur privé, Reeaz Chuttoo.

En effet, si 2020 a été l'année de la chute de la demande mondiale, 2021 sera celle d'une descente aux enfers pour les consommateurs.

Et le port dans tout ça ?

Les transbordements multiples, les retards dans les arrivées des bateaux, ce sont là des difficultés maintes fois décriées par les commerçants et les importateurs. Qu'en est-il des répercussions sur les activités portuaires et donc de la tendance du coût des frais portuaires ? «Maurice se veut être un "transshipment hub", nous pouvons accueillir des gros navires dans notre port, mais malgré cela, le Covid-19 chamboule tout et on se retrouve avec des retards d'arrivées de bateaux et une activité portuaire en baisse. Nous sommes un hub, donc ces retards de bateaux sont un gros problème pour nous, mais il faut aussi mettre en contexte que tous les autres ports de la région affrontent leurs propres défis actuellement.

Nous restons donc encore compétitif mais il faut faire attention», prévient Gassen Dorsamy, ancien directeur-général de la Cargo Handling Corporation Ltd (CHCL). Selon lui, il est important de faire ressortir que la majorité des transactions incluant les frais de la MPA, les frais de débarquement, d'embarquement et le fret, entre autres, se font en devises et la dépréciation de la roupie est un inconvénient sérieux. Nous avons essayé de joindre Presley Paul, chairman de la CHCL, mais en vain.

Plus de: L'Express

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