Sénégal: Escroquerie - A. Mbaye accusait deux charlatans de lui avoir soutiré 65 millions de FCfa

20 Janvier 2021

Accusés d'avoir plumé un commerçant d'une somme de 60 millions de FCfa, deux maîtres coraniques ont été attraits, hier mardi 19 janvier, à la barre des flagrants délits de Dakar pour association de malfaiteurs, escroquerie et charlatanisme.

Si pour confondre les prévenus poursuivis pour charlatanisme, des juges leur demandent parfois de réciter des versets du Coran, hier, I. Anne et Th. Ly ont été soumis à un autre test. Le duo, attrait à la barre des flagrants délits de Dakar pour association de malfaiteurs, escroquerie et charlatanisme, a été invité à écrire sur un bout de papier la sourate «Fatiha», la première sourate coranique. Car, les prévenus se sont présentés comme des maîtres coraniques. Bien qu'ayant réussi le test, ils n'ont pas échappé à une sanction pénale car, A. Mbaye les accusent de l'avoir ruiné. Importateur de friperie, le commerçant voulait devenir riche comme Crésus, mais il est devenu pauvre comme Job. Si dans sa plainte, A. Mbaye avance 10 millions de FCfa, hier, à la barre, il a allégué avoir perdu plus de 65 millions de FCfa depuis qu'il a commencé à utiliser le «safara» (eau bénite) que I. Anne lui a remis. Un de ses gendres lui a présenté ce dernier lors du Magal de Touba. Le marabout avait promis de l'aider à fructifier son commerce et à aider son épouse à enfanter, car elle ne faisait que de fausses couches.

«Il m'avait envoûté et ne cessait de me réclamer d'importantes sommes d'argent. À un moment, il a fait appel à Th. Ly en me le présentant comme un marabout venu de la Guinée-Bissau. Je lui ai remis 250.000 FCfa pour son déplacement au Sénégal. Durant son séjour de 20 jours, je payais quotidiennement 15.000 FCfa l'hôtel où il logeait. C'est après avoir repris conscience que je me suis rendu compte qu'ils m'ont ruiné», a déclaré, avec dépit, A. Mbaye. Invitée à fournir la preuve des remises, la partie civile a soutenu avoir fait deux prêts bancaires de 21 millions de FCfa et a même vendu ses deux magasins pour une valeur de 24 millions de FCfa.

Entendus, les prévenus ont minoré les sommes reçues. «Il ne dit pas la vérité. Il ne m'a remis que 150.000 FCfa. Je lui ai donné de l'eau bénite et de la poudre qu'il devait utiliser avec son épouse. Je lui ai donné le même «safara» que j'utilise. Si c'était destiné à l'envoûter, je serais moi-même envoûté », s'est défendu I. Anne. Il a reconnu avoir impliqué son co-prévenu dans cette affaire car la partie civile l'avait chargé de lui trouver un autre marabout très doué en fertilité. Th. Ly l'a conforté en confiant, lui aussi, n'avoir encaissé que 150.000 FCfa.

Précisant être venu de Sédhiou et non de Bissau, le prévenu a allégué que le commerçant ne l'a logé que durant deux jours. «Je ne lui ai rien remis, mais j'ai passé les deux jours à faire des prières et des zikrs», a déclaré le prévenu. Lorsque Me Assane Dioma leur a demandé si leurs prières ont été exaucées, I. Anne a rétorqué qu'ils ne sont pas à l'origine de la ruine de son client car, en plus d'un prêt de 20 millions de FCfa qu'il ne peut pas honorer, A. Mbaye lui aurait confié que son frère lui doit 280 millions de FCFa. L'avocat a demandé au tribunal de tenir compte de l'aspect mystique ayant déterminé les remises. Il a réclamé 60 millions de FCfa au titre de dommages et intérêts. «L'escroquerie n'est pas articulée. La partie civile vous renvoie au mysticisme. Qu'ils fassent apparaître des pigeons dans la salle s'ils sont dotés de pouvoir», a rétorqué Me Ciré Clédor Ly en soulignant que son client n'est pas charlatan, mais marabout. C'est pourquoi Me Iba Mar Diop a demandé que les prévenus soient renvoyés de poursuite et la partie civile soit déboutée. Le tribunal ne les a pas suivis puisqu'il a condamné I. Anne et Th. Ly à 2 ans dont 3 mois ferme. Ils doivent rembourser 5 millions de FCfa à A. Mbaye.

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