Afrique: ONU - Les appels de réforme du Conseil de sécurité seront-ils entendus ?

Composée de cinq membres permanents que sont la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie, et de dix membres non permanents désignés tous les deux ans, l'instance onusienne est l'objet de plusieurs interventions appelant à son élargissement. Le Congo figure parmi les pays qui militent assidûment pour le changement de l'organe afin qu'il soit plus représentatif, plus légitime et efficace.

Face aux difficultés que rencontre le Conseil de sécurité à se réformer, le continent africain est l'une des régions qui souhaitent qu'une transformation tenant compte des nouveaux équilibres internationaux se fasse au sein de l'organe. Ce qui s'avèrerait nécessaire, puisque la réalité actuelle du monde n'est plus celle de 1945 pour que les cinq membres permanents continuent à représenter tous les Etats, en matière de résolution des problèmes auxquels ils se trouvent confrontés, dont les conflits armés et la crise de la Covid-19.

Eu égard à cette situation, Brazzaville déplore le fait que « subsiste toujours une injustice historique » à l'ONU, et appelle à la « réparer, en garantissant à l'Afrique toute sa place au sein du Conseil de sécurité ». « En sa qualité de membre du Comité des dix de l'Union africaine sur la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies, mon pays réaffirme solennellement l'urgence de rendre effective la représentativité de l'Afrique au sein de cet organe de l'ONU », déclarait le président Denis Sassou N'Guesso. C'était dans un message lu en septembre devant l'Assemblée générale de l'ONU par le ministre des Affaires étrangères, de la coopération et des Congolais de l'étranger, Jean-Claude Gakosso. Le chef de l'Etat congolais estime qu'en procédant de la sorte, « se consolideront davantage les valeurs de paix, de solidarité, d'équité et de progrès qu'incarne l'Organisation des Nations unies »

A l'exception de l'Afrique, l'Inde, le Japon, le Brésil et l'Allemagne, candidats à un siège permanent, réclament, eux aussi, un élargissement du Conseil pour le rendre plus représentatif et éviter qu'il devienne « obsolète ».

La réforme est un impératif inévitable

« Si l'ONU a besoin de réformes beaucoup plus profondes, il est évident que la réforme du Conseil de sécurité est un impératif inévitable, à la fois difficile et essentiel », souligne le président de l'Assemblée générale de l'ONU, Volkan Bozkir.

Pour l'heure, on sait que Paris est en faveur d'un élargissement de l'organe de l'ONU. D'autres propositions visent l'augmentation à vingt-six du nombre de membres du Conseil dont ceux qui sont permanents et les non permanents, avec prolongation éventuelle du mandat. C'est ce que souhaite la France qui soutient les candidatures allemande, brésilienne, indienne et japonaise ainsi qu'une présence renforcée des Africains pour deux sièges. Pourtant en 2018, ses autorités ont rejeté une suggestion du vice-chancelier allemand, Olaf Scholz, visant à remplacer le siège français par un siège européen.

Selon Andrew Bacevich, professeur de relations internationales à l'Université américaine de Boston, les chances de succès d'une réforme « sont proches de zéro ». « Parce qu'elle veut dire une perte de pouvoir, de statut, pour les cinq membres permanents », explique-t-il, ajoutant qu'actuellement, le Conseil « sert largement les intérêts des Etats-Unis, de la Russie, de la France, du Royaume-Uni et de la Chine. Et donc ces pays n'accepteront aucune restructuration ».

Des experts pensent, par ailleurs, que le projet de réforme du Conseil a moins de chance d'aboutir parce qu'il pourrait alourdir le fonctionnement de l'organe et le processus de décision de sécurité, alors que cet organe a été conçu sur une logique d'efficacité. Ce qui l'empêcherait d'assurer la fonction pour laquelle il a été créé : une instance restreinte qui selon l'article 24 de la charte, doit « assurer l'action rapide et efficace de l'organisation », dans le cadre de sa responsabilité principale en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales. Le Conseil de sécurité peut, en effet, décider de sanctions internationales et d'un recours à la force dans le monde.

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