Cote d'Ivoire: Madeka (Artiste, Directrice générale de Cinekita) - «Le développement de Cinekita sur le continent africain est mon challenge actuel»

19 Janvier 2021
interview

Vous avez quelque peu disparu de la scène musicale. Peut-on aujourd'hui affirmer que Madéka et la musique, c'est complètement fini ?

Disons que je suis toujours croyante, mais plus pratiquante (rire). Je ne pratique plus, certes, mais j'aime toujours passionnément la musique. La musique est un langage, elle est partout, en toute chose, en tout être. Les oiseaux chantent, chacun de nous a sa propre musique. Il faut savoir s'écouter et écouter celle des autres.

Pourtant, on vous prédisait une belle carrière musicale qui a débuté dans les années 90. Pouvez-vous nous résumer ce parcours ?

J'ai intégré l'orchestre de la Rti à l'âge de 18 ans, sous la direction d'Assalé Best. J'ai eu la chance de croiser Boncana Maïga qui m'a enseigné les bases (harmonie, contrepoint), et surtout qui m'a fait travailler la justesse, avant d'intégrer le Conservatoire Alfred de Vigny dans le 17e à Paris. Puis, j'ai entamé une carrière solo émaillée de quelques succès médiatiques dont les plus de 20 ans se souviennent encore aussi bien en Europe qu'en Afrique. J'ai également accompagné Alpha Blondy lors de sa tournée Masada en 1992. Nous sommes d'ailleurs toujours très liés.

Concrètement, qu'est-ce qui vous a fait quitter la scène musicale ?

Arrivée à un certain âge, je ne me voyais plus me déhancher sur scène. Beaucoup de jeunes et jolies filles le faisaient mieux que moi. Ma place était désormais ailleurs.

Pour votre reconversion, vous n'êtes pas allée bien loin. On vous retrouve dans l'univers de l'audiovisuel avec Cinekita.

Effectivement, du son à l'image, il n'y avait qu'un pas que j'ai franchi. On dit bien « audio et visuel ». Pour moi donc, il ne s'agit pas vraiment d'une reconversion mais plutôt d'une continuation. J'avais d'ailleurs commencé par la télé à la Rti, je continue la télé en France.

Quels est votre champ d'intervention et les grandes activités que vous avez menées avec cette structure ?

En 1996, j'ai créé la société Cinekita, basée à Paris. Nous assurons notamment le doublage en version française de programmes télé étrangers, notamment anglais ou américains. L'activité se déroule notamment dans des studios d'enregistrement, comme pour la chanson. Mais là, on ne chante pas, on parle. Nous doublons plusieurs centaines d'heures de programmes par an pour l'ensemble des chaînes de télévision francophones. Y compris la Rti, quelquefois. Puis en 2012, j'ai monté Cinekita Côte d'Ivoire dont le siège est situé à Abidjan aux II-Plateaux.

Quelle est la place des compétences ivoiriennes dans vos programmes ?

Il faut préciser que mon activité concerne la télévision. Avec Cinekita.Ci, nous sommes à nos balbutiements. Nous produisons des programmes télé qui connaissent un certain succès comme "C'est Quoi, Ça ?" par exemple, qui est diffusé sur A+; nous sommes en train d'écrire une série avec Ray Reboul et toute une équipe ivoirienne en co-production avec Tanka Studio. Dans ce cadre, nous faisons appel à des équipes purement ivoiriennes, depuis les techniciens jusqu'aux comédiens, afin justement de promouvoir cette activité dans le pays.

Peut-on parler d'une véritable industrie du cinéma en Côte d'Ivoire ?

En Afrique, le géant de cette industrie est bien entendu le Nigeria. Nollywood est l'un des plus gros producteurs mondiaux après Hollywood et Bollywood. Avec une spécialisation très marquée sur les séries « soap ». Le Ghana lui emboîte le pas. Est-ce une tendance anglophone ? Je ne pense pas que cette culture existe en Côte d'Ivoire. En revanche, nous avons notre place sur d'autres types de programmes et si nous ne l'avons pas, nous devons la gagner avec Babiwood.

