Sénégal: Réforme de la commercialisation de l'arachide et consorts - Le oui... mais des producteurs

20 Janvier 2021

Moins de 15 jours après l'invite faite par le Président Macky Sall à la Sonacos de revoir sa manière de collecter l'arachide, de s'adapter aux réalités du marché de la collecte de graines et de créer les conditions d'amélioration de sa rentabilité, l'huilerie nationale a proposé la mise en place d'une Direction achats graines en lieu et place d'une filiale.

Par l'entremise de son Conseil d'administration qui était en réunion le 13 janvier dernier, la Sonacos s'est mise dans une posture de changer de paradigme pour se conformer à l'instruction du chef de l'Etat. Du côté des acteurs de la filière arachidière, notamment les producteurs, même si l'on juge que «Le retour d'un service Achat/graines permettra à la Sonacos de se reprendre en mains», comme spécifié par Bouba Aw, point focal du Syndicat des corps gras/ Antenne de Kaolack, il reste évident qu'aucun projet de réforme de la Sonacos « ne pourrait se faire sans les producteurs». Comme l'a si bien fait entendre Sidy Ba, porte-parole du Cadre national du conseil rural (Cncr).

BOUBA AW, POINT FOCAL DU SYNDICAT DES CORPS GRAS / ANTENNE DE KAOLACK : «Le retour d'un service Achat/graines permettra à la Sonacos de se reprendre en mains»

Le responsable de l'antenne régionale du Syndicat des corps gras Bouba Aw qui parlait des réformes en partie consécutives à la création d'une nouvelle unité Achat/graines, a estimé qu'elle est le meilleur projet de relance économique de l'entreprise que le conseil d'Administration puisse imaginer en ce moment. « Ceci est un projet qui est venu à son heure »n car estime le responsable syndical, « depuis la dissolution de la défunte Sonagraine en 2002, la Société nationale de commercialisation des Oléagineux (Sonacos) a commencé à nouer avec les difficultés de collecte auxquelles elle est confrontée jusqu'au moment où l'on parle.

A l'époque, l'Etat du Sénégal avait émis l'idée de remplacer les services de la Sonagraine combien importants par un nouveau système dit "Carreaux Usine", lequel était confié aux opérateurs privés et stockeurs qui le pilotent jusqu'à présent. Une mesure qui a peut-être fait le bonheur des uns, mais le malheur de la plupart des acteurs dont la Sonacos qui en a le plus souffert. Il faut le dire, ily a maintenant 19 ans, cette mesure n'a pas marché et a décelé de nombreux impairs que la société n'a jamais réussi à corriger pendant toute cette période ».

Et il poursuit en faisant savoir que la Sonagraine encadrait à l'époque deux services : un service exclusivement réservé aux graines destinées à la trituration et une autre unité spécifiquement orientée à la gestion des semences. « Ainsi, pendant toute l'année, cette coordination des actions marchait à merveille, tant au niveau des producteurs, leurs organisations que dans les unités de transformation de l'arachide en huile végétale ».

Le responsable syndical estime cependant que « le retour d'un service Achat/graines permettra à la Sonacos de reprendre ses propres destinées, de se reprendre en mains ». Même si l'on se réserve encore d'annoncer la rupture des contrats avec les opérateurs privés, on peut toutefois se permettre de dire que la société mettra sous son propre compte le contrôle de tout le système de collecte et la structure qui sera mise en place pour la gestion de ce département sera obligée de contractualiser avec les organisations de producteurs. Ce qui va non seulement rationaliser les quantités de semences distribuées chaque année aux producteurs et mais régulariser surtout le principe de définition de la carte variétale », a-t-il ajouté.

SIDY BA, PORTE-PAROLE DU CONSEIL NATIONAL DE COOPÉRATION ET DE CONCERTATION DES RURAUX (CNCR) : «Rien ne pourra se faire sans les producteurs»

Le porte-parole du Cadre national de conseil rural (Cncr) qui se prononçait hier sur le projet de réforme approfondie à la Sonacos est d'avis que "quelle que soit la nature des solutions de redressement pressenties au niveau de cette boîte, rien ne pourra se faire sans contractualisation avec les producteurs. Ce sont les producteurs qui détiennent des graines. Donc, les matières premières qui servent naturellement à la Sonacos. Et pour ce fait, le conseil d'Administration de la Sonacos qui est l'ultime initiateur du projet est appelé à définir les modalités devant transpercer, mieux accompagner ce projet de réforme".

Pour le secrétaire général du Cadre de concertation des producteurs d'arachide (Ccpa), « cette disposition est l'unique remède qu'on puisse administrer à la Sonacos pour lui assurer une survie. Les opérateurs privés ne peuvent nullement remplacer les producteurs par rapport aux systèmes de collecte car, pendant tout le temps qu'ils ont contracté avec la Sonacos, la société n'a point réussi à prendre sa vitesse de croisière même si pendant un certain nombre d'années elle est parvenue à atteindre ses objectifs en termes de collecte.

Pourtant, elle n'a jamais rechigné à rompre cette collaboration quasi infructueuse. Un constat qui s'est d'ailleurs justifié à outrance pendant ces deux dernières années où la société a peiné pour atteindre le quart de ses objectifs en matières premières. L'argent qui est attribué aux opérateurs aux moments des campagnes par pertinence, pouvait bel et bien revenir aux organisations de producteurs. Et nous en trouvons la meilleure méthode d'organisation du système de collecte, car bénéfique aussi bien à la société qu'aux producteurs en tant qu'acteurs directs de la commercialisation », se convainc Sidy Ba.

Lequel retrouve par ailleurs la nécessité de renouveler le parc industriel de la société afin qu'elle puisse répondre positivement à sa vocation d'entreprise publique de transformation qui doit faire bénéficier ses produits aux populations sénégalaises d'abord avant de se rabattre sur les marchés extérieurs. Car, estime- t-il, plusieurs années ont passé et la société peine à triturer toute la production qui lui est attribuée et elle s'est souvent donné l'obligation de vendre une partie de sa collecte aux opérateurs chinois afin de pouvoir passer au redressement de ses fonds

Plus de: Sud Quotidien

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