Tunisie: Le premier ministre tunisien ne convainc pas la jeunesse

20 Janvier 2021

Après plusieurs nuits de manifestations et des violences, Hichem Mechichi a pris la parole. Sans stopper le désarroi.

Une colère décrite comme "légitime", "entendue", mais pas de propositions et des violences qui se poursuivent. Voilà comment résumer la situation en Tunisie, au lendemain de la prise de parole à la télévision du Premier ministre Hichem Mechichi, mardi soir. Une prise de parole après pas loin d'une semaine de manifestations et de violences nocturnes. Des actes de jeunes en colère contre leurs conditions de vie. Les manifestations ont lieu dans plusieurs villes du pays depuis jeudi dernier, le 14 janvier, anniversaire du départ de Ben Ali en 2001.

"Une colère légitime"

Ce mardi soir, beaucoup attendaient des annonces ou des mots d'apaisement du premier ministre avec son discours, mais les premières réactions sont très déçues. "Un discours pour rien". Un premier ministre qui s'exprime en arabe classique incompréhensible pour beaucoup, "sans aucune expression", qui "lit une feuille préparée", "incapable d'apporter des perspectives à des jeunes". Les commentaires sont sévères, sur les réseaux sociaux et dans la presse.

Sur le contenu du discours, effectivement assez peu à retenir. "La crise est réelle, la colère est légitime et les protestations aussi, mais la violence est inacceptable et nous y ferons face avec la force de la loi", a dit Hichem Mechini. Cette colère a donc éclaté jeudi dernier, anniversaire des dix ans de la chute de Ben Ali. C'est aussi ce jour-là qu'entrait en vigueur un couvre-feu à 16h, plutôt qu'à 20h, pour ralentir la propagation du coronavirus.

Une combinaison de facteurs qui a depuis donc poussé des jeunes dans la rue, notamment dans les quartiers pauvres, dans les villes de Tunis ou Sfax. Les images des affrontements violents, à coups de feux d'artifice contre gaz lacrymogènes, avec la police, font le tour du pays.

Effet ou pas du discours, difficile à dire : si des violences ont encore eu lieu, la situation semblait globalement plus calme que les précédentes dans la nuit de mardi à mercredi. dernière, selon des journalistes sur place. Mais pas partout. Des heurts ont à nouveau eu lieu dans certains quartiers de Tunis et dans d'autres villes du pays. La colère n'est pas totalement retombée. "Il y a corona, les gens meurent et il y a un couvre-feu", explique Brahami, un manifestant. "C'est nous qui en souffrons. Mais le virus n'est pas notre principal souci : on veut à manger et du travail !"

Déception post-révolution

Aujourd'hui les jeunes comme Brahimi sont qualifiés de "délinquants" par certains membres de la classe politique face aux violences. Certains dénoncent des revendications pas claires, pas structurées, sans porte-parole. Mais dans la population, certains comme Mohamed Amine comprennent le mouvement. "J'avais 20 ans quand la révolution a eu lieu", raconte-t-il. "Les gens sont dans la rue maintenant, nous faisions la même chose à l'époque. Mais nous espérions que beaucoup de choses allaient changer pour le mieux. Nous espérions qu'à la fin de nos études, nous trouverions un emploi".

Le marché du travail a été particulièrement affecté ces derniers mois dans le pays. Le tourisme qui fournit du travail à presque un quart de la population est quasiment à l'arrêt face à la pandémie de Covid-19. Pandémie qui affecte aussi les écoles : beaucoup de jeunes se sentent abandonnés face aux établissements scolaires qui les accueillent un jour sur deux seulement.

En début de semaine, le président Kaïs Saied s'était déjà rendu dans un quartier populaire pour appeler au calme. Et les appels à stopper les violences se multiplient. Mais sans vraie réponse ni stratégie sociale, le mouvement pourrait durer, craignent beaucoup sur place. En attendant, pour tenter de contenir la contestation, le gouvernement tunisien mise sur la réponse sécuritaire. Lundi, le ministère de l'Intérieur faisait état de plus de 600 arrestations.

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