Afrique: Maladies virales - L'humanité dans l'ère des épidémies et des pandémies

20 Janvier 2021

La maladie du coronavirus sera vaincue ou tout au moins maîtrisée, mais rien n'exclut l'émergence d'autres maladies virales qui toucheront plusieurs continents. Plusieurs études avaient déjà prédit des scénarii de type pandémie coronavirus et avaient démontré que l'homme était le seul responsable de ces crises.

L'action de l'homme sur l'environnement a été plus prise au sérieux avec cette pandémie du coronavirus qui a mis à terre des économies et jeté dans la rue des millions de chômeurs à travers le monde. Le mode de production qui accorde une priorité à la maximation du profit au détriment d'une exploitation judicieuse de ressources ou d'une production soucieuse de la protection de l'environnement n'a jamais été aussi remis en cause.

La responsabilité de l'homme dans des calamités, des catastrophes naturelles a été confirmée, une dernière fois, en décembre 2020, lors d'une réunion de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les écosystèmes (Ipbes). La sonnette d'alarme des scientifiques de l'Ipbes et d'autres acteurs se résume en ces termes : « Des pandémies futures vont apparaître plus souvent, se propageront plus rapidement, causeront plus de dommages à l'économie mondiale et tueront plus de personnes que la Covid-19, si rien n'est fait ». Déjà en 2008, l'étude « Global trends in emerging infectious diseases », parue dans le journal scientifique « The Nature », avait mis en évidence une augmentation de la fréquence des « Pathologies potentiellement pandémiques », depuis la deuxième moitié du XXème siècle avec l'identification de 335 nouvelles maladies entre 1940 et 2004.

Pourtant, bien avant ce rapport, des scientifiques, sur la base de leurs recherches et sur la modélisation des risques, voyaient déjà venir ces crises sanitaires. D'ailleurs, dans le rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), publié en 2007, des experts avaient démontré que l'humanité courrait vers la recrudescence des maladies virales à cause de la perturbation du milieu naturel, la déforestation, la création de conditions de pollution des eaux, de l'atmosphère, entre autres. La disparition de ces tampons favorise, selon les scientifiques, le rapprochement entre les agents pathogènes et l'homme. « Il n'y a pas de grand mystère sur la cause de la pandémie de Covid-19, ou de toute autre pandémie moderne. Les changements dans la manière dont nous utilisons les terres, l'expansion et l'intensification de l'agriculture, ainsi que le commerce, la production et la consommation non durables perturbent la nature et augmentent les contacts entre la faune sauvage, le bétail, les agents pathogènes et les êtres humains. C'est un chemin qui conduit droit aux pandémies », explique Peter Daszak, président Eco Health Alliance et de l'atelier d'Ipes, dans le site futurasciences.

827.000 virus capables de passer de l'animal à l'homme

Depuis l'ère industrielle, l'homme n'a jamais été aussi exposé aux risques de maladies d'origine animale. La preuve : plusieurs études ont attesté que pour Zika et la maladie d'Ébola, le réservoir de virus était les chauves-souris. Selon l'Oms, 75 % des maladies humaines sont d'origine animale. « La plupart des nouvelles pandémies virales naissent de zoonoses, c'est-à-dire que la transmission d'agents pathogènes des animaux aux humains », avait défendu Emmanuel Drouet, chercheur à l'Institut de Biologie structurale de Grenoble. La probabilité de passage d'un virus de l'animal à l'homme est très élevée, d'autant plus qu'on estime à 827.000 sur 1,7 million le nombre de virus hébergés par les mammifères et les oiseaux qui ont les propriétés d'infecter l'homme. C'est l'une des raisons qui poussent beaucoup de scientifiques à soutenir que l'humanité est entrée dans l'ère des pandémies dont le seul responsable est l'homme.

Outre la dégradation des barrières naturelles, l'élevage intensif est « une vraie bombe à retardement ». Des recherches ont confirmé que plusieurs virus présents chez les animaux d'élevage ont la possibilité d'infecter les cellules humaines et de se multiplier. En octobre 2020, des chercheurs ont démontré que le Sads-CoV (coronavirus du syndrome de la diarrhée aiguë porcine) était capable d'infecter les cellules humaines et de se multiplier). En plus de ces facteurs, dans le passé, d'éminents scientifiques, travaillant sous la bannière du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) avaient démontré comment le réchauffement de la planète avait accéléré la recrudescence des maladies émergentes et réémergentes.

Face à cette donne, il a été recommandé d'anticiper sur les risques, d'appliquer des taxes sur les activités économiques susceptibles de provoquer des pandémies et des épidémies. « Réagir aux maladies exclusivement après leur apparition, par des mesures de santé publique et des solutions technologiques, constitue un chemin lent et incertain, jalonné de souffrances humaines et coûtant des dizaines de milliards de dollars chaque année », ont estimé les scientifiques de l'Ibpes.

Du reste, le coronavirus sera certainement vaincu dans les années à venir. Mais rien n'exclut que d'autres virus jusqu'ici inconnus ne vont pas émerger.

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