Maroc: 10 ans après le Mouvement du 20 février au Maroc, "peu de choses ont changé"

Alger — Dix ans après le déclenchement du "Mouvement du 20 février" au Maroc qui a coïncidé avec la vague de protestation ayant touché plusieurs pays arabes, la situation de la jeunesse marocaine est restée précaire, le pouvoir jouant tantôt sur la peur tantôt sur le laisser-aller afin de maintenir une certaine paix sociale, constate le journal français Le Monde dans son édition de mercredi.

Dans un reportage décrivant la détresse de la jeunesse marocaine, notamment à Casablanca, le quotidien évoque la "politique du dépérissement" adoptée par les autorités afin de maintenir le contrôle sur une population entassée dans des quartiers où les maisons menaçant de s'effondrer à tout moment.

"Dans ces espaces que le Conseil économique, social et environnemental marocain qualifie, depuis 2013, de foyers grandissants d'insécurité et de tensions sociales, le pouvoir répond tantôt par la répression, tantôt par un laisser-faire nécessaire au maintien d'une certaine paix sociale", relève le quotidien.

"Maintenir la population dans la vulnérabilité permet de garder une forme de pouvoir autoritaire car une grande partie de la population vit et travaille dans le secteur informel, et peut à tout moment être expulsée de son logement ou perdre son travail. Elle se retrouve alors dans l'incapacité de revendiquer ses droits de manière organisée", explique au journal Soraya El-Kahlaoui, chercheuse à l'université de Gand, en Belgique.

"Le printemps arabe a été déclenché par des jeunes urbains sans emploi. Or cette catégorie a augmenté au Maroc depuis 2011. Cela explique le déploiement sécuritaire important dans les villes. Car la vraie menace subversive pour le régime, ce sont les soulèvements urbains", assure Aboubakr Jamaï, professeur à l'Institut américain universitaire d'Aix-en-Provence, également interrogé par Le Monde.

"Ce n'est qu'en 2017 que les Marocains - ceux des périphéries rurales et urbaines, précarisés - ont vraiment senti la secousse, avec le Hirak, le mouvement populaire du Rif, une région marginalisée et rebelle du nord du pays", poursuit le quotidien.

"Des centaines de personnes ont été condamnées à des peines de prison ferme, jusqu'à vingt ans pour les principales figures du Hirak.

L'effervescence est retombée, la crise sanitaire liée au Covid-19 et la répression ont enseveli le Maroc sous une chape de plomb", note Le Monde.

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