Sénégal: « Les échos de l'éco » - Le challenge de la transformation arachidière

20 Janvier 2021

La bonne production agricole du Sénégal à la faveur d'un hivernage généreux a été comme une lueur dans la grisaille d'une année 2020 marquée au fer rouge par la pandémie de Covid-19.

La production arachidière a été portée à 1,8 million de tonnes, faisant espérer au monde rural des lendemains meilleurs. Malheureusement, depuis le lancement de la campagne de commercialisation, les paysans peinent à écouler leur production du fait de la suspension des exportations, justifiée par la nécessité d'approvisionner les huileries en matières premières.

Les circuits parallèles qui alimentaient les exportations proposant de meilleurs prix allant jusqu'à 350 FCfa (soit 100 FCfa de plus que le prix plancher fixé à 250 FCfa le kilogramme par l'État), les paysans ont préféré faire jouer la loi du marché : vendre au mieux offrant. Et les industries telles que la Sonacos ont peiné, cette fois-ci, à s'aligner sur les prix du marché (l'entreprise n'a collecté jusqu'ici que 30 000 tonnes, selon son Dg lors de son passage à Kolda, lundi dernier).

Au vu de la quantité des récoltes, on peut dire que les besoins de l'entreprise, estimés à 300 000 tonnes (soit 16,6 % de la production), sont très modestes. Mais, certainement, ils sont proportionnels à ses capacités de trituration. La première entreprise des oléagineux au Sénégal, comme l'a confié son directeur général à nos confrères de lemonde.fr, souffre de la vétusté de ses outils de production, ce qui a un impact négatif sur les coûts de production et les rendements.

Mais, de façon plus générale, cette situation pose le problème des capacités industrielles des pays africains. Ils sont presque tous producteurs de matières premières agricoles, mais ne disposent pas souvent d'assez d'industries de transformation pour capter toutes les vertus de la chaîne de valeurs et tirer le meilleur profit des niches. Heureusement qu'à côté de la trituration industrielle, fleurissent un peu partout de petites unités artisanales spécialisées dans la transformation de l'arachide en divers sous-produits tels que les pâtes.

Dans un pays comme les États-Unis, grands producteurs aussi, le beurre d'arachide est très prisé, ce sous-segment représentant jusqu'à 80 % de la transformation des graines en 2018. Les mêmes remarques sur l'insuffisance des industries de transformation concernent d'autres variétés en Afrique telles que le cacao. Le continent assure plus de 70 % (principalement Côte d'Ivoire, Ghana et Cameroun) de la fève consommée dans le monde, mais l'Afrique n'empoche que 6 % (dont 2 % pour le producteur) des 100 milliards de dollars qui représentent la valeur de l'industrie chocolatière mondiale. La faute à la priorisation des exportations sur la transformation, même si une industrie chocolatière est en balbutiement dans un pays comme la Côte d'Ivoire qui transforme un quart de sa production.

Les importations constituent un sévère frein au développement des industries transformatrices en Afrique. Pour le cas du Sénégal, les achats à l'extérieur d'huile végétale, bon marché et parfois bas de gamme, rendent moins compétitive l'huile d'arachide raffinée produite localement. Les industries, qui n'ont pas les capacités pour répondre à la demande, ont encore beaucoup de marge à prendre sur le segment huile. La demande nationale est estimée à 200 000 tonnes par an, soit près de 200 milliards de FCfa, l'équivalent de près de 600 000 tonnes d'arachide (source : jeuneafrique.com).

En 2018, l'offre des huileries sénégalaises parvenait à peine à assurer 5 % des besoins du marché à cause de la cherté du produit «made in Senegal», entre autres facteurs. Évidemment, tout gain sur la marge aura un impact positif en termes de pérennisation et de création d'emplois (la Sonacos emploie 2 000 salariés, permanents ou saisonniers) du fait des facteurs cités plus haut.

Mais surtout, l'huilerie sénégalaise a un large boulevard devant elle. Le continent africain ne satisfait que 54 % de ses besoins annuels. Sa partie subsaharienne a importé, en 2019, près de 7 millions de tonnes d'huile (dont 86 % d'huile de palme) et de graisses pour répondre à une demande en constante progression. L'effectivité de la Zleca donne accès à un marché de 1,2 milliard de consommateurs dans un continent où on assiste à une montée en puissance de la classe moyenne. Aux industriels de relever le défi !

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