Afrique de l'Ouest: Changement climatique et surpêche - Un cocktail explosif en Afrique de l'Ouest

communiqué de presse

Ecartelée entre l'avancée du désert et la sécheresse d'une part et les inondations, l'élévation du niveau de la mer et l'érosion côtière d'autre part, la région de l'Afrique de l'Ouest qui compte 340 millions d'habitants répartis sur 16 pays, fait partie des trois régions menacées par la catastrophe humanitaire climatique de notre siècle, de par son nombre croissant de catastrophes naturelles, de plus en plus intenses, qui sont des conséquences du réchauffement climatique.

En 2011, le Programme des Nations-Unies pour l'environnement a mis en évidence dix-neuf points sensibles climatiques en Afrique de l'Ouest, ces points chauds étant situés dans la partie centrale du Sahel, au Niger, au Burkina Faso, dans le nord et sur la côte du Ghana, dans le nord du Togo, au Bénin et au Nigéria.

Deux activités essentielles en Afrique de l'Ouest sont fortement impactées par les conséquences du réchauffement climatique: les activités agricoles, particulièrement sensibles aux variations climatiques, où la productivité en dépend, et la pêche, véritable poumon économique des pays côtiers.

D'après une analyse comparative dans 132 pays, il est établi que la Mauritanie et le Sénégal sont les pays les plus vulnérables à propos de la pêche. A l'instar des pêcheurs de la région de Saint-Louis au Sénégal contraints de migrer pour aller pêcher dans les eaux mauritaniennes, ceux de Bargny défilent en brassards rouges et scandent: « Au secours, maman, on se noie ! ». (Sic).

Certains affirment, ni plus ni moins, que si "L'Afrique est la poubelle du monde, Bargny est la poubelle du Sénégal." Propos exagérés ou miroir de la réalité, le fait est que cette localité abrite de nombreuses équations liées à l'environnement, avec un phénomène d'érosion, qui a commencé depuis les années 80 et qui s'est aggravé au début des années 2000.

« L'ouragan Fred en 2015 a été particulièrement grave. Entre les surtensions et l'élévation du niveau de la mer - qui va considérablement s'accélérer dans les décennies à venir, disent désormais les scientifiques - Bargny perd actuellement trois à quatre mètres de côte chaque année », précise Daouda Guèye, l'un des premiers opposants au projet de la centrale, cité par le magazine français « La Croix ».

Projet de la centrale ? En effet, la centrale à charbon en activité au grand dam des populations qui réclament une meilleure prise en compte des dangers potentiels de cette dernière sur leur santé et sur l'environnement. Ces populations ont également fort à faire avec l'extirpation clandestine du sable marin de ses plages - déjà attaquées par l'érosion côtière - et la pollution de son air par les rejets de l'usine cimentière voisine.

Pour autant, la ville n'a pas croisé les bras et a mis en place des patrouilles de volontaires pour éradiquer le vol clandestin de sable. Les autochtones assiègent de démarches la Banque mondiale pour que la digue frontale construite pour protéger la ville voisine de Rufisque, puisse être prolongée. Cette digue est dotée d'une promenade qui s'étend sur 730 mètres de long et 23 mètres de large. Une digue similaire à Bargny devrait pouvoir être financée grâce aux nouveaux mécanismes promis par les États du Nord à ceux du Sud, dans le cadre de la COP21.

Même si le Sénégal a su tirer son épingle du jeu en bénéficiant d'abord du Fonds d'adaptation et, maintenant, du Fonds vert climat, devenant ainsi l'un des deux premiers pays éligibles au monde, il semble que l'un des défis majeurs reste la capacité des pays africains à peser sur les négociations lors de la COP21. « L'objectif mondial de 2°C, correspondrait à une hausse réelle de 3 à 4°C dans les pays côtiers de la zone Afrique. Ce qui risque d'occasionner des désastres sur le plan écologique. Nous sommes donc en train de demander sa révision à 1,5°C », selon l'ancien ministre sénégalais de l'environnement et du développement durable, M. Abdoulaye Bibi Baldé.

Ce que semble corroborer des analyses d'impacts du changement climatique, rapportées par Hub Rural, une augmentation de la température de 2% est susceptible d'engendrer la disparition de 10 à 15% des espèces en Afrique de l'Ouest, et affecterait la production agricole à hauteur de 30%.

Pour sa part, après avoir participé à toutes les vingt conférences de la COP 21, l'ONG Enda Tiers Monde, basée à Dakar et qui œuvre dans 26 pays, par la voix de son secrétaire exécutif M. Moussa Mbaye, estime « qu'il faut, plus que jamais, donner aux citoyens leur place dans la dynamique de recherche de solutions aux changements climatiques ».

Les jeunes de Bargny, eux, en sont convaincus et réunis au sein de l'association "Club de Réflexion et d'Actions Citoyennes", ils ont lancé en août 2020 le programme "Plage zéro déchets." Il s'agit d'une journée de nettoyage de plages, le long du littoral à Bargny. L'engagement citoyen de ces jeunes pour préserver leur environnement a séduit des partenaires à l'image de Greenpeace Afrique.

Même s'il faut féliciter et encourager de telles initiatives des communautés à la base, il n'en demeure pas moins que l'heure est grave. Selon la Banque mondiale, les poissons et leurs dérivés représentent 18 % de la consommation de protéines animales des Africains. Or le continent ne produit actuellement qu'un peu plus de 9 millions de tonnes de poissons et de produits dérivés par an, soit 5% de la production mondiale.

Un chiffre pourtant insuffisant pour répondre à la demande domestique croissante, en raison de la forte croissance démographique et de la hausse du revenu par habitant, la demande en poissons et produits halieutiques devrait augmenter de 30% d'ici 2030. Le ratio entre les importations et la consommation de poisson en Afrique subsaharienne devrait augmenter de 4% à 34% entre 2000 et 2030.

Loin de ces statistiques, quid de la situation réelle des pêcheurs artisanaux ?

Dans les colonnes du journal "Le Quotidien", Mamadou Sarr livre sa part de vérité. Comme son père avant lui, Mamadou Sarr a dédié sa vie à la mer. En tant que secrétaire général du comité de pêche de Ouakam, il se bat pour la mer, sans réussir à se défaire du sentiment amer que « les intérêts économiques sont toujours privilégiés, même face à ce qu'il est raisonnable de faire pour l'intérêt du plus grand nombre ».

Mamadou Sarr souhaite, aujourd'hui, un autre chemin pour son fils. « J'ai de la chance, il est étudiant et ne sera jamais pêcheur, souffle-t-il. Bien sûr, j'aurais aimé lui transmettre les rouages du métier et mes deux pirogues ! Mais tant que les comportements malveillants et les pillages l'emporteront sur le respect des ressources naturelles, je lui souhaite de rester loin de ce milieu. »

Et dire que dans cette catastrophe humanitaire climatique annoncée, « les pays du Sud sont victimes du changement climatique sans en être les acteurs les plus responsables ». Et ce sont les populations les plus vulnérables dans les situations de fragilité climatique qui continuent de payer le plus lourd tribut alors que la surpêche continue de plus belle. Ce mal de mer est un défi gigantesque et inéluctable à relever.

Il faut agir maintenant. Protégeons nos océans en signant cette pétition.

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