Afrique: ARTs - Œuvres d'art de l'époque coloniale, une timide restitution

Au cours des siècles passés, les principales puissances européennes, à savoir le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique ont entrepris de nombreuses conquêtes coloniales en Afrique, en Océanie et en Asie. Lors de ces conquêtes, les colons ont dérobé des objets appartenant dont la restitution se fait de plus en plus désirée.

Aujourd'hui, ces Etats colonisés ayant retrouvé pour la plupart leur indépendance depuis les années 1960, veulent reprendre ce patrimoine culturel qui leur appartenait jadis. Cette volonté parait légitime mais reste toutefois encore contestée et sujette à de nombreux débats, notamment sur la question du patrimoine culturel.

Le président français, Emmanuel Macron, lors de son discours à Ouagadougou en 2017, s'était engagé en faveur de la restitution de ces objets : « Je veux que d'ici cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique ». Ce discours avait permis de remettre au-devant de la scène ce sujet pour lequel historiens et universitaires se passionnent depuis plusieurs décennies.

Le débat houleux de la restitution des objets d'arts africains

La question de la restitution des objets et œuvres d'art aux pays d'Afrique a été le fruit du travail de Benedicte Savoy, universitaire et historienne de l'art française, et de Felwine Sarr, écrivain, économiste et universitaire sénégalais. Ils ont tous deux été missionnés par le président de la République Française pour établir et réaliser un travail de recherches publié en 2018 sous le titre de « Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain. Vers une nouvelle éthique relationnelle ». Cet ouvrage est composé de trois parties, respectivement, « Restituer », « Restitutions et collections » et « Accompagner les retours ». Leur travail, soutenu par des experts, des chercheurs, universitaires, et juristes, leur ont permis d'établir une estimation des œuvres coloniales possédées par la France au sein de ses musées. Près de 90000 de ces objets sont donc en France, et la plupart proviennent d'Afrique subsaharienne en raison de l'importante expansion territoriale française dans cette région d'Afrique.

Cet ouvrage a ouvert le débat dans plusieurs pays d'Europe notamment au Royaume-Uni et en Allemagne. En effet, le Royaume-Uni possède des frises du Parthénon représentant les batailles mythiques des grecs contre les centaures, extraites du site au début du XIXème siècle. Ces œuvres ont été amenées à Londres par le diplomate et militaire britannique Thomas Bruce. Cette année, la Grèce a reformulé sa volonté de récupérer ces frises qui représentent le patrimoine hellénistique ; cependant le Royaume-Uni s'y oppose.

Ces anciennes puissances coloniales sont plus ou moins avancées dans leur démarche de restitution des objets provenant de leurs anciennes colonies. Il semble que le passage des promesses à l'exécution soit encore difficile à mettre en place. Au Royaume-Uni, la question de la restitution fait polémique. On peut même parler de rejet de cette idée de la part des directeurs de grands musées anglais. Cependant, force est de constater l'augmentation des demandes de restitution d'objets de la part de certains pays désirants récupérer ce qui leur ont été volés à divers moments de la colonisation.

A l'inverse, l'Allemagne semble plus ouverte à l'idée de rendre les biens spoliés et est par ailleurs perçue comme un pays davantage progressiste que ses voisins. Tout comme l'Allemagne, les Pays-Bas ont perçu les demandes de restitutions comme un pas en avant dans la reconnaissance des rôles qu'ont eu les quelques puissances à cette époque-là et réciproquement l'impact des pays colonisés sur eux. En octobre 2020, le comité consultatif au gouvernement néerlandais a publié un rapport à la suite de recherches et de discussions avec les habitants d'anciennes colonies néerlandaises telles que l'Indonésie, le Surinam ou des îles des Caraïbes. Ce rapport formule la création d'un corps d'experts afin d'étudier la provenance des objets après demandes ainsi qu'une base de données accessible au public pour toutes les collections coloniales dans les musées néerlandais.

Un seul objet restitué à ce jour par la France

L'Assemblée nationale française a rouvert le 6 octobre 2020, le débat à propos de la restitution des objets pris par la France durant l'époque coloniale et qui sont exposés actuellement au Musée du Quai Branly à Paris. De nombreuses pièces, originaires du Sénégal, prises sous le règne d'El Hadj Tall, mais aussi du Bénin, comme des masques, des statues, sont exposées dans ce musée des « Arts et Civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques ». Cet évènement remet au centre du débat la question de l'appropriation et l'appartenance culturelle et historique de l'art mais aussi des relations entre la France et ses anciennes colonies.

Depuis la publication du rapport sur les 27 restitutions annoncées, seulement un objet a été rendu à ce jour. Il s'agit du sabre traditionnel dit d'El Hadj Tall que l'ancien Premier ministre Edouard Philippe a remis aux mains du président sénégalais Macky Sall. Bien qu'il s'agisse d'un premier pas, la France n'a pas encore restitué tous les objets qui ont pourtant été annoncés. Cela montre ainsi la difficulté, les tensions qu'il y a, à la fois entre les différentes opinions en France mais aussi derrière l'action symbolique de la restitution.

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