Congo-Kinshasa: 2021 - Une année-clef pour Félix Tshisekedi, le président congolais

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Lancement de « L'Union sacrée pour la nation », Présidence de l'Union Africaine, organisation des Jeux de la Francophonie Les enjeux de la constitution de « l'Union sacrée pour la nation ».

Aujourd'hui, Félix Tshisekedi, soutenu par toute la communauté internationale, en particulier la France et les Etats-Unis, est en train de prendre ses marques. Elu président de la République Démocratique du Congo (RDC) en janvier 2019, il a choisi, au début de son mandat, de s'entourer des conseillers qui avaient servi son prédécesseur, Joseph Kabila. Reconstruire la RDC passe par une évidence pour le patron de mettre en place ses propres équipes, ce qu'il compte faire avec le lancement de «l'Union sacrée pour la nation » et la publication d'un programme commun de gouvernement.

Les priorités de ce programme de gouvernement sont la sécurité, les réformes institutionnelles et électorales, la politique et l'administration, l'économie et les finances, la lutte contre la corruption, le social.

Quant aux institutions, elles devront être dirigées par des femmes et des hommes dont la crédibilité et la moralité sont reconnues, comme leur expertise avérée, le sens de l'intérêt général et leur capacité à résister aux pressions de toutes sortes. Le président de la République se fonde sur le poids politique de chaque organisation de « l'Union sacrée » afin de répartir les responsabilités. Ce début de l'année 2021représente, pour Félix Tshisekedi, un enjeu politique vital. Figure de la première alternance politique pacifique depuis l'indépendance du pays, il représente, pour les populations congolaises, un espoir de vie meilleure.

La première priorité du programme commun de gouvernement de « l'Union sacrée pour la nation » est la sécurité. Ce n'est pas un hasard. Il s'agit de pacifier le pays « par l'éradication de l'insécurité et de la criminalité dans les milieux à violence endémique ». L'insécurité chronique, qui prend, dans certaines régions, la forme de « guerres prédatrices » pour l'accaparation des richesses et l'instabilité politique freinent le développement du pays, comme elles inquiètent les bailleurs de fonds et les investisseurs. Cette stabilité est nécessaire dans tous les domaines : climat des affaires, fiscalité, emploi, revenu. S'ajoute l'accès pour tous les Congolais aux services de base : électricité, eau, santé, éducation, mobilité, etc. Si elle dispose des ministères régaliens, « l'Union sacrée pour la nation » pourra agir efficacement. Félix Tshisekedi est aujourd'hui l'acteur d'une transformation radicale du paysage politique congolais. Il en a la volonté farouche, poussé par la nécessité de construire de nouvelles alliances pour 2023. Ce défi politique, Félix Tshisekedi est prêt à le relever.

Les enjeux de la présidence de l'Union africaine (UA) Vice-président de l'Union africaine depuis 2019, c'est tout naturellement que Félix Tshisekedi accèdera à la présidence de l'institution en février 2021. Si la présidence est tournante et s'il avait fini par être choisi, il doit nécessairement convaincre ses pairs africains et la communauté internationale en accomplissant un mandat exemplaire, comme avait pu l'être celui de Paul Kagame, le président rwandais. Kagame avait fait feu de tout bois à travers une gouvernance hyperactive.

En 2018, la Rwanda a occupé le devant de la scène diplomatique avec la présidence et les réformes de l'Union africaine (UA), l'élection de Louise Mushikiwabo à la tête de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), le rapprochement avec Paris, etc.

Félix Tshisekedi arrive à la tête de l'UA en incarnant la toute première alternance démocratique du pouvoir dans son pays, démentant ainsi tous les pronostics du chaos annoncé à l'issue de l'élection présidentielle. Félix Tshisekedi voit dans cette alternance démocratique « la preuve de la maturité politique de [son] peuple ». Le sentiment de revanche qu'il éprouve est justifié, car il faut se souvenir que, le 17 janvier 2019, lors de la proclamation des résultats électoraux en RDC, l'Union Africaine avait demandé à la Cour constitutionnelle congolaise, ce qui est une forme d'ingérence, de suspendre la proclamation des résultats définitifs.

La brouille avec l'UA est bel et bien terminée. Les dirigeants de l'UA, qui avaient contesté les résultats de l'élection présidentielle congolaise, ont adoubé Félix Tshisekedi, le désignant même comme 2ème Vice-président de l'organisation, ce qui lui a ouvert les portes de la présidence de l'UA en 2021. L'agenda de Félix Tshisekedi à la tête de l'UA est chargé, les dossiers prioritaires sont nombreux. On retiendra bien sûr la lutte contre la pandémie de la Covid 19 et la création de ce grand marché unique à l'échelle du continent.

Les Etats-Unis, par l'intermédiaire de Jessica Lapenn, représentante des USA à l'Union Africaine, ont affirmé vouloir accompagner le Chef de l'Etat congolais, en particulier dans les domaines de la paix et la sécurité. Sans la paix et la sécurité, en Afrique, ce qui est un réel défi, l'émergence du continent n'est pas garantie. Il appartient à Félix Tshisekedi, par une présidence active, de redonner toute sa place à la RDC au sein de l'UA. Il s'agit d'un deuxième défi que le président congolais est prêt à relever. Les enjeux de l'organisation des Jeux de la Francophonie En marge du sommet de l'Union africaine qui s'est tenu à Addis-Abeba, Félix Tshisekedi a accepté d'accueillir les Jeux de la Francophonie, alors qu'il n'avait pas encore constitué son gouvernement. Il voulait relever un autre défi : montrer que la RDC pouvait organiser, à Kinshasa, les Jeux prévus du 23 juillet au 1er août 2021. La pandémie de la Covid 19 et le report des Jeux olympiques de Tokyo aux mêmes dates que les Jeux de la Francophonie ont conduit la RDC a demandé que les Jeux de la Francophonie soient déplacés à l'été 2022.

Les enjeux de l'organisation des Jeux de la Francophonie sont évidents : la RDC est le plus grand pays francophone. La ville de Kinshasa vient de dépasser Paris pour devenir la plus grande ville francophone du monde.

Cette évolution confirme la montée en puissance de l'Afrique francophone et de ses capitales. L'espace francophone, par les valeurs qu'il défend, représente une alternative aux excès d'une économie mondialisée et d'une globalisation qui nient l'identité des peuples et des nations. La Francophonie est multipolaire, multiculturelle et multilinguistique. Ce troisième défi, l'organisation d'un grand événement francophone pour installer la RDC au cœur de la Francophonie, Félix Tshisekedi a voulu le relever. Félix Tshisekedi assume cette situation d'hyperactivité avec les 3 défis qu'il s'apprête à relever en 2021 : en politique, la création de « l'Union sacrée pour la nation » ; à l'international, la présidence de l'UA et l'organisation des Jeux de la Francophonie. Pour Félix Tshisekedi, ces trois défis sont une manière de montrer aux Congolais, à l'Afrique, à la communauté internationale et à la Francophonie que son élection n'est pas un accident de l'Histoire.

Christian GAMBOTTI, Agrégé de l'Université, Président du Think tank Afrique & Partage - CEO du CERAD (Centre d'Etudes et de Recherches sur l'Afrique de Demain) - Directeur des Collections L'Afrique en Marche, Planète francophone - Directeur de la rédaction du magazine Parlements & Pouvoirs africains.

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