Maroc: Des journalistes et militants en exil dénoncent des mesures faisant taire les voix critiques à l'étranger

Maati Monjib

Paris — Des militants et journalistes marocains en exil ont souligné que l'accord de normalisation des relations entre le régime marocain et l'entité sioniste a encouragé les autorités de leur pays à "prendre des mesures pour faire taire les voix critiques à l'étranger".

"Le contexte de la normalisation" entre le régime marocain et l'entité sioniste a "contribué à l'intensification croissante de l'oppression, car le régime marocain a peur de la colère populaire contre la compromission de la question palestinienne", a déclaré Hicham Mansouri, ancien chargé de projet à l'Association marocaine des journalistes d'investigation (MAIJ) et demandeur d'asile en France, à Middle Est Eye.

Mansouri pense également que "l'arrestation d'un militant franc comme Maati Monjib reflétait la crainte des autorités de voir des critiques entendues à l'étranger".

"L'accord fait partie d'un modèle plus large de retrait du Maroc en arrêtant des journalistes et des militants avec peu ou pas de responsabilité au niveau international", a déclaré pour sa part, Samia Errazougi, journaliste maroco-américaine à MEE.

Dans le même temps, les craintes grandissent depuis la révélation par Amnesty International en juin de l'année dernière de l'implication de la société israélienne de logiciels espions NSO et de son système Pegasus dans la détention du journaliste marocain Omar Radi, qui attend toujours son procès derrière les barreaux.

Aussi, une récente répression de la liberté de la presse dans les territoires occupés du Sahara occidental "pourrait être le prélude aux tentatives de faire taire les dissidents à l'étranger" en profitant de l'accord de normalisation avec l'entité israélienne, ont déclaré un certain nombre d'activistes à Middle East Eye.

"Cela envoie un message effrayant à tous les Marocains vivant à l'étranger: même s'ils vivent dans des pays lointains qui protègent la liberté d'expression, l'Etat marocain trouvera toujours des moyens de les cibler et de les intimider ", selon Samia Errazougi.

Zerrouki, journaliste maroco-américaine, ancienne correspondante de l'Associated Press à Rabat, estime que "cette décision va inquiéter les voix dissidentes à l'étranger qui ont des familles chez elles".

Elle déclaré à MEE que cela "pourrait envoyer le message que l'Etat marocain cherche à utiliser le pouvoir pour faire taire ces voix même loin de chez lui".

Le document ne fournit pas de détails sur l'identité des personnes susceptibles d'être touchées par les plaintes. Il n'a pas non plus précisé le mécanisme judiciaire à l'étranger qui permettra de "traiter légalement ces plaintes, compte tenu du fait que plusieurs pays et cadres juridiques sont impliqués".

Le gouvernement marocain n'a pas encore confirmé le rapport, mais les militants à l'étranger affirment qu'ils "portent déjà le poids de leur discours antigouvernemental et qu'ils prévoient davantage de répression".

L'un d'eux est Mohamed Radi Ellili, ancien journaliste à la télévision marocaine et demandeur d'asile en France.

"Le roi marocain est très en colère contre les voix libres actives en dehors du Maroc", a déclaré Ellili, cité par MEE. "Il a mené une campagne locale pour faire taire les militants, et m'a spécialement ciblé avec quelque 400 vidéos publiées par des plates-formes d'Etat m'accusant de trahison", a-t-il déclaré.

Il affirme qu'"une chaîne YouTube sponsorisée par l'Etat a filmé une interview avec sa famille à son domicile en décembre pour les contraindre à témoigner qu'ils s'opposent à ses opinions politiques".

Les autorités marocaines ont également lancé une répression et arrêté plusieurs militants sahraouis, en particulier depuis leur agression contre des civils sahraouis qui manifestaient contre la brèche illégale à El Guerguarat, en violation flagrante du cessez-le-feu de 1991.

Les manifestations sahraouies étaient essentiellement pacifiques, avait affirmé Human Rights Watch.

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