Vous avez tout de même gardé un pied dans le show-biz. Cette fois, avec la production et la distribution de CD. Quels sont vos domaines de compétence ?

C'est aussi justement ce qui explique la raison d'être de Cinekita.Ci avec son label Kitamusic qu'il faut voir comme l'héritage de mon histoire d'amour avec la musique. Notre objectif avec ce label est de promouvoir la culture de mon pays d'origine et d'offrir de nouveaux horizons à nos jeunes compatriotes. A ce titre, nous produisons et distribuons des artistes locaux, même si cette activité reste encore marginale... Pour l'heure, nous nous intéressons plus au secteur audiovisuel et télévisuel.

Combien d'artistes avez-vous produits et quels sont vos critères de choix ?

La production musicale reste un secteur marginal pour nous, presque un hobby. Mais nous avons produit Bailly Spinto, Moro Beya, co-produit John Jongoss. En distribution, nous avons dans notre écurie l'Orchestre des Maîtres... Nous avons produit un jeune chanteur congolais, Dédé Djasco. En ce qui concerne ce dernier, le Covid-19 a mis la sortie de son album en stand-by, ne pouvant faire de promo physique.

C'est connu, l'industrie musicale en Côte d'Ivoire est en faillite. Cela a été aggravé par la pandémie de Covid-19. N'avez-vous pas d'appréhension en vous lançant dans la production ?

Il n'y a pas que chez nous que la musique soit en crise. C'est un phénomène mondial dû notamment à l'apparition de nouvelles formes de diffusion via le digital. Qui va encore acheter un disque, alors qu'il suffit de le télécharger sur internet. Cela évoluera certainement, mais pour l'heure, une société peut difficilement appuyer son développement sur la production musicale. Mais nous avons une distribution digitale sur Itunes Music, en partenariat avec Frédéric Giaccardo de Greber Prod, l'ancien patron de EMI Pathé Marconi.

En votre qualité de promoteur culturel, quels sont vos rapports avec le Burida ?

Je suis membre du Burida depuis de très longues années et je pense que l'existence d'un organisme de protection des droits artistiques est essentielle. Bien sûr, comme nous l'avons dit, le fonctionnement doit et va s'adapter aux nouvelles technologies.

Peut-on aujourd'hui dire que Madéka vit bien de son métier ?

Cinekita France est prospère et pérenne. Elle fêtera sa 25e année d'existence en 2021. Elle me permet de subvenir à mes besoins et de faire vivre une dizaine d'employés permanents et plusieurs dizaines d'intermittents. Elle dégage également des bénéfices que j'investis dans Cinekita.Ci afin de lui permettre de trouver son équilibre propre. Si Cinekita.Ci parvient à faire vivre des familles ivoiriennes, à enseigner de nouveaux métiers à mes compatriotes, à leur ouvrir la voie, alors, j'aurai bien rempli mon rôle.

L'année 2021 s'annonce avec beaucoup de projets pour Cinekita-Ci ?

Absolument ! Avec principalement en ligne de mire le développement de Cinekita sur le continent africain. Il y a aussi la création de ma fondation Aikah, en Côte d'Ivoire. A travers cette fondation, nous avons initié le projet "No child soldiers", qui finance des programmes de démobilisation et de réinsertion des enfants-soldats avec la collaboration de l'Unicef France, Amnesty international. Cette année encore, nous allons continuer à aider les couches défavorisées et vulnérables du mieux que nous pouvons, selon mes possibilités.

Interview réalisée par

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MADEKA en un trait !

Nominée aux African Music Awards (l'équivalent des Victoires de la Musique pour le continent Africain), elle reçoit le prestigieux PORO de la " Meilleure Interprète de l'Année " en 1995, pour son troisième album "Famaya".

1996, MADEKA monte CineKita, une société de production et post-production, spécialisée dans le doublage audiovisuel.

2004, MADEKA crée l'association Aïkah ("Orphelin" en baoulé).

DISCOGRAPHIE

1990 : Tam-Tam d'Afrique

1991 : Temato

1993 : Famaya

1996 : Assoman Wé

2000 : J'ai 2 amours

2006 : No child soldiers

2013 : Miwa

S.N.

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