Sénégal: Idrissa et la Covid-19 à Thiès

21 Janvier 2021
billet

Je me permets d'évoquer certains faits liés à ma jeunesse, à Thiès. J'ai fait l'école coranique pendant quelques temps avec Idrissa Seck dans la mosquée de Grand Thiès, sous l'arbre juste après l'entrée de la mosquée. Serigne Sarr était notre maitre. Idrissa était brillant et secondait le maitre pour faire rouler le Foyer ardent.

Je suis devenu médecin après avoir fait une thèse sur la poliomyélite dans la ville de Thiès. Certains handicapés, paralysés et dans des fauteuils roulants à Thiès sont des rescapés de cette terrible épidémie de 1985 - 1986. Maintenant je suis à la retraite.

Idrissa Seck a fait de la politique et aujourd'hui, les populations de Thiès l'ont élu pour nous guider. Les Thiessois aiment Idrissa et ceci est incontestable. Il suffit de se référer aux élections, quand on leur demande de choisir un leader. Nous savons que Idrissa et ses partisans dirigent la ville et le département. Je laisse aux analystes le soin de trouver les raisons et les explications de cet état de fait. Aujourd'hui, nous vivons une pandémie covid19 et la ville de Thiès n'est pas épargnée. Elle vient même de faire partie des villes qui observent un couvre-feu pour tenter de stopper l'avancée de la maladie.

Le médecin chef du district sanitaire de Thiès monte au créneau et dit que sur les 2000 cas de covid 19 dans la région médicale depuis le début de la pandémie, le district sanitaire de Thiès arrive en tête avec plus de 800 cas. Il s'inquiète du nombre de décès et de l'âge jeune des patients. Nous prévoyons avec les données que nous avons actuellement que la situation va s'aggraver pour une certaine période. Le milieu médical à Thiès est fébrile, surtout le personnel travaillant au Centre hospitalier régional.

Le nombre de patients augmente, leur prise en charge plus difficile tant en milieu hospitalier que dans leurs domiciles. Pendant ce temps, les élus locaux demeurent aphones ou très peu audibles. Je ne parle pas de ceux qui nous dirigent par nomination mais de ceux que nous avons élus, dans le secret d'une urne. Et toi Idrissa (le Foyer ardent m'autorise à te tutoyer, il m'en donne le droit et je le prends) tu en es le premier. Sais tu que les malades proviennent de tous les quartiers de la ville, surtout de Cité Senghor, Cité Lamy, Kawsara Fall, Diakhao, Parcelles ? Que l'unique Centre de traitement des épidémies CTE est entrain d'atteindre sa capacité maximale et que la prise en charge intra-domiciliaire des cas positifs est difficile ce qui va contribuer à surcharger bientôt le CTE ? Sais-tu que toute notre région envoie les patients au CHR de Thiès et que la moitié des malades viennent de l'axe Tivaouane, Mékhé, Pire ?

Tu vois donc qu'on a besoin rapidement d'un second CTE (je n'aime pas cette dénomination ... ) On pourrait me dire que ceci n'est pas de son ressort. Si si Idy, nous t'avons élu pour solutionner nos problèmes, dans notre circonscription, notre cité. Tu es à la hauteur intellectuellement et dans une visée prospective comme tous ces maires et élus des grandes villes du monde. Et ces derniers montent au créneau, régulièrement, prennent des décisions opérationnelles et rendent compte aux citoyens. Donc un second CTE fonctionnel c'est-à-dire disposant d'oxygène en quantité et en qualité. Tu dois imaginer que ne pourra pas garder un malade covid s'il n'y a pas d'oxygène (plus de 10 litres par minute et par patient) parce que ce sont les poumons qui sont atteints en ce moment. Lors de la première vague, le manque de cette composante avait été déploré dans le CTE de la Base aérienne.

Même un CTE à Mbour ou à Tivaouane permettra à Thiès de souffler et d'envisager la suite avec plus de confiance. Je suis allé dans la zone chaude du CTE avec le Professeur Madoki Diop qui se bagarre avec une équipe de 7 médecins faisant des groupes de 2 avec une superviseuse pour prendre en charge tous les malades. Ces jeunes médecins sont dynamiques, bons et engagés. Tu sais que contrairement au banquier qui peut choisir ses clients, le médecin, lui, traite tous ceux qu'il reçoit. Et donc l'équipe du CTE est dramatiquement surchargée, qu'il s'agisse des infirmières, les hygiénistes ou les volontaires de la Croix rouge. Idy, il est temps que les ressources soient allouées aux priorités du moment. Quoi de plus normal que les finances récoltées dans la communauté servent à la communauté, un fonds spécial et temporaire pour les ressources humaines en vue de surmonter la crise ?

Certains médecins originaires de Thiès qui savaient que je rédigeais ce texte m'ont dit que Idrissa est probablement plus occupé et préoccupé par ses fonctions au niveau national qu'à celles locales. Does he care ? Mais les populations, elles, ont besoin d'une assistance qui supplée ce que dit le Ministère de la santé et elles se tournent tout naturellement vers les élus, exigent même une guidance éclairée. Ce virus qui nous fatigue est une nouvelle souche encore bien méconnue avec beaucoup de controverses dans le monde scientifique. On sait cependant que la maladie est contagieuse (et plus encore avec la rapide mutation du virus), qu'elle tue et qu'on détient dorénavant des vaccins jugés efficaces pour protéger les populations. Faisant le bilan de 12 jours de l'Etat d'urgence assorti d'un couvre-feu, le médecin chef du district de Thiès souligne que les cas covid19 se "multiplient de jour en jour", malgré toutes les dispositions restrictives mises en place et l'obligation faite sur le respect strict des mesures barrières. Il note que le virus touche de plus en plus les jeunes et qu'ils en meurent.

