Congo-Kinshasa: Les miliciens maï-maï bourreaux des journalistes

communiqué de presse

Menaces, enlèvements, expéditions punitives... Les journalistes congolais vivant dans l'est du pays sont confrontés aux pires exactions de la part des groupes armés, et en particulier des miliciens maï-maï. Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités de prendre des mesures fortes pour améliorer la sécurité des journalistes visés par ces groupes rebelles.

Ils ont promis de revenir. A Kazimia, dans la province du Sud-Kivu, à l'est de la République démocratique du Congo (RDC), des membres de la milice rebelle maï-maï se sont rendus au siège de la radio communautaire Raka FM dans la soirée du 12 janvier dernier, à la recherche de son directeur, Jacques Mulengwa. Heureusement pour lui, il n'était pas présent. Quelques heures plus tôt, la radio avait transmis la déclaration du commandant local des forces armées congolaises (FARDC), qui accusait la milice armée d'avoir attaqué une localité voisine deux jours plus tôt. Contacté par RSF, Jacques Mulengwa affirme avoir reçu, le lendemain, un sms inquiétant des miliciens l'accusant d'avoir été payé par l'armée pour salir leur réputation au sein de la communauté. Craignant pour sa vie, le journaliste ne travaille plus à la rédaction.

"Menaces, tentatives d'intimidation, enlèvements, exécution... Depuis 2019, nous avons recensé au moins 13 exactions commises par les Maï-Maï contre les journalistes et médias congolais vivant dans l'est de la RDC, déplore le responsable du bureau Afrique de RSF, Arnaud Froger. Il n'est pas acceptable que les journalistes qui assurent un travail absolument essentiel pour documenter des sujets difficiles dans ces provinces figurent parmi les victimes de l'insécurité, et ce dans l'impunité la plus totale et sans qu'aucun moyen n'ait été mis en place pour les protéger. L'inaction ne peut pas constituer une réponse face à la gravité de cette situation. Nous demandons la prise de mesures fortes, comme le mécanisme dédié à la protection et à la sécurité des journalistes proposé par RSF."

L'un des derniers cas d'exaction commise par les Maï-Maï recensé par RSF remonte à juin dernier. Le directeur de la Radio Communautaire de Bakumbule (RCBA), Bwira Bwalitse, animait une émission dans laquelle il appelait régulièrement les groupes armés actifs à déposer les armes. Le journaliste a été enlevé alors qu'il rentrait du travail à moto. Quelques jours plus tard, ses collègues ont été informés qu'il avait été assassiné. Son corps n'a jamais été retrouvé.

Si les groupes armés maï-maï, divisés en plusieurs structures dans la région et majoritairement actifs dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ne possèdent pas de médias, ils n'hésitent pas à employer des méthodes brutales pour tenter de contrôler la communication autour de leurs activités - tantôt pour empêcher les médias de transmettre certaines informations, tantôt pour leur demander, à l'inverse, d'en diffuser.

En novembre 2019, alors que la RDC peine à se remettre de la crise sanitaire liée au virus Ebola, les Maï-Maï ont mis leurs menaces à exécution. Après avoir animé une émission à propos de l'épidémie sur la Radio communautaire de Lwemba, dans le nord-est du pays, le journaliste Papy Mumbere Mahamba a été assassiné à son domicile. Beaucoup de groupes rebelles, dont les Maï-Maï à l'origine de cette exécution, sont alors particulièrement hostiles aux mesures prises pour lutter contre la maladie. Le groupe avait également menacé de brûler la radio et de tuer tous les journalistes, forçant le média à cesser ses activités. Par prudence, plusieurs radios du territoire de Mambasa, dans la même région, avaient dès lors arrêté d'évoquer le sujet à l'antenne.

Plus tôt cette même année, en mai, deux journalistes ont été contraints de se cacher après avoir été menacés de mort. L'un d'eux, le directeur de la Radio Ondese FM, David Munyanga, a vu son domicile attaqué par un groupe de Maï-Maï munis d'armes à feu. Le responsable de cette station communautaire émettant à Kiliba, au Sud-Kivu, a été brutalisé et intimidé pour avoir diffusé une information ayant entraîné l'arrestation d'un de leurs membres par les forces armées. Un mois auparavant, ce même groupe l'avait déjà enlevé pendant quelques heures.

Faute de réformes importantes, les bonnes intentions du président Félix Tshisekedi concernant le rôle des médias en RDC n'ont pas donné lieu à une amélioration de la situation. Les exactions commises contre les journalistes et les médias congolais se maintiennent à un niveau extrêmement préoccupant, particulièrement dans l'est du pays, où règne l'insécurité. Depuis 2019, RSF a recensé neuf cas de menaces et quatre attaques commises par les Maï-Maï , dont un assassinat et un journaliste porté disparu. Ce climat de terreur génère également beaucoup d'autocensure : ces deux dernières années, trois radios ont cessé d'émettre d'elles-mêmes, au moins temporairement.

La RDC occupe la 150e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.

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