Pire, il alerte que le nombre des contaminations dépasse largement les chiffres dans les communiqués journaliers du ministère de la santé (Le Quotidien du 19 Janvier2021, page 4). C'est une autorité responsable du système de santé qui parle et attire l'attention sur l'ampleur de la situation. Il s'essaie même sur les raisons en précisant "la désinvolture avec laquelle les populations de la Cité du Rail ont vécu la disposition restrictive. Rien dans la rue ne pouvait laisser voir que la ville était en Etat d'urgence et qu'un mal insidieux et hautement contagieux était là. Les gens vaquaient à leurs besoins sans aucune forme de respect des mesures barrière"...

Et Idrissa, on ne t'entend pas. Le Gouverneur de la région et ses services s'activent plus peut être dans la répression que la recherche d'une adhésion consentante aux mesures de protection. Depuis le 6 Janvier, 148 personnes ont été interpellés dont une vingtaine déférée au parquet nous précise t-on. Oui on a besoin de toi pour s'assurer que dans le grand brouhaha non technique, notre zone est organisée pour prendre en charge sa population. Pour couper la chaine de transmission avec les mesures barrières. Comment nos enfants devraient continuer à s'éduquer dans cette situation ? Comment bien protéger les personnes âgées ? Tu n'as pas besoin de disserter avec les initiés s'il s'agit d'une seconde vague ou non. Tu agis et tu organise avec tes électeurs pour que la prise en charge intra-domiciliaire des malades se fasse le plus correctement possible.

Lors de l'épidémie de 1986, il y avait environ dix mille maisons dans la ville de Thiès. Aujourd'hui il y a en beaucoup plus, la promiscuité encore plus réelle. Faire une covid 19 et n'accepter d'être traité qu'à domicile pose beaucoup de difficultés à endurer pendant les jours nécessaires pour séroconvertir. Et ceci demande un solide appareil de soutien communautaire, une organisation et une empathie que seuls les bons politiciens possèdent. Sais tu que les malades de Thiès ne diffèrent évidemment pas des autres dans notre pays ?

Lorsque quelqu'un a la malchance d'être atteint par le virus, il peut ne rien présenter et continuer à évoluer. Il peut disséminer sans le savoir. Le malade peut présenter peu de signes de la maladie et s'en sortir au bout d'un certain temps. Mais il peut présenter un cas sévère qui nécessite une hospitalisation et une surveillance constante dans un CTE. Ce sont les cas sévères mal pris en charge qui basculent en cas graves dont les conséquences peuvent être dramatiques. Les praticiens du CHR de Thiès attirent l'attention sur l'augmentation des cas sévères et sur la nécessité d'augmenter les moyens pour se préparer à un "overload" du système. Qu'en sera-t-il lorsqu'il est temps de se vacciner ? D'abord le vaccin il faut l'avoir et tôt. Cette semaine le Directeur général de l'OMS a jeté un pavé dans la marre en disant que sur la soixantaine de millions de doses de vaccins distribués, l'Afrique n'en a reçu que ... 25 !!! L'Occident qui paie actuellement le plus lourd tribut dans cette catastrophe sanitaire (des milliers de morts par jour ce qui est inédit dans leur histoire récente) ne se souciera point de ce qui se passe ailleurs. Ils vont tout faire pour mettre la main sur ce qui est disponible pour stopper la crise.

Peut être la Covid19 sera encore une maladie des pays pauvres ? En attendant, l'Afrique devra mener cette bataille là encore et exiger d'avoir le stock de vaccins nécessaire. Pour nous au Sénégal, vacciner notre population devrait coûter environ 1500 milliards (le tiers de notre budget). Il faut les trouver en sachant que malgré les promesses, les partenaires vont d'abord se servir en vaccins avant de donner aux autres les moyens d'en acquérir. J'estime, sans état d'âme, que les compagnies minières, pétrolières, dans les TIC, ... devront mettre la main dans la poche et financer cet "effort de guerre". Elles font de l'argent chez nous depuis si longtemps ! Une fois le vaccin acquis pour nous à Thiès, il faut convaincre les populations à se vacciner. En donnant l'exemple. C'est au PEV du Sénégal de faire parvenir aux populations la quantité de doses de vaccins de bonne qualité aux populations et là où elles sont. Personne ne sera obligé d'aller se faire vacciner. Ce sera de plein gré que l'on recevra les deux doses du vaccin. Tu nous seras utile pour que les Thiessois acceptent de plein gré de faire la queue pour se vacciner. Je n'oublie pas que tout ceci se fera avec la Miséricorde Divine. Mais cela tu le sais mieux que moi. Je reviens sur l'épidémie de Polio de 1986. On s'est rendu compte, que les acteurs politiques de l'époque n'avaient pas levé le petit doigt pour supporter les populations et stopper l'épidémie. Les acteurs du système de santé étaient laissés à eux-mêmes, comme d'habitude...

Pire, au Sud du pays, le carburant qui devait servir aux campagnes de vaccination avait été détourné par certains politiciens de l'époque. La conséquence fut qu'il n'y a eu de vaccination dans des zones aux pistes cahoteuses suivie d'une flambée des cas de polio à Kolda par exemple. Ceux qui nous gouvernent devraient faire preuve de compassion, en tout temps. Ainsi donc je t'interpelle Idrissa parce que tu incarnes le leadership à Thies. Mais par-delà toi, les autres Thiessois de bonne volonté, les autres élus et électeurs de la municipalité te viendront en soutien. C'est certain.